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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 09:18

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La Potsdamerplatz.

D’un no man’s land, ils ont voulu faire un centre de vie. On y mange donc des frites. Une jeune fille admire la coupole du Sony Center. Plus âgés, ce qu’on a  préféré, de loin, c’est remonter en vélo la Karl Marx Allée, pris dans la vague des employés qui regagnaient à toute vitesse leurs banlieues en fin d’après-midi. Nous nous imaginions communistes et fiers de l’être.  Je fredonnais en pédalant un air qui ressemblait à l’hymne soviétique. C’est dire!

 
l’Alexanderplatz

J’ai appris trop tard que cette place avait donné son nom a un roman d’Alfred Döblin. Je l’aurais regardée d’un autre œil.

 
 
Le Mur.

Est-ce bien le bon ? Et de quel côté était l’Est ? Et l’Ouest ? la tension est forte dans le petit groupe.   On n’a pas le droit de se tromper. Tout le sens du voyage se joue sur cet instant.


 
La rue Husemann

Loin de la circulation, dans la charmante rue Husemann, on s’assoit à la tranquille terrasse d’un café pour manger une glace. Un homme torse nu viendra mettre des gravas dans une benne verte posée sur le trottoir d’en face. Malgré toutes les précautions qu’il prend à vider sa brouette, on redoute la poussière sur notre chantilly.

 
 
Pankow

Après le Mauerpark surpeuplé et son stade, le panneau sur la piste cyclable indique que le quartier de Pankow est  à plus de 2 Km. Il fait chaud, il y a  l’interminable pont qui enjambe les voies ferrées à traverser et qui monte, nous renonçons.

Même d’ici, Pankow reste une destination  exotique.

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 16:31

identité

Le contremaître était gêné, - Non ce n’est pas possible, on ne peut pas vous embaucher, oui, oui, il y a bien une place, mais ça créerait trop de problèmes ensuite. Vous comprenez ?
Il fallait que je comprenne. Le contremaître était désolé.
C’était à chaque fois les mêmes réponses.

En ville, je portais toujours une casquette, un foulard  et des lunettes noires. Sinon, on me dévisageait. Les passants me  reconnaissaient, les femmes s’avançaient  vers moi, même les hommes. J'avais beau expliquer que je n’étais pas lui, ça ne prenait pas. Très vite on s’indignait  que je refuse de dire la vérité, - Et pourquoi êtes-vous si mal habillé ? C’'est de la provocation! De qui est-ce que vous vous moquez?  Un jour de froid, j'avais tendu la main pour quelques pièces et ça avait failli dégénérer.


Dans la rue Saint-Jean, comme elle était déserte, j'ôtai ma casquette, dénouai mon foulard, soulevai mes lunettes et me regardai dans le miroir de la boutique de fringues, - Pourquoi Dieu m’avait-il fait si ressemblant ?

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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 15:39

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Dans la gare, les soldats en treillis étaient partout.  On aurait dit la guerre. Il prit un thé à la cafétéria près des kiosques à journaux. La même information faisait la une : hier soir, dans sa couveuse, à la maternité, un bébé terroriste avait explosé. La mère avait disparu, on la cherchait partout, on ne savait rien du père.
Tout le monde voulait quitter la ville. Le train aurait du retard.
Il sentait que quelque chose allait se passer. Quand il vit Kate, il fit un signe et  heurta avec sa main le gobelet blanc posé sur la tablette. Le liquide le brûla sur le haut de la cuisse près des couilles. La douleur le fit se lever brusquement. Il jura. Le garde, à l’entrée, surpris, pointa vers lui  son fusil-mitrailleur. Alors il fit ce qu’il avait appris à faire, il plongea. Après ce fut le bruit, des cris, la poussière, le silence et l’odeur.
Quand on l’aida à se relever, il n’avait rien. Autour gisaient  des corps. Il vit celui de Kate. Il pensa que, finalement, comme ça, c’était bien.  

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6 mars 2010 6 06 /03 /mars /2010 15:25

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Le sentier suit une ligne de crête, la vue est dégagée. Quelqu’un marche devant moi. Je distingue sa silhouette. Certainement un homme. Il avance vite, je ne lui reprends rien. En regardant bien, le chapeau, le long foulard, et surtout le mouvement si caractéristique des bras, on dirait mon père.  Je me mets à courir, mais lui, en même temps, court aussi. A-t-il peur ? Est-ce un jeu ? Je suis bien entraîné pourtant, mais il ne faiblit pas. La distance entre nous reste identique. Rien à faire !  Il va aussi vite que moi !
Ce n’est pas possible ! Mon père est trop vieux pour courir ainsi. En plus il est mort.
Résigné, fatigué, je ralentis, je m’arrête. Je me retourne. Sur le chemin, un homme me suit. Mais là,  aucun doute, je l’ai reconnu : c’est mon psy! Je dois courir.

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4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 17:21

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La maison est pleine d’escaliers qui ne conduisent à rien. Les couloirs finissent en impasses, les portes ouvrent sur le vide. Comme si les précédents propriétaires des lieux  s’étaient chaque fois ravisés sur les destinations à prendre. Ou voulaient-ils aller ? ils sont tous morts.

Aujourd’hui, j’y suis habitué et, dans ce labyrinthe, je trouve mon chemin.

Au fil du temps, cette maison a changé mon caractère : je ne termine plus mes phrases, je ne vais plus au bout de mes sentiments, je ne tiens pas mes promesses, je change d’avis. On dit de moi que je suis un homme complexe, compliqué, incertain et changeant. Ce sont des mots qui me vont bien. Avant de vivre ici, j’étais simple et prévisible, pour tout dire ennuyeux.  Je dois à la maison que j’habite des trésors d’incohérence et de fantaisie.

J’en étais là de mes considérations sur l’influence de l’habitat sur le comportement humain quand j’aperçois de ma fenêtre un SDF qui installe ses cartons sur le trottoir d’en face. 

Je l’interpelle: « Hé, l’ami !

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2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 09:53
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Il a fait  comme on lui a dit,  appris à lire, passé ses examens, obtenu des diplômes, élève sage, étudiant sérieux,  ensuite un bon métier, cadre commercial efficace, honnête, consciencieux,  puis une femme, deux enfants, mari modèle, fidèle, père exemplaire,  sans excès alimentaire, mais pratique sportive modérée quotidienne, pour atteindre en bon rang la maison de retraite et à l’âge qui convient le cimetière dans le caveau de famille,  son nom inscrit parmi les siens juste sous celui, dans l’ordre, du père et de la mère.

Mission donc accomplie.

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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 10:20
 

Michon est à la littérature ce que le golf ou le polo sont aux sports. Les pratiquer vous tire vers le haut. A l’inverse, comme la pétanque ou le vélo, les scolaires Hugo et Balzac, et maintenant Maupassant, trop vu à la télé, ne vous apportent aucune valeur sociale et culturelle ajoutée (VSCA).

S’il est assez aisé de placer Proust ou Deleuze entre poire et fromage de telle sorte qu’ils s’inscrivent dans l’ordre naturel des choses, donc à leur juste place, entre la pâte molle d’un livarot, la tendresse sucrée du fruit, le rire de la jeune fille assise tout au bout de la table et l’âge du capitaine, avec Michon, c’est une autre paire de manches…

Mais le lettré est malin et sa  culture, la vraie, toujours une ruse.

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L'histoire véridique du livre de Pierre Michon lu en altitude dans le Parc des Ecrins.

« J’étais l’analphabète esseulé au pied d’un Olympe où tous les autres, Grands Auteurs et Lecteurs difficiles, lisaient et forgeaient en se jouant d’inégalables pages ; et la langue divine était interdite à mon sabir. »  Pierre Michon. (Vies minuscules)

J’emportai « Les onze »* de Michon lors d’une course en montagne avec l’intention d’en finir. Au refuge des Bans d’où partent tôt le matin les alpinistes, j’attaquerai le chapitre II.

Une première tentative au refuge du Sélé avait échoué. L’accès sur la fin y est difficile bien que sécurisé  par des cordes. Qu’il faut tenir fermement. J’avais laissé le livre de chez Verdier dans le sac à dos près du thermo qui tient l’eau citronnée fraîche, des sandwichs jambon cru rillettes fromage tomate  et du blouson Gore-Tex en cas de pluie, de vent, on ne sait jamais, Monsieur, le temps change si vite. J’arrivai au Sélé épuisé, il fallait repartir.

Le refuge des Bans, lui, est une promenade des familles (cotation 1)  encombré et bruyant, avec un espace autour exigu. 

Je m’en écarte donc un peu avant  sur la gauche direction le fond de la vallée étroite qui suit le torrent et monte vers un glacier par un sentier d’alpiniste à peine marqué pour m’asseoir enfin tranquille un peu suant quand même de l’effort sur une pierre presque plate où je peux lire. J’éloigne sur mon nez les lunettes de soleil qui n’ont pas de verres progressifs pour avoir une vision de près confortable,  met mon chapeau. Tout est OK. J’ouvre le Michon à la page 25 avec ce sentiment dont je tire une certaine gloire  d’être alors son unique lecteur. Qui lit ainsi Michon ?  Je constaterai que l’altitude  a peu d’effet sur la compréhension du texte.  Je lirai et je relirai. Au niveau de la mer, à 2256 mètres, sans doute à 5000, je reste dans le mystère Michon. Ici posé dans l’éboulis ce roman est une pierre orange.

 Des pensées sottes, mais d’un degré élevé de beaufitude,  me traverseront la tête  « Qu’importe le Michon pourvu qu’on ait l’ivresse ! » « Et que vaut le Michon entre 2 tranches de pain sans son Fleury ? »

J’avancerai  mes  pauvres phrases envieuses contre les siennes. Quelle marmotte dans sa mémoire de neige fera la différence ?
 
Et pourtant :

« Il était né on le sait à Combleux en 1730.
C’est tout près d’Orléans en amont, dont on voit les clochers ; ça baigne doucement sur deux bras de la Loire. Là-dessus ces ciels français, poussiniens, qu’il peignit peu, et d’un clocher à l’autre quand on suit la levée le long du fleuve, ces îles, ces saules, ces joncs, où on aurait aimé se cacher étant petit, et des vols soudains d’oiseaux. »

Je regarde les sommets. Peu d’hommes les gravissent.


 *Pierre Michon, Les Onze (Verdier) 

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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 11:25

Du roman de Duras j’adorais le titre. C’était un petit livre ergonomique en édition poche, suffisamment étroit et léger pour qu’on puisse le tenir entre le pouce et l’index, idéal pour claquer une mouche l’été.

 Hélas ! Comme une grenouille de laboratoire sur sa plaquette de liège, c’était aussi  un objet d’étude trop facile à disséquer.

Ainsi de la fameuse scène  du poisson à qui mieux mieux expliquée, commentée, décomposée et recomposée à l’école… 

fourchette



« Sur un
plat d’argent à l’achat duquel trois générations ont contribué, le saumon arrive, glacé dans sa forme native. Habillé de noir, ganté de blanc, un homme le porte, tel un enfant de roi, et le présente à chacun dans le silence du dîner commençant. Il est bien séant de ne pas en parler.»







…j’ai gardé le dégoût de la bête surtout quand elle m’est servie froide.

Les années passent, les temps changent et le saumon n’est plus ce qu’il était.

Maintenant   quand je refuse d’en manger, on me reproche des goûts de luxe. Je laisse dire. Comment expliquer à des gens  sans culture les effets sur l’estomac de  vieux cours de littérature ?

 

Moderato Cantabile de Marguerite Duras ( Les Editions de Minuit)

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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 07:51

Au petit-déjeuner, il mélangea des feuilles d'orange Jaïpur, de Darjeeling, de thé vert. Se trouva confronté au problème récurrent de la durée d'infusion.
 Il lui faudrait laver ensuite bol, cuiller, couteau, les porter ensemble ou séparément à l'évier. 
Ce choix engageait un risque que le couteau tombe sur le carrelage. Il détestait ce bruit, mais parfois prenait le risque car il aimait le prendre.

Nourri de Butor et de Robbe-Grillet, il avait fait de sa vie un Nouveau Roman aujourd'hui suranné.
 Pour occuper le temps, il l'avait fragmenté en brèves séquences qui chacune portait son infime aventure.
Il s'admirait dans sa résignation de miette.


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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 08:15


J’ai dit à mon voisin que j’écris des poèmes. Il  est désemparé. De savoir que j’écris l’empêche de dormir. C’est bien pire que du tapage nocturne. Et aucun huissier pour constater le délit.  J’écris sur qui ?
Quand je lui lis mes poèmes, il s’écrie: -  Mais ça ne rime à rien !




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