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1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 14:59

 

 

série noire 2 

 


Calé dans son fauteuil, il pérore :

- Bien sûr Donald n’est jamais aussi amoureux que Daisy, Roméo que Juliette, Paul que Virginie, ou l’inverse, vous me comprenez ? L’amour, c’est compliqué… Ils n’ont pas d’ailleurs du mot amour la même définition… Pour l’un, c’est l’assouvissement d’une sorte de désir primaire quasi bestial… Mais sublimé… Oui, sublimé, rassurez-vous, on n’est pas tout à fait des bêtes, quand même !

Il a dit ça en rigolant. Maintenant il se pourlèche les babines et prend un air gourmand: 

 - C’est une  sorte d’appel du sexe, disons, pour être plus correct, d’appel des sens, tandis que pour l’autre, c’est… C’est plus subtil, plus délicat, à tel point qu’il aura même des difficultés à le définir, l’amour…  Donc, comprenez- moi bien, quand ils s’envoient des « je t’aime » à la figure, s’installent de terribles malentendus qui peuvent dégénérer en drame… En tragédie même...

Il s’interrompt un instant, plisse les yeux puis reprend :

- Il y a une énorme différence entre le « je t’aime - je veux te baiser » et le « je t’aime - je veux vivre avec toi jusqu’à la fin de la vie »...  C’est comme la fidélité… L'un, ne l’imagine que...  

Le  psy  est intarissable, il peut  nous en débiter des comme ça à la pelle. Moi je regarde en douce ma montre.   Ses propos m’horripilent.   Elle, elle semble boire ses paroles, les yeux exagérément ouverts, hochant la tête pour approuver.  C’est d’ailleurs ce qui m’agaçe surtout chez elle, cette fascination qu’elle a pour tous les charlatans et bonimenteurs du bulbe. En plus, ces séances répétées toutes les semaines pour soi-disant sauver notre couple  me coûtent  un max.

 

- C’est sur l’amour qu’on  dit toujours les plus grosses conneries! 

 Ç'est un coup de tonnerre. J’ai sorti la phrase d’un coup, sans réfléchir, et l’autre, d’un coup, s’est arrêté de bavasser et là, d’un coup, je me suis vraiment mis en colère et j’ai tout cassé, très vite,  dans le cabinet du psy. Comme il se tasse dans son fauteuil et me regarde les yeux exorbités, je lui  explose aussi  la tête, au psy, avec la statuette en bronze représentant deux corps entrelacés, qui traînent  sur son bureau.

Du coup, il y a  du sang partout et je vois que ma Daisy est aux anges.

- Enfin, me dit-elle, tu a compris ! C’est comme ça que je t’aime.

Alors, après un furtif baiser, nous sortons ficelle et rigolards, par la fenêtre, côté jardin.  C’est que, du côté porte, on entend déjà du bruit.

 

 



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Published by Emile Gillmo - dans Petites histoires
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