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16 novembre 2017 4 16 /11 /novembre /2017 16:15
Giardino delle Vergini. Venise sept 2017 (photo privée jmg)
Giardino delle Vergini.

Ici  pas de foule, tout est calme. Ça change des autres sites de la Biennale. Le début de la visite, à travers les jardins, nous conduit jusqu'au bord du chenal qui donne sur le port de l'Arsenal. Ensuite le chemin bifurque à gauche vers des sortes de hangars. Une jeune femme, qui ne porte pas d'uniforme, s’approche et nous dit très poliment qu’à partir de là, il faut prendre un billet.  Elle semble un peu gênée, sans doute à cause de notre âge. Nous pourrions être ses grands-parents. Croit-elle que nous essayons de resquiller? Elle imagine mal ses grands-parents, fervents catholiques, se comporter ainsi. Du coup, nous nous sentons gênés aussi.   

 Pourtant, nous  rebroussons chemin, préférant garder nos sous pour améliorer l’ordinaire du léger repas que nous avons l’habitude de prendre vers midi dans une des petites  boulangeries-cafés que la chaine Majer a  positionnées dans le centre de Venise. C’est un mode de restauration pratique et de bonne qualité qui nous va bien. Il ne faut cependant pas trop s’écarter au moment de choisir les plats pour rester dans une fourchette de prix raisonnable. Moi, je prends des boulettes de riz aux épinards qui calent bien l'estomac et me permettent de tenir jusqu'à tard le soir. Avec l’argent économisé du billet nous pourrons avoir, en plus, cette fois, une pâtisserie et un café. C'est un bon plan qui nous met de bonne humeur et déjà en appétit.

Et puis, si nous écourtons notre visite, nous arriverons  suffisamment tôt au Majer de la Via Garibaldi toute proche, pour espérer pouvoir s'asseoir en terrasse. Il fait beau, ce sera agréable de regarder les gens et les pigeons.  
Pour regagner la sortie, nous repassons donc devant les œuvres déjà vues et   nous leur trouvons moins d’intérêt. Le fait de savoir qu’elles nous sont présentées gratuitement, alors que d’autres exposées sur le même site nécessitent, elles, une contribution financière, semble leur avoir enlevé le statut d’oeuvre d’art. Nous n'avons pas voulu payer pour voir, mais nous n’avons plus envie de voir ce que nous n'avons pas payé. La valeur marchande de cet art est-elle la seule garantie qu'il soit de l'art? Vaste question artistico-économique ou simple inquiétude de radin: si c’est gratuit, ça ne vaut rien et si ça coûte, je me suis fait avoir!

Ainsi, en entrant dans les jardins, j’avais pris en photo ce que je croyais alors être une installation d’artiste. Lorsque j’en ressors,  je suis persuadé que ce ne sont que débris amassés puis abandonnés par un employé d’entretien étourdi.

Ai-je raison ou tort?

De retour en France,  je me  suis reposé la question et après quelques recherches,  je n’en sais toujours rien.
Les bouts de bois photographiés faisaient-ils oeuvre? Ou bien l'oeuvre était l’enclos dans lequel j’étais entré pour les photographier? Ou bien encore l'oeuvre était l’enclos et les bouts de bois ensemble? Ou bien quelque chose de plus grand, de plus enveloppant qui nous aurait échappé? Mystère …
Quand le doigt montre la lune, l’imbécile regarde…
Moi, j’avais photographié les résidus.

Un ami à qui je raconte cette mésaventure me sermonne, je te l'ai bien dit, une visite ça se prépare. On ne rentre pas dans un musée comme ça. Ce n’est pas une promenade digestive! Si on ne sait pas ce qu’on va voir, on ne sait pas ce qu’on voit et donc on ne voit rien!

Je laisse dire. Il me plait assez  de ne pas savoir vraiment si ce petit tas de bois prêt à partir en fumée est oeuvre de Michael Beutler, artiste berlinois, ou  négligent oubli de Guiseppe Giannero, modeste jardinier de la ville de Venise.
 
 
 

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