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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 17:33

 

 

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Quand le toubib lui apprit  qu'il souffrait d’une bursite du gros trochanter,  il comprit tout de suite la difficulté qu'il aurait, dit comme ça, à convaincre son entourage que ce n’était pas une maladie honteuse. Il opta  alors pour ne déclarer qu’un banal problème de hanche.
En fait, comme souvent ceux qui débutent au golf, rêvant d’égaler Tiger Wood, il
 voulait taper le plus fort possible dans la balle. La tête de son club passait alors invariablement  au-dessus  de la balle et il effectuait ainsi, pour rien, à toute vitesse et tournant sur lui comme une toupie, ce que les spécialistes nomment un air shot.  De tous les coups manqués au golf, c’est  le plus humiliant.  A le répéter à chaque séance, il s'était détruit aussi physiquement.  Le corps, à la longue, se fatigue de la maladresse.
Bien sûr,  il ne pouvait raconter ça à personne.  Il répondait donc à ceux qui lui demandaient pourquoi il boitait, qu'il s’était fait mal à la hanche en bêchant son jardin.  Par ces temps de crise économique, c’était une explication qu'il jugeait plus convenable.


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8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 10:18

 

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Une fin d’après-midi d’été, assise au bar, une belle randonneuse. Dépasse de son sac de marche, à ses pieds, la tentation d’exister.
Je baratine, pour l’amadouer, que je suis comme Cioran, que j’écris en petit ce qu’il écrit en grand. Que j’ai l’esprit de Cioran, sans la manière. Que, comme lui, « La marche est mon salut ». J’ajoute que, souffrant d’une tendinite, et là je plie la jambe gauche pour tapoter avec l’index mon talon, je ne marche plus.
La jeune femme sourit enfin.
« On ne décrit pas un sourire ». C’est pratique. Définitivement j’aime Cioran.


 

  La tentation d’exister    Cioran (Gallimard)
  Cahiers 1957-1972       Cioran (Gallimard)

 

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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 12:26

 

 

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Les pulls que lui tricotait sa mère le protégeaient de la concupiscence des femmes.

 


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5 mai 2010 3 05 /05 /mai /2010 15:54

 

 série noire 2



Betsy voulait son meurtre. Ses yeux brillaient, sa voix suppliait :
- Dis, on va la tuer, on va la tuer, promets qu’on va la tuer, promets ! 
J’éclatais de rire :
- C’est promis. Tu y tiens tellement ? 
- Plus que ça ! Tu me laisseras faire ! Tu verras, ce sera classe.
Elle était rayonnante. Pour me remercier, elle me fit un gentil baiser.

C’est horrible ce qu’on a fait ! C’est horrible…Peut-on aller plus loin ?
Difficilement Betsy, si Dieu existe, nous serons damnés. 
Betsy avait l’air d’un ange, elle posa la tête contre mon épaule :
- Tu me tueras avant l’aube, je ne veux pas voir le jour. Les journaux, les flics, les ambulances, ce sera moche. 

L’ivresse était retombée. Envie que tout s’efface, rejoindre Touna la tendresse, me blottir dans le lit chaud, m’endormir contre son corps. Demain, cela ne serait qu’un mauvais rêve.
La voiture avançait tous feux éteints. Nous descendions vers le fleuve. Roulons encore Betsy.

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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 16:42

 

 

 biblio2.jpg

Depuis des années qu’il fréquente ces lieux, il a tout lu.
Ce matin, sur l’esplanade de la Bibliothèque François Mitterrand, un homme l’interpelle:
- Mais si la culture n’est pas partagée, qui saura que tu es cultivé ?

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30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 08:48

 

 

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On me l’avait enfin livré.   Mais, par sa tenue, ce coûteux petit fauteuil en cuir gris de chez Steiner Paris, soudain posé dans le salon, me mettait minable. Pour m’y asseoir, il aurait fallu me faire beau. C’était au-dessus de mes forces.  Je le rangeai au grenier et repris ma vie  de plouc.


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27 avril 2010 2 27 /04 /avril /2010 07:32

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Peut-on sérieusement imaginer des campings littéraires ou philosophiques, comme il existe des cafés?

Campant en Autriche et relisant, après coup, le Tractatus, je me suis cependant posé la question  de savoir si Wittgenstein aurait aimé camper. Et quelle aurait été l’influence du camping sur son œuvre?

Certes, le ” Ce dont on ne peut parler, il faut le taire ” pourrait être une jolie phrase de campeur sortant des toilettes avec son rouleau de papier hygiénique à la main, mais je crois que les problèmes de manutention et d’intendance inhérents au camping  ne laissent guère le temps à la réflexion. Et c'est tant mieux. 

  

 

http://www.philonet.fr/auteurs/Wittgens.html

 

 


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25 avril 2010 7 25 /04 /avril /2010 09:13

 

 

danube.jpg 


Egaré sur un chemin de terre cerné d’arbres et de joncs, il était sorti de sa voiture pour voir s’il pouvait faire demi-tour sans risque. Par hasard, à travers les feuillages, il découvrit le Danube au moment même où un taon le piquait au mollet.
 -  Et merde ! 
La phrase lui était venue comme ça, en toute simplicité.
Mais, rentré chez lui, il pourrait sûrement en faire un petit bout de littérature.

 

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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 08:37

 

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En 1965, mon prof de français me fit traduire en conseil de discipline pour mauvaise foi intellectuelle caractérisée. Heureuse époque ! Nous avions un différent d’interprétation, mais que j’avais porté haut et fort sur la place publique, d’un texte de Camus où il était question d’un homme qui gesticule dans une cabine téléphonique. C’était évidemment absurde! On reconnut mon prof dépressif et je fus acquitté.

 

Ne me souvenant plus de quel livre l’extrait était tiré, j’ai tapé sur Google : « Camus et cabine téléphonique ». On obtient 1520 résultats.

Si on clique sur le  site  (www.vallee-hien.fr/france) de la Communauté de Communes de la Vallée de l’Hien (Isère) à la sous- rubrique « Histoire de Commerces » (rubrique « Culture et patrimoine »), on apprend que dans le petit village de Succieu, Madame Camus a tenu avec son époux (jusqu’en 1978) un bar-restaurant, épicerie, bureau de tabac, cabine téléphonique, dépôt de gaz et dépôt de pharmacie de première nécessité.
Elle dit :
A l’époque, on trouvait de tout chez Camus : alimentation générale, vaisselle, petite quincaillerie, fournitures scolaires, tabac, presse, articles de pêche et j’en passe. Avant d’aller se ravitailler à Bourgoin, les gens passaient d’abord chez nous et neuf fois sur dix, trouvaient ce qu’ils cherchaient, faisant ainsi l’économie d’un voyage en ville… A nos débuts, il n’y avait dans la commune que trois abonnés au téléphone. Les messages urgents passaient donc par un moyen de communication obsolète aujourd’hui : le télégramme. Nous étions habilités par les PTT à prendre le message sous dictée, le cacheter et l’apporter au domicile du destinataire et quand on voyait passer le père Camus déguisé en fend-la-bise sur son vélomoteur, on le savait porteur d’une nouvelle, bonne ou mauvaise, mais d’une extrême importance …

Plus loin, sur le site www.voguentleshistoires.com, on peut lire cet étrange message  que je retranscris tel quel :
« L’étranger, de Albert Camus
libéré par mouloud le 05/01/05 à MARSEILLE - 7ème - dans une cabine téléphonique à Saint-Victor
»

Pour le temps perdu et retrouvé, mieux que Proust, les moteurs de recherche.

 


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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 14:41

 

 

 fond

Récemment, Xavier me demandait quel était le coup le plus jouissif au tennis. Je lui en donnai trois : la volée amortie de coup droit (la raquette reste en suspens au niveau de l’épaule), l’amortie de revers de fond de court, et le passing de revers décroisé le long de la ligne. Mais j’ajoutai qu’ils n’étaient jouissifs que dans la conclusion d’un échange, dans l’aboutissement d’un plan de jeu. Sommé de choisir, je retins la volée amortie, pour le sentiment de puissance maîtrisée qu’elle procure, cette générosité perverse qui transforme une gifle en caresse mortelle.
Un quidam, qui buvait au bar à nos côtés, interrompit la conversation pour dire qu’il trouvait nos propos futiles.
Mon ami brisa alors une bouteille sur le rebord du zinc et d’un geste vif lui trancha la gorge.


 


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