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20 mai 2016 5 20 /05 /mai /2016 10:23
Place des Tapis (Lyon)
Place des Tapis (Lyon)

Ici, en ville, les gens sont pressés, grognons et malpolis, mais le mobilier reste urbain, prêt à la conversation.

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15 mai 2016 7 15 /05 /mai /2016 08:32
 Beaubourg (Paris 2014)
Beaubourg (Paris 2014)

-Tu vois ton père sur la photo?

- Oui, celui qui est grand. Là! En haut!

- Non, ton père est petit.

- Le gros, là, au milieu?

- Non, ton père est maigre.

- Là, celui qui sourit?

- Non, ton père est sérieux.

- Le barbu?

- Non, non, ton père, tu vois, c’est celui-ci.

- Mais lequel? Lequel? Qui?

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14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 10:07
Chat (Saint Priest en Jarez 2015)
Chat (Saint Priest en Jarez 2015)

On prend l’apéro, on se met à parler politique.

Et, comme par hasard, Adolf, Le chat du voisin, nous rend une petite visite…

On se tait.

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16 mars 2016 3 16 /03 /mars /2016 14:17
La machine

Dis, tu l'installes quand la machine?

Il a pris ce ton geignard qui agace ... Je lui réponds que pas tout de suite, que pour le moment je n'ai pas le temps, qu'on ne peut pas faire n'importe quoi, qu'il faut lire la notice, que je ferai ça à tête reposée.

Il insiste, tu sais que c'est important pour moi cette machine! Maintenant, il pleurniche. C'est insupportable! Et pourquoi, en plus, il appelle toute chose, une machine!

Oui, oui, je te dis que je vais m'en occuper! Mais il n'y a pas que toi dans la vie! J'ai d'autres choses à faire! Tu peux bien attendre un peu! Tu n'es plus un enfant!

Il sanglote. J'ai soudain envie de le frapper. Je préfère sortir. En claquant la porte.

Dehors l'air est doux, c'est le début du printemps. Sur le boulevard, les gens se sont installés aux terrasses des cafés. Les femmes ont mis leurs tenues légères. Je les trouve belles. Je respire. Ma colère est tombée. J'ai tort de m'énerver. Tout ça ne me prendra que quelques minutes, je n'ai même pas besoin de lire la notice. Pour lui c'est important et pour moi c'est rien, à peine un petit quart d'heure.

Quatre à quatre je monte l'escalier. Je n'aurais jamais du lui parler comme ça. Je vais m'excuser, l'embrasser, lui dire que je l'aime. Je savoure d'avance le plaisir que je vais lui faire.

Il ne tourne pas la tête lorsque j'entre dans le salon. Il est, comme je l'ai laissé, assis dans un des fauteuils, mais immobile, endormi. Mort.

Je me laisse tomber à côté de lui sur l'autre fauteuil. Triste, plein de remords, anéanti aussi par toutes les formalités à faire et tous les papiers qu'il va me falloir remplir. J'essaie de chasser ces idées honteuses qui me passent par la tête comme : ce n'est pas encore demain la veille que je vais pouvoir aller me balader tranquille sur le boulevard et m'installer à la terrasse d'un café pour voir passer les filles. Que n'est-il mort en hiver!

Pour le salut de mon âme, il faut absolument que je me concentre sur ma peine. Uniquement sur ma douleur. Que je sois pleinement le fils éploré qui vient de perdre son père. Impossible! Devant moi, posé sur le sol, il y a le colis livré par Amazon, à peine ouvert lors de la vérification d'usage. Et me trotte dans la tête cette question infâme qui me conduira droit en enfer, sur leboncoin, combien vais-je bien pouvoir tirer de cette" machine" qui n'a jamais servi?

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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 14:07
Exposition. Milan 2015
Exposition. Milan 2015

Nous avions marché longtemps. Aussi, nous entrâmes très excités dans Signifiance. Hugo nous avait prévenus, la-bas, vous verrez, ça va vous changer, tout a un sens. Effectivement, nous étions perdus.

Hugo nous avait dit aussi, trop de sens tue le sens. Il aimait ces formules toutes faites, ce qui est fait n'est plus à faire !

Les passants pressés à qui nous demandions notre chemin semblaient surpris. Tous répondaient, il faut vous rendre à l'évidence.

Nous avons cherché l'évidence.

Après une longue errance dans la ville, le fils d'Hugo, qui était un peu le chef du groupe, osa la question, mais, enfin, c'est où l'évidence? Le passant répondit, en haussant les épaules, l'évidence, mais c'est ici!

Nous avons posé à terre nos baluchons (Hugo nous avait conseillé de prendre des baluchons plutôt que des valises au motif que lorsqu'on se cogne les genoux avec des contenants mous, c'est moins douloureux qu'avec des contenants durs), Notre petit groupe se reflétait dans la vitrine d'un bazar qui proposait des peluches, des hameçons et du fil dentaire à prix coûtant. Il était écrit à la craie en grosses lettres maladroites, cursives et capitales mêlées, sur une ardoise posée à même le trottoir qu’il fallait profiter de ce prix (souligné en rouge) aujourd’hui même.

Nous comprîmes que dans cette ville chaque chose et chaque individu avait sa place. Pourrions-nous jamais trouver la nôtre? Nos pas seraient toujours de côté et nos mots de travers. Nous étions sans valeur, sans cause et sans conséquences. Aucune ardoise posée à même le trottoir ne signalerait jamais notre présence ici. Encore faut-il avoir un prix pour pouvoir un jour être soldé, nous avait enseigné Hugo. Nous devions partir.

On quitta la ville par le boulevard E.Ionesco, de toute façon une ville sans boulevard n’est pas une ville,nous avait assuré Hugo. (En consultant plus tard Wikipédia, j'appris qu'Emile Ionesco était ingénieur, né à Signifiance, constructeur d'écluses géantes. J'ai pensé qu'on ne pouvait, en effet, trouver plus sensée qu'une écluse ).

Alors nous avons marché longtemps, Nous somme rentrés chez nous, la tête basse, dans notre ville d'Insignifiance. Sur le pas de sa porte, Hugo souriait, sentence aux lèvres, je vous l’avais bien dit, votre ailleurs, c’est ici ! Etait-il heureux de nous revoir ou heureux d'avoir eu une nouvelle fois raison?

Ce qu'il ne saurait jamais, Hugo, c'est qu'avant de quitter Signifiance, nous avions rempli nos baluchons et nos sacs de peluches, d'hameçons et de fil dentaire.

Le fils d’Hugo avait dit, tout s'achète et tout se vend, autant ne pas avoir fait ce voyage pour rien, mais surtout que mon vieux n’en sache rien, car toute vérité n’est pas bonne à dire et le silence est d'or.

Le neveu d'Hugo, qui faisait partie du groupe, me glissa à l'oreille, tu vois, les chiens ne font pas des chats!

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18 novembre 2015 3 18 /11 /novembre /2015 15:24
On n'est pas sérieux...

- Ce soir-là,...-vous entrez aux cafés éclatants,

Vous demandez des bocks ou de la limonade...

On n'est pas sérieux...

Extrait "Roman" d'Arthur Rimbaud
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11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 09:28

Existe près de Pommiers (Loire) un champ magnifique que je n’ose photographier.

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29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 17:41
Retour d'Ancy

Personne ne savait où il était passé. Certains ont même dit, il est parti en Amérique! Moi, je n’y crois pas. Et le voilà qui revient la bouche enfarinée comme si de rien n'était… Pas un mot! Il semble avoir oublié qu’il est parti! C'est agaçant. Au village, on lui fait la gueule...

Aujourd'hui, j'y tiens plus, alors je lui dis, attends tu pars sans rien dire, tu donnes pas de tes nouvelles, à personne, et tu voudrais maintenant qu’on t’accueille à bras ouverts!

Et là, surprise! Il me répond…

Je suis allé à Ancy. C'était en août. Je suis arrivé vers midi. Imagine... La rue principale est déserte. Les maisons ont portes et volets fermés. Je pense, on doit s’ennuyer ferme à Ancy ! Et sitôt après, je repense, on doit s'y ennuyer pas plus qu’ailleurs ! Et puis si on s'ennuie quelque part, c'est qu'on porte en soi l'ennui, enfin tu sais ce que je pense de l'ennui…

Bref! Sur la petite place, il y a le monument aux morts et tout au sommet son poilu fraichement ripoliné, tout neuf, tout beau. Jamais vu un poilu dans un si bel état! Complètement anachronique, c'est le mot. On ne voit que lui. Comme un phare. Je me demande même, brille-t-il la nuit ? Enfin, je me le demande, mais sans vraiment me le demander bien sûr, ce n'est qu'une façon de parler, tu me comprends, et comme on a tous une façon de parler différente, c'est source de malentendus... D'ici à ce qu'on s'imagine que je n'aime pas les poilus, alors que mon grand-père a perdu sa jambe à Verdun et que j'aimais mon grand-père qui n'aimait pas la guerre... Enfin tu sais ce que je pense des malentendus…

Bref! La porte de l’église est ouverte. J’entre. L'autel est comme un décor de théâtre, minimaliste, tendance Avignon 70, côté off. Je pense, quand on manque de crédits, la richesse ne peut être qu'intérieure. Ici, le catholicisme est humble. François, le pape sera content. Mais tu sais ce que je pense des richesses de l'Eglise…

Bref! Il y a un drôle d’oiseau au dessus de l'autel, qui ne tient qu'à un fil. Va-t-il s’envoler, ce serait un miracle, ou mal accroché, chuter lourdement, ce serait un fait divers, écrasant sous ses ailes de plâtre Marie-Cécile la fragile bigote?

Je sors. La façade de la mairie est décrépie. je pense, tout le budget communal est sans doute passé dans la réfection du poilu. Avec sûrement d'interminables disputes dans les familles: des sous pour la mairie ou des sous pour le poilu ou des sous pour l'église? Tout village a son poilu, tout village a sa dispute, c'est ça la politique. Peut-on faire autrement? Enfin tu sais ce que je pense de la politique…

Bref! Dans une ruelle pavée, mais il faut la trouver, entre l'église et la mairie, il y a ce café qui ne paye pas de mine, mais où tu peux manger d'admirables rapées tièdes, ils appellent ça des potères pour les distinguer des rapées stéphanoises. Servies avec du jambon cru de pays, de la salade du jardin, plus le dessert, ce jour là c'était un flan maison aux œufs, plus le pichet de coteaux du lyonnais, plus le café, ça te fait, tiens-toi bien, tout compris, dix euros tout rond. Tu te rends compte, dix euros tout compris! A Lyon, tu payerais le triple ! Mais tu sais ce que je pense du prix des bouchons lyonnais…

Bref! Le patron, je lui ai parlé du poilu, mais je n'ai pas réussi à savoir s'il était pour ou contre. C'était un taiseux, il ne faisait pas de politique, il m'a dit. Mais tu sais ce que je pense de ceux qui disent qu'ils ne font pas de politique...

A la fin du repas, je lui ai demandé au patron comment on s’en sortait d'Ancy pour aller à Saint-Forgeux? J' ai dit aussi que j'étais en vélo.

Il m'a repris, comment on quitte Ancy, vous voulez dire? Qu'il fallait prendre juste à l’entrée nord, sur la droite, une petite route goudronnée. Que ça grimpait un peu dur au début, mais qu'après c'était tout bon jusqu'à Saint-Forgeux!

J'ai pris la petite route qui grimpe et tu ne me croiras pas, je ne suis jamais arrivé à Saint-Forgeux! Je me suis perdu, complètement perdu. J'ai erré des jours et des nuits, sans jamais trouver âme qui vive, ça montait, ça descendait, ça tournait, il y avait des carrefours avec des croix partout qui se ressemblaient toutes, des lieux dits, avec des noms bizarres, La Liouffe, le Brézet, Le Teilloux, des hameaux et des fermes inhabités, des ruines en plein champ, des ruisseaux qui couraient dans tous les sens. J'hésitais, je faisais demi tour, tentais des chemins de travers... Rien, rien, pas de Saint-Forgeux à l'horizon, mais je n'avais ni chaud, ni froid, ni faim, ni soif. Je n'éprouvais aucune angoisse. Le jour, la nuit n'existaient plus, je pédalais, je pédalais, je pédalais, sans fatigue, j'étais bien… Je ne sais combien de temps cela a pu durer... Et puis tout d'un coup, je me suis retrouvé ici chez moi, chez nous, parmi vous. Comment?... J'en sais rien.

Il s'est arrêté de parler. Je le regarde, il a le teint pâle et les traits du visage un peu tirés mais l'air soulagé. Ses explications me vont. Une question cependant me taraude que je n'ose lui poser tant elle me semble toucher au plus profond de son être : mais pourquoi donc vouloir aller en vélo d’Ancy à Saint-Forgeux ?

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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 08:21
Les Voyageurs. Bruno Catalano (Galerie Médicis, 2014)
Les Voyageurs. Bruno Catalano (Galerie Médicis, 2014)

Sable fin, palmiers, flots bleus, soleil. Tout est beau ici. Mon île ! On peut y vivre en Robinson peinard ! Inhabité, ce petit paradis et, parce qu’inhabité, un petit paradis. Surtout ne me demandez pas pourquoi, ni comment, un jour, j’ai débarqué ici !

J’ai construit ma hutte, cultivé mon jardin, organisé ma vie sur la course du soleil. Et je ne m’ennuie pas, tant les tâches quotidiennes sur une île sont prenantes. Quand j’ai un petit moment à moi, j’écris mes lettres, je les mets en bouteille et les bouteilles à la mer. J'écris "Ami, toi qui me lis, surtout ne cherche pas à savoir où je suis !"

C’est absurde de vouloir se rappeler au bon souvenir des gens en leur demandant qu’ils vous oublient ! Je le sais, mais c’est ainsi.

Tous les soirs avant que la nuit tombe, je fais le tour de l’île dans le sens des aiguilles d’une montre. Il me faut environ une heure (je n’ai plus de montre). Et le matin je recommence, mais en sens inverse. Tout est différent. L’océan est à ma droite. C’est la supériorité des hommes sur les astres que de pouvoir choisir, dans une certaine mesure, le sens dans lequel ils tournent.

Je n’ai jamais mis les pieds au centre de mon île : à ce que j’en vois de loin, c’est une modeste colline d’herbes folles avec de gros rochers blancs et quelques arbres exotiques. Ce qui ne veut rien dire. Pour moi, tous les arbres sont exotiques. Je tiens à garder à l’île sa part de mystère. Ou peut-être ai-je peur en montant sur le point culminant d’avoir une vue d’ensemble de mon territoire et de prendre conscience de ses limites? La côte est où j'ai construit ma hutte doit être si proche de la côte ouest que je pourrais faire, en prenant ce raccourci, l’économie de mon tour quotidien pour aller voir le coucher du soleil. Mais je n’ai plus envie de prendre les raccourcis, de gagner du temps. J’aime désormais les détours, les circonférences.

Un jour, un vendredi après-midi, un homme abordera ces rivages. J’ai toujours appréhendé les week-ends. Je suis moi-même arrivé ici un vendredi.

L’accueillerai-je avec des colliers de fleurs fraîchement coupées comme celles que je pose chaque matin sur les modestes tombes de mes visiteurs inconnus? Ou d'un coup de bambou ? Je ne sais encore. J’hésite. Il me faut du temps.

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18 décembre 2014 4 18 /12 /décembre /2014 15:38
Balle (Druids Glen, Irlande 2013)
Balle (Druids Glen, Irlande 2013)

Il arriva au départ du 13. Trou classé le plus difficile. Et il l’était. Il n'avait ici que rarement réussi le par. C’était souvent bogey, voire double ou triple, parfois même, ensablé dans un bunker, l’humiliation de ne pas finir et devoir alors mettre une croix sur la carte de score. Le début était étroit, bordé de buissons de ronces, en légère montée. Ensuite, il y avait ce dog-leg à gauche presque à angle droit qu’il fallait négocier en aveugle. Ne joue pas trop long, ni trop court, ni trop bas!

Il posa la balle sur le tee, vérifia qu’elle était à la bonne hauteur, se recula lentement et regarda le ciel, à l’horizon, au-dessus de la forêt. Regarde toujours le ciel avant de frapper! Il s’avança et respira profondément. Une fois en position, le buste incliné, les pieds légèrement écartés, les yeux fixés sur la balle, il devait s’arrêter de penser, faire corps avec le driver et le laisser aller. C’était l’instant critique. Surtout ne pense plus. Ne pense même plus qu’il ne faut pas penser !

A l’impact, il y eut un joli bruit. Puis une belle et longue trajectoire sur la gauche, légèrement incurvée. La balle passa la ligne des arbres et disparut. Son cœur battait très fort. As-tu réussi le swing parfait? Il marqua en tremblant son coup sur la carte -Joueur consciencieux et méthodique, il inscrivait tous ses coups joués - et la remit soigneusement dans la petite poche haute de son sac en la laissant légèrement dépasser afin qu’il puisse après chaque coup joué aisément s’en saisir. Il était maintenant pressé de savoir où était allée sa balle, mais en joueur avisé, il ne changea pas le rythme de ses pas. Au rythme de tes pas tu conduiras ta vie !

Il jouait souvent seul, conscient qu’il est difficile de partager avec quiconque cette idée qu’il n’y a rien de plus important dans la vie qu’une partie de golf. Seul donc, au milieu des lapins, des hérons, des écureuils, des ragondins, des oiseaux, des putois, tous occupés de leur survie, il était homo sapiens, heureux de faire avancer avec précaution par monts et par vaux vers d’improbables drapeaux une petite balle blanche parfaitement inutile.

Il aimait croire - le crois-tu vraiment ?- que cette disposition à la futilité distinguait l’homme des autres espèces animales. Il aimait aussi porter son sac sur les épaules comme un jeune homme.

Sur le trou 8, en contrebas, il aperçut Harmide et Jean-José. On aurait dit des gravures de mode sorties d’un catalogue spécial sport, sur papier glacé, du Bon Marché Paris (rive gauche). Il se tassa et vite tourna le dos pour ne pas être obligé d’aller les saluer.

Elle avait un putter plaqué or au maillet incrusté de diamants. Lui, un chariot-robot-caddie à pilotage automatique qui en plus de transporter son sac en cuir Louis Vuitton lui indiquait à haute voix et dans un pur anglais d’Oxford, en fonction de l’endroit où il se trouvait, de l’humidité de l’air, de la température, de la force du vent, de la nature et de l’état du sol (ce chariot possédait au moins 1000 capteurs !) quel club il devait prendre et comment il devait le jouer.

Ce couple donnait du golf l'image socialement terrifiante que le commun des mortels qui n’y joue pas s’en fait. Notre golfeur solitaire, homme de gauche pondéré, les évitait prudemment, persuadé qu’être vu, ne serait-ce qu’un instant en leur compagnie, l’aurait condamné à coup sûr à avoir la tête tranchée pour trahison de la classe ouvrière et collusion avec l’ennemi si un jour Jean-luc Mélenchon et le Front de Gauche prenaient les commandes du pays. Souvent, pour se faire pardonner, il avançait sur les fairways en sifflotant l'internationale.

Il tourna sur sa gauche. Il avait enfin dépassé le virage. Il scruta le sol devant lui. Sa balle était là, bien visible au milieu du fairway. Il sourit. Le second coup serait difficile avec le cercle de bunkers qui protégeait le green et l’étang sombre au fond. Ne joue surtout pas trop long! Il prit son fer 6, qu’il aimait bien, caressa la lame du bout des doigts, fit quelques essais. L’herbe était douce, un vrai tapis. Schlaff ! Escalope magnifique, coup réussi. La balle s’éleva très haut, se posa sur le green, glissa un peu vers le drapeau. Pour la première fois sur ce trou, il pourrait jouer birdie !

La balle était à environ un mètre du trou. Il releva son pitch, enleva le drapeau, prit son temps pour étudier le green, voir s’il y avait une pente. Apparemment il n’y en avait pas. Joue droit! Le coup était facile. Immanquable ! Il en avait rentré des centaines comme ça. Mais il en avait aussi raté quelques-uns. Un putt d’un mètre à peine, ce serait trop bête ! Une occasion comme ça ne se représenterait pas. Il enleva la protection de son putter, se mit en place, tourna plusieurs fois la tête vers le trou, imagina la trajectoire idéale, puis s’immobilisa. Il fallait y aller maintenant, ne pas attendre plus longtemps, ne pas se crisper. Très ému, la respiration bloquée, les mains délicatement jointes sur le grip, il lança le court balancement des bras vers l’arrière puis,au retour, la face traversa lentement la balle au cœur.

Ta vue se brouille, tes jambes fléchissent. Tu comprends. Ta surprise est que toute ta vie ne défile pas en cet instant. Mais, quelle importance! Tu ne regrettes rien! Sauf de ne jamais savoir où finit la course.

Dix minutes plus tard, les joueurs de la partie suivante trouvèrent l’homme mort sur le green du 13. La balle était dans le trou. Un des golfeurs prit la carte de score qui dépassait de la poche haute du sac. Il vit que tous les coups étaient consignés. Alors, machinalement, il sortit son crayon et marqua le birdie. Puis souleva sa casquette.

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