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24 novembre 2020 2 24 /11 /novembre /2020 10:37
Carnac sept 2020 (photo jmg)

Carnac sept 2020 (photo jmg)

Avec cette pandémie, la boîte à livres était devenue un véritable bouillon de culture.

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21 novembre 2020 6 21 /11 /novembre /2020 09:58
Panoche path, mai 2020, (photo jmg)

Panoche path, mai 2020, (photo jmg)

Il a droit à une sortie d’une heure à moins d’un kilomètre.   

Bien sûr, il sort plus d’une heure et au-delà du kilomètre. Au bout du chemin se fera-t-il prendre par la patrouille? Tout l’intérêt de la chose est là... Modeste transgression pour un peu d’adrénaline, mais véritable cure de jouvence. A son âge, il peut encore  jouer aux gendarmes et aux voleurs!  

Il redoute la fin du confinement. Sur ce même chemin il fera  alors sa balade triste, comme un vieux gangster rangé des voitures.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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20 novembre 2020 5 20 /11 /novembre /2020 09:38
La Trinité sur Mer sept 2020 (photo jmg)

La Trinité sur Mer sept 2020 (photo jmg)

Coin de rues,  forte odeur de poisson.

Normal, nous sommes pas très loin de la mer!  Deux fois par semaine un camion benne passe vider les poubelles.  On a dit aux éboueurs, attention les gars, n’enlevez pas les photos!

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24 avril 2020 5 24 /04 /avril /2020 14:56

 

 

Chemin 2019 (photo privée jmg)

 

 

Comme il se trouve à  plus d’un kilomètre de son domicile et qu’il a dépassé l’heure, il se planque sur le bas côté derrière une haie quand il voit la Skoda bleue de la gendarmerie garée à l’intersection de la route et du chemin de terre.  Impossible  de rejoindre Saint-Julien!

Son voisin l'aurait dénoncé? C’est un sournois, toujours à sa fenêtre, planqué derrière les rideaux.  Ou il a été repéré par l’hélico? Un peu plus tôt, il a entendu un  drôle de bruit dans le ciel. Peut-être un drone?

 

Il panique, craint que surgisse maintenant derrière lui la patrouille vététiste! Il a entendu dire qu'on en aurait créé une pour choper les randonneurs. Dans ce cas, il est fait fait comme un rat! Passe encore l'amende de 135 euros, mais  les reproches   des gendarmes,  « Monsieur, à votre âge, quand même! » Et les bavardages des gens quand  son histoire  fera le tour de Saint-Julien « Vous vous rendez compte, un monsieur si sérieux! Qui nous faisait tout le temps la morale! On n’aurait jamais cru! »  Ça, il ne supportera pas! Seule solution, revenir sur ses pas, une centaine de mètres, et  prendre  a droite le  sentier qui descend à la ferme des Toines. Ensuite, plus loin, il pourra  traverser la départementale  hors de la  vue  des flics.

 

La descente est  difficile. Il n'a pas les bonnes chaussures. Son pied glisse sur le sol raviné. Il manque tomber.  Des années  qu'il n'est pas venu ici! Personne  n’y vient jamais. Les Toines ne sont pas de ceux qu’on aime approcher. Une mauvaise réputation  transmise  de pères en fils depuis des générations jusqu’au dernier Toine, vieux garçon, ultime rejeton de la lignée, qui s’occupe seul de l’exploitation depuis la mort de ses parents.

 

Le sentier débouche sur le côté nord de la ferme. Ensuite il lui faut  passer devant l’immense cour ouverte. La traversée de l’enfer! une affreuse odeur et un bordel invraisemblable de carcasses de voitures, de bidons éventrés, de cageots démembrés,  d'amas de tuiles,  de pneus usagés plus ou moins recouverts par des bâches en plastique. Et partout des brouettes,  fourches,  bêches, pioches, binettes, herses. enfin tout ce qui peut exister comme outils ou matériels agricoles divers  et qu’il ne peut même pas identifier, laissés  au hasard, comme à l’abandon. Tout est cassé, ébréché, édenté, rouillé, souillé. Sous un appentis en pisé à moitié écroulé on  aperçoit deux tracteurs   l'un, le plus petit, hors d’âge, graisseux,  bancal, avec des roues tordues et l'autre, flambant neuf,  qui du coup fait tache, sans doute payé avec les sous avancés par le Crédit Agricole.

 

Je vois le chien  trop tard, quand il prend son élan pour me sauter à la gorge. Cet énorme beauceron a eu le vice de ne pas aboyer. Sous le choc, mes jambes  fléchissent. J’essaie de tenir mes bras le plus tendus possible pour éloigner mon visage de ses crocs et nous roulons au sol, presque enlacés dans un nuage de poussière. Je tremble , le chien est plus fort que moi, je ne pourrai tenir longtemps. Je suis perdu. C’est trop con de finir ainsi déchiqueté par un clébard! Je valais mieux.

 

Détonation,  hurlements à la mort  Le corps de la bête se raidit, devient inerte. C'est fini. L'homme à terre peut relâcher son étreinte. Le fauve est vaincu.

En vrai,  le Toine, attiré par le bruit, est sorti sur le pas de sa porte avec son fusil. Voulant atteindre le visiteur inconnu, il a tiré dans le tas et occis son chien du premier coup. Le Toine n' est pas maladroit, mais à cette heure de la journée, il a déjà pas mal picolé.  Maintenant, hébété, il constate les dégâts, arme baissée.

 

Mu par un instinct de survie, je me relève d’un bond. Qui m’en aurait cru capable! Je me jette sur le Toine pour lui arracher son fusil avant qu’il ne reprenne ses esprits.

 

Le Toine n’offre pas de résistance.  Il  me regarde l’air absent.   Ce serait trop long de tout lui expliquer et pas sûr qu'il comprenne. Il y a désormais ce chien mort entre nous.  Une chose qu’il ne pourra  jamais me pardonner.  La perte de son chien a enlevé tout sens à sa vie. A-t-il même encore envie de vivre? J’appuie sur la gâchette. Oubliant de vérifier, dans le feu de l’action, que le fusil est bien un fusil à deux coups. Heureusement, il l’est. Le Toine pivote sur lui-même, sans un cri, et s’écroule sur le cadavre de son chien.

 

Ensuite il doit  traîner les deux corps dans la fosse à purin.  Il en a  fini avec le chien, ça n’a pas été chose facile, le beauceron est lourd, quand il entend  des rires  et le grincement caractéristique de freins trop brusquement sollicités.  La brigade vététiste? Vite, il  rentre à l’intérieur de la ferme et se retrouve dans une  sombre cuisine. Il aperçoit posés sur la table au milieu de  bols, de  verres et d’assiettes sales, deux  fusils, canons  relevés. Le Toine  aimait  chasser! Il s’assure  cette fois qu’ils sont bien chargés et à deux coups. Il choisit celui qui  semble en meilleur état et pose  l’autre contre le mur près de l’étroite fenêtre qui donne sur la cour. Il la laissera ouverte, mais fermera les volets juste ce qu’il faut pour ne pas être vu,  prenant soin  de garder l’espace suffisant au mouvement du canon lorsqu’il suivra sa cible. Il se tient prêt.

 

Les voix se rapprochent. Deux gendarmes casqués apparaissent sur leur VTT. Ils bavardent  et jouent en rigolant les équilibristes, contournant les obstacles dans le capharnaüm de la cour, se défiant  à qui mettra pied à terre le dernier. Sûrement de jeunes gendarmes. Mais qui se rapprochent dangereusement du corps du Toine encore masqué par des piles de tuiles.  Désolé pour vous les gars, mais c’est le moment ou jamais, Je fais feu deux fois. 

 

Il est assez doué au tir. Le second gendarme surpris, empêtré dans son vélo n’a pas eu le temps de sortir son arme.  Il s’approche  des corps. Comme prévu,  ce sont des jeunes, peut-être des stagiaires, un garçon et une fille, morts sur le coup. Tant mieux! Ça lui aurait été pénible de devoir les achever.

 

Maintenant, Il lui reste le plus dur à faire, enfouir les deux nouveaux cadavres dans la fosse à purin près du chien. Et y mettre aussi celui du Toine. Et puis avec une fourche  arranger le tout pour  que rien, en surface, ne dépasse.

 

Avant, il faut  qu'il souffle un peu. Tout est allé si vite. Il est  épuisé! Pris dans l’action, il n'a pas eu le temps de réfléchir.  Pourtant, il lui faut réfléchir. Il a commis ses crimes sans préméditation. S'il est découvert, devant un tribunal, ce sera un bon point pour lui. Ça ne doit pas l’empêcher de méditer après! Trouver un plan malin pour s’en sortir.  Il a  une idée! Faire croire à un coup de folie du Toine! Qui aurait tué les gendarmes et ensuite se serait suicidé. Simplet, mais plausible! Célibataire, alcoolique,  dépressif et agriculteur, le Toine coche  toutes les cases pour rentrer sans problème, en tant que suicidé, dans les probabilités statistiques annuelles de la police et de la gendarmerie.  Dommage collatéral du malaise du monde paysan! Le tracteur neuf sera la preuve évidente de son endettement.  On n’ira  pas chercher plus loin. Le tour est joué! Il ne lui reste plus qu’à arranger la scène du crime. Comme on n'est pas  dans un roman policier, on  passera sur  les détails.

 

C’est fait. Notre promeneur doit maintenant vider les lieux au plus vite… Sans oublier de remplir  une nouvelle attestation de déplacement dérogatoire. Il en porte toujours une vierge sur lui au cas où… Car s’il  est bien ici à moins d’un kilomètre à vol d’oiseau de son domicile, il a  largement dépassé l’heure où il aurait du rentrer.

Nom, prénom,  date de naissance, il coche la  case  déplacements brefs liés à l’activité physique…,   Il inscrit une nouvelle heure de sortie, date et signe.  

Il peut finir sa balade l’esprit tranquille.

 

Il quitte la cuisine en laissant la porte ouverte. Certainement, le Toine  allant se suicider n’aurait pas pris la peine de la fermer.  Il traverse  la cour et s’éloigne en direction du bourg. Avant d’arriver aux premières maisons, il enfonce  sa casquette au ras des oreilles et mets son masque, prenant soin de bien couvrir le nez.

 

 

 

 

 

 

 

 

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12 janvier 2020 7 12 /01 /janvier /2020 16:15
ceci n'est pas un corbeau, art home, sept 2016 (photo privée jmg)

 

Un petit écureuil  s’arrête sur une haute branche.  Au pied de l’arbre, un renard qui l’observe lui dit…

 

- Et bonjour, Monsieur l' Ecureuil !  Que vous êtes joli, que vous me semblez beau! Sans mentir si votre…

Le petit écureuil, qui connaît ses classiques, à ces mots l’interrompt,

- Maître Renard, que me contez-vous là? Je ne suis pas corbeau et n’ai point de fromage!

- C’est vrai, répond  le renard, mais pourquoi inventer une nouvelle fable? Je n’aime pas les noisettes.

 

Moralité: comprenne qui pourra.

 

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18 décembre 2019 3 18 /12 /décembre /2019 10:53
Penseur de j'aioubliéqui, Expo Venise sept 2017 (photo privée jmg)

 

 

Je savais pas trop quoi faire ce soir-là. J’ai ouvert Télérama. Il signalait un Rohmer sur Arte et un Tarantino sur la une. J’ai choisi Tarantino.  Ma vie a basculé…    C’était « Django Unchained », ça m’a  plu et ça m’a donné des idées.

 

La fin surtout, quand les méchants sont punis, que tout explose. Alors, heureux, mission accomplie, justice faite,  Django sapé comme un seigneur,  rejoint sa nana qui applaudit. Je me suis levé  de mon fauteuil et moi aussi j’ai applaudi. Et cette nuit, pour une fois, j’ai bien dormi.

Au matin,  je n’étais plus le même homme, j’étais Lulu Unchained. Mon prénom, c’est Lucien.

 

Je me suis procuré une arme, un petit révolver, presque un jouet. Dans le quartier  Beaubrun,  c’est facile, quand on y met le prix.  J’ai appris à tirer.  Facile aussi. J’ai appris seul, en prenant mes infos sur Internet. Et je me suis entrainé. Il y a plein de coins tranquilles dans la campagne, autour de Saint-Etienne. Je les connais par coeur depuis le temps que  je m’y balade. Seul, toujours seul. J’aime pas la compagnie.  Et puis un jour, je me suis senti prêt. J’ai mis une perruque, de  fausses moustaches, des gants. un blouson passe-partout, sans oublier, dans une poche, un petit sac souple à provisions gris.  Et je suis monté dans le tram. A Saint-Etienne, le tram, c'est une institution.

 

 

Ça fait longtemps que j’ ai envie de me faire un de ces gars à capuche, écouteurs  vissés sur les oreilles, affalé, sur une banquette du tram, les pieds posés sur celle  d'en face  et qui vous regarde  d’un air mauvais quand vous osez le  déranger. J’en ai ras la casquette de ces mauvaises manières.

C’est même devenu  au fil du temps une obsession. Pendant 30 ans, cinq  jours sur sept, j’ai dû prendre le tram,  matin et soir, pour le boulot  et  ça a été une humiliation, une  souffrance quotidienne de les voir me narguer, sûrs de leur force, et de ne pouvoir rien dire, rien faire  par crainte d’en prendre une. C’est vrai que physiquement je ne suis pas très costaud. Pas du tout du genre  à impressionner les foules. A cause de ça, toute ma vie, j’ai été obligé de baisser les yeux, de me taire. J’ai dû subir l’arrogance et le mépris des forts, des gros, des épais, des corpulents, des tout en muscles. Dans la jungle urbaine, je ne fais pas le poids, je n’existe pas. Au point même que parfois,  il m’est arrivé de faire le trajet à pied, et pourtant ça fait une sacrée  trotte de la Terrasse à Bellevue, tellement les gars à capuche, je les supportais plus..

 

Maintenant c’est fini. Avec mon petit révolver, c’est moi le plus fort. Je vais régler mes comptes. Je vais enfin prendre le tram pour mon plaisir.  

 

Je lui ai demandé  poliment d’enlever ses pieds de la banquette. Je lui ai dit  poliment que je voulais m’asseoir. Oui, m'asseoir, là, justement où il avait posé ses pieds. Ça s’est passé exactement comme je l’avais prévu. Il  m’a à peine regardé  et m’a dit de me casser. Il  a dit très précisément, Casse-toi grand-père!   En plus d’être maigre, je suis vieux. Alors, j’ai insisté et j'ai commencé à lui faire la leçon, les places assises, jeune homme, ne sont pas faites pour qu’on y pose les pieds... Intérieurement je jubilais. Je savais comment il allait réagir et j'attendais cette réaction avec une  impatience gourmande. Quand il s’est  levé, l’oeil mauvais, menaçant, sans doute voulait-il me  donner un méchant coup de boule,  j’ai sorti le petit  révolver de ma poche.

 

Ce fut comme un miracle. Le gars à capuche s’est rassis, s’est dégonflé au sens propre du terme, est redevenu  le petit garçon qu’il n’aurait jamais dûcesser d’ être, balbutiant des excuses, sans doute pissant  dans sa culotte.  Et  j’avoue avoir pris du plaisir à voir ses yeux incrédules lorsque le coup est parti. Secrètement, en moi même, comme la femme à Django, j’ai applaudi. Le méchant à capuche était enfin puni. Dans le tram, bien sûr, personne n’a pipé mot.  J’ai dit tout fort, ne vous inquiétez pas, Mesdames, Messieurs, je travaille pas à la chaine, je tue à l’unité. J’avais lu quelque part, peut-être dans Télérama, qu’un peu d’humour   fait passer en douce la violence. Personne dans le tram n’a ri. Je suis descendu place Marengo. et un peu plus loin, hors du champ des caméras de surveillance que  le maire LR a fait poser partout dans le centre ville, j’ai rangé mon déguisement, blouson compris, dans mon sac souple à provisions gris.

 

Dans les mois qui ont suivi, j’en ai buté quelques uns de ces gars à capuche aux pieds posés sur les banquettes. J’ occupais ma retraite.  Le temps passait vite. Par précaution, pour ne pas me faire prendre. j’espaçais mes petites exécutions, je changeais de stations, d’heures, de jours, de lignes.

Je me suis mis à faire la une des journaux, on m’appelait le « tram killer », le « serial capuche »  et même, dans une revue littéraire, ça, j'avais bien aimé,  "l’homme qui n’aimait pas qu’on pose les pieds sur les banquettes de la STAS", (ndlr: l’équivalent stéphanois de la RATP). Grisé par la célébrité, j’aurais pu donner une autre dimension à mon entreprise, faire exploser tout un tram par exemple, mais ça faisait trop de victimes innocentes, la femme à Django n'aurait pas aimé, et puis je n’avais pas les moyens de Tarantino...

 

 A la longue, je me suis lassé..  J’ai pris moins de plaisir…J’ai réfléchi aussi… C’était quand même intellectuellement limite de tuer au motif du savoir-vivre. Dans les médias, certains commençaient à m’appeler « Monsieur propre » et j’éprouvais une réelle gêne à être devenu le justicier des incivilités, l’icône des partis d’ordre. L’ordre, la morale, c’était pas trop mon truc. J’avais tué pour mon compte personnel, pour des  raisons intimes, pas pour la société…   Et puis, à force de voir leurs yeux incrédules quand je pointais sur leur coeur mon petit révolver,  je m’étais mis un peu  à les aimer ces petits gars à capuche. Je devais arrêter.

 

Un jour, sans trop savoir pourquoi je me suis assis dans le tram et j’ai posé mes pieds sur la banquette d’en face.  Un vieux con pas très costaud est venu me demander de les enlever et s’est mis à me faire la leçon, à votre âge, Monsieur, vous n’avez pas honte de… Je lui ai dit, casse-toi grand-père,  et comme il insistait, j’ai sorti mon révolver et j’ai tiré. Et j’avoue avoir pris du plaisir à voir ses yeux incrédules lorsque le coup est parti.   Personne dans le tram n’a pipé mot. J’ai plaisanté, vous en faites pas Mesdames, Messieurs, un coup de feu ça va, deux coups, bonjour les  dégâts ! Personne n’a ri  Mais je  savais par expérience que dans les transports en commun   les gens n’ont pas d’humour. Je suis descendu à Marengo. Chez moi,  j’ai brûlé tous mes déguisements. Il y en avait un stock.  Le soir, j’ai regardé le Rohmer que j’avais pris soin d’enregistrer. C’était « Le genou de Claire», et ça m’a  plu. La nuit, j’ai bien dormi. Au matin, j’étais un autre homme. J’ai fait mes bagages et  je suis parti m’installer sur les bords du lac d’Annecy.

 

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2 décembre 2019 1 02 /12 /décembre /2019 14:09

 

Home Art, novembre 2019 (photo privée jmg)

 

 

Tout le jour, il a fait un temps exécrable.  Le vent a renversé les chaises de jardin en plastique bleu.

 

Je suis comme un vieil enfant, peureux des choses, inquiet des bruits, hanté de mauvais rêves, peut-être mes souvenirs...

 

 

 

 

Et aussi je suis triste.

 

Il y avait ce petit livre oublié sur la table. Je l’ai ouvert. Et tes mots tristes m’ont consolé. J’avais un compagnon de route pour affronter la nuit.

 

          Dors un peu, ô mon âme, dors!

          Profites-en, allez!

          Dors un peu!

          Il ne te reste plus beaucoup de temps!

          Allons, dors!

          C’est aujourd’hui la veille de ne jamais partir!

 

  Fernando Pessoa (Bureau de tabac)

 

 

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22 novembre 2019 5 22 /11 /novembre /2019 11:12

 

 

 

 

- C’est normal, Madame,   le deuxième lapin, il n’a pas de bouquet dans la main?

Je relève  la tête et soulève le menton du reposoir, conscient du ridicule   de poser à mon âge une telle question.

 

- Oui, oui c’est normal, Monsieur, ne vous faites pas de soucis!  Reposez bien votre menton , plaquez  votre front et regardez de nouveau dans la lunette et dites- moi quand vous n’en verrez plus qu’un… de lapin.

 

Elle a dit ça un peu en se moquant et maintenant elle tourne doucement la molette de la lunette en sens inverse.

Les deux lapins, celui avec bouquet et l’autre sans, se rapprochent,  se superposent     Je m’écrie triomphant, ça y est,  j’en vois plus qu’un! Et c’est le lapin qui tient dans la main un bouquet.

 

 

Mais du bouquet, à mon orthoptiste, de toute la séance, je n’en parlerai plus. Trop peur qu'elle se moque une nouvelle fois! Je n’en pense pas moins, je ne comprends toujours pas, et ça me turlupine: pourquoi le deuxième lapin, qui est en fait le premier, mais que je vois en double quand l’orthoptiste fait tourner sa molette n’a plus de bouquet dans la main puisque le premier, le modèle,  l’unique, le vrai en a un de bouquet? Mes yeux dédoubleraient les lapins, mais pas les bouquets! Comment est-ce possible? Que me cache cette sournoise orthoptiste? Vais-je vers une nouvelle complication oculaire?

 

 

                                                 Epilogue

 

  

- Dans la patte!

- Quoi dans la patte?

- Les lapins n’ont pas de mains, me corrige ma femme, une ancienne institutrice, à qui je viens de raconter l’histoire du lapin au bouquet. Un lapin ne peut tenir un  bouquet que dans sa patte!.

Agacé, je lui réponds que patte ou pas patte, ce n’est vraiment pas le problème et que présentement je me retrouve à l’hôpital avec une patte dans le plâtre!

 

Le seul problème, c’était que le cabinet de mon orthoptiste se trouvait au 5 ème étage d’un immeuble ancien et que pour redescendre après la consultation, il me fallait utiliser un ascenseur. Bien trop lent et trop exigu pour moi, j’en avais fait l’expérience à la montée. Je suis claustrophobe (ça se soigne aussi, je sais, mais je peux pas tout soigner…).

 

Bref, par précaution donc, pour m’éviter toute bouffée d’angoisse inutile j’avais préféré prendre l’escalier.

Les deux premières marches  m’ont été fatales… En vrai, il n’y en avait qu’une.

 

 

 

 

 

 

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22 novembre 2019 5 22 /11 /novembre /2019 09:24

 

Stade Bordeaux, septembre 2019 (photo privée jmg)

 

Lui, qui ne connaissait rien au football, voyait dans  cette architecture  une réplique bétonnée de la forêt des Landes.

 

Je lui disais, non, c‘est un orgue géant, une caisse de résonance, des tuyaux par lesquels montent les chants des supporters.

 

Imagine, par delà ces tribunes,  le latéral droit qui court le long de sa ligne de touche, qui remonte le ballon, qui va centrer et cette rumeur  qui enfle, le porte d’un espoir fou, c’est sûr, on va marquer!

.

On a marqué, on crie, on lève les bras, on saute,  emporté par des vagues de foule. On ne touche plus terre.

  

Imagine aussi la peur dans les dernières secondes, on ne tient la victoire que d’un but et tout peut basculer,.un dernier contre, un coup franc,  un malheureux corner, ou pire ce terrible silence d’avant un pénalty. On retient son souffle, on regarde sa montre, on siffle, on siffle, on siffle encore pour alerter cet  arbitre imbécile qu’il  est temps de siffler la fin de la partie.

 

C’est fait. Il a sifflé, on a gagné. On est heureux De l’enceinte  sort la clameur libératrice. On l’entendra des kilomètres à la ronde sur tous les bords de la Garonne.

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14 novembre 2019 4 14 /11 /novembre /2019 09:22
marée haute, Pyla sur Mer, sept 2019 (photo privée jmg)

 

Partout le long de l’esplanade, les badauds sont venus en nombre voir jusqu’où montait l’océan, s’il recouvrirait la chaussée et viendrait même jusqu’aux bancs. On rit comme des enfants de l’imprudent surpris par une vague. Qui s’est approché pour prendre une photo et revient le pantalon  trempé. C’est qu’avec le coucher  du soleil, le spectacle  est magnifique. On veut garder un souvenir.

 

A 19h 54 par magie la mer se calme, les vagues ne font plus aucun bruit.  Alors, en silence, chacun s’en va de son côté.

 

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