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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 08:23

 

 

 

 

rue

 

 

 

 

Une belle blonde est assise en face de lui. Assurément vulgaire et stupide. Monsieur le Directeur des Etudes Comparatives au Ministère porte un jugement sans indulgence sur les gens. Quand on lui demande comment il  est arrivé à cette haute fonction, ll répond que, même dans une démocratie, il faut bien quelqu’un pour s’occuper des chiottes. Alors la conversation tourne court. C’est bien, il n’aime pas parler.
Contrairement aux autres Grands Directeurs, il met un point d’honneur à prendre les transports en commun. Comment comparer sans voir ? Alors il voit. On le voit aussi, et surtout ses chaussures.  Dans son train de banlieue, il est le seul à en avoir d’aussi belles, si chères, si lustrées. De lui, on ne voit qu’elles. La blonde les regarde. La chaussure, c’est l’homme, avait-il dit un jour à ses collaborateurs qui n’avaient su qu’en penser.

Encore trois arrêts. Il reste peu de monde dans le wagon. Monsieur le Directeur ferme les yeux.

Ce sera dans la rue Mortensen, près du square, l’endroit idéal. On vient d’y installer quatre bancs en métal vert.
La petite bande, trois hommes, une femme, s’abattra sur lui, le bousculera, l’insultera. Il devra donner sa montre, son  téléphone portable, son portefeuille, ses godasses, enlève les, vite, plus vite, dépêche, connard ! Il se retrouvera, ridicule, en chaussettes, alors il entendra la fille suggérer une sodomie. On l’arc-boutera  violemment sur le dossier du banc, slip arraché, jambes  écartées, sexe empoigné, tête relevée, tirée vers l’arrière par les cheveux. La femme le regarde dans  les yeux à l'instant crucial.  Tout le temps, elle a filmé la scène avec son  téléphone et décrit en même temps ce qui se passe, puis dit  « C’est fait ». Sur sa nuque, le Grand Directeur a senti un souffle tiède, un homme dans son dos a gémi. Les autres se taisent, attendent leur tour, peut-être, sagement, comme dans un rêve.


Le train s’arrête.  Il ouvre les yeux sur ses chaussures, il débande. La blonde le regarde.  Si elle savait. Comme souvent à cette heure tardive, il est le seul passager à descendre. Il attend un instant sur le quai que le train disparaisse. Il a pu apercevoir la fille blonde qui téléphonait.
Il sort de la gare par la porte sud. Traversant rapidement la petite place déserte, il prend à droite la rue Viggo Mortensen.

 


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