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25 février 2018 7 25 /02 /février /2018 16:50
Cité du design Saint-Etienne avril 2017 (Photo privée jmg)

 

Deux semaines pour lire tout Proust! C’est la confidence faite par Gérard Collomb lors d’un entretien accordé le 21 février au journal « Le Parisien ». On était en mai 68 (ce n’est pas une excuse!), et il avait alors 21 ans.

Peut-on lire  Proust à la va vite comme s’il s’agissait d’un auteur de roman policier? Cette impatience de rattraper le temps perdu à le chercher n’est-elle pas une impolitesse majeure faite à une oeuvre qui justement prend tout son temps pour le  trouver? Plus qu’une impolitesse, un contre-sens?

Le ministre de l'Intérieur  mérite sa place dans le livre des records… Sans doute a-t-il mis à peine une heure et 53 minutes, le temps d’un trajet Lyon-Paris en TGV pour lire « Guerre et Paix » faisant de Tolstoï  un écrivain  de gare et du dernier Goncourt un  arrêt-minute!

On connaissait la littérature à l’estomac, voilà la littérature au chronomètre. Question lecture, Collomb n'est pas en marche,  il court, et vite!

Prenons donc le temps du thé de l'après-midi et toute une vie pour lire Proust.

 

…Odette fit à Swann « son » thé, lui demanda : « Citron ou crème ? » et comme il répondit « crème », lui dit en riant : « Un nuage ! » Et comme il le trouvait bon : « Vous voyez que je sais ce que vous aimez. » Ce thé en effet avait paru à Swann quelque chose de précieux comme à elle-même, et l’amour a tellement besoin de se trouver une justification, une garantie de durée, dans des plaisirs qui au contraire sans lui n’en seraient pas et finissent avec lui, que quand il l’avait quittée à sept heures pour rentrer chez lui s’habiller, pendant tout le trajet qu’il fit dans son coupé, ne pouvant contenir la joie que cet après-midi lui avait causée, il se répétait : « Ce serait bien agréable d’avoir ainsi une petite personne chez qui on pourrait trouver cette chose si rare, du bon thé. »

Extrait de  « À la recherche du temps perdu Tome II »
Marcel Proust

 

http://www.leparisien.fr/politique/immigration-terrorisme-police-du-quotidien-les-mises-au-point-de-gerard-collomb-20-02-2018-7570554.php

 

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6 février 2018 2 06 /02 /février /2018 16:09
photo privée jmg

 

Du glacier la vue est magnifique, vraiment. Pas pris de photo, J’en ai 1000 de montagne, l’hiver, stockées dans les nuages, qui se ressemblent toutes, qu’on ne regarde jamais. Les clichés de sommets opposent à nos souvenirs une réalité plate.
Pour l’heure, j’ai cette piste noire à prendre, et ses bosses monstrueuses à effacer. C’est ce que je raconterai ce soir à la veillée à ceux qui sont restés dans la vallée. Et si je suis un peu ivre, je monterai même sur la table pour mimer.
L’ai-je bien descendue? Peu importe! Je l'ai descendue.
Avec mon casque neuf et mes lunettes noires enveloppantes, mes 8 sous-vêtements techniques et doudounes diverses, plus l'anorak ad hoc garanti froid extrême, à la regarder d’en bas, je me sens presque beau. Puis-je plaire ainsi?
Justement, me frôle Scarlett Johansson dans un souffle mêlé de parfums éthérés et de cristaux de glace. Mais c’est peut-être Jessica Chastain, peut-être  Eva Green! Maitrisant mieux la trajectoire de ses skis se serait-elle arrêtée pour me demander qui je suis?
Question existentielle ou ivresse des cimes? S’ouvrent à moi tous les possibles. 

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22 janvier 2018 1 22 /01 /janvier /2018 15:24
Un fantasma percorre l'Europa (extrait). Armando Pizzinato

 

Aujourd’hui, on n’a plus le droit de rien dire!

On ne sait trop qui a dit ça, peut-être cette contrôleuse délurée qui ne portait pas la casquette réglementaire de la SNCF mais avait la langue bien pendue? On ne sait pas...

La phrase  est arrivée comme ça, dans ce wagon du TER bondé qui nous ramenait  un soir  de Lyon vers Tarare.  Tout le monde était d’accord, l’IFOP ou la SOFRES auraient fait un sondage dans le wagon,  c’était  du  100%,  aujourd’hui, on n’a plus  le droit de rien dire!   Et  chacun de donner des exemples, de dire à haute voix, pour que tout le monde entende, ce qu’il n’avait plus le droit de dire…

Et puis le train a ralenti, nous arrivions  en gare  de Saint-Romain-de-Popey. Un grand gaillard a hurlé en levant le poing, juste avant de descendre, c’est pas parce qu’ils m’empêcheront de parler que ça m’empêchera de penser! Bien au contraire!  Ceux qui restaient dans le train l‘ont salué en levant  eux aussi le poing et ont repris tous en choeur, bien au contraire! 

Le train est reparti, les passagers se sont tus. Leur héros d’un soir était resté à quai.

 

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17 décembre 2017 7 17 /12 /décembre /2017 17:00
 

C’était écrit noir sur blanc au bas de l’ordonnance : marche journalière d’au moins 30 minutes. La doctoresse avait insisté, pour ce que vous avez, Monsieur Lenoir, vous devez absolument marcher. Il était ressorti consterné du cabinet médical, plus affecté par cette prescription que par le diagnostic. Mais, puisqu’il devait marcher, il marcherait…

Aussi, le lendemain, Augustin Lenoir décida de se rendre à pied à l’hyper super marché qui se trouvait à la périphérie de la ville. Là où il avait l’habitude de faire ses courses. Il portait en bandoulière son sac à provisions.  Il  y avait rangé, par précaution, son mini parapluie.

Le trajet lui parut interminable, Augustin Lenoirl regardait sans cesse sa montre. Il lui fallut exactement 27 minutes pour se trouver face aux imposants bâtiments du centre commercial.

Mais, il devait encore franchir les multiples sorties ou entrées d’un gigantesque rond point qui semblait avoir aimanté la totalité des automobiles de la ville. L’odeur et le bruit étaient insupportables.  Rien n’était prévu pour   un piéton. Traverser, c’était jouer sa vie à la roulette russe!. Il hésita un instant puis se lança. Il ne pouvait avoir marché pour rien!

Appels de phares, crissements de pneus, hurlements d'avertisseurs, il manqua plusieurs fois d’être écrasé... Et toutes les injures qu’il n'entendit pas!

Il ne faut jamais faire obstacle au désir de consommation des braves gens qui roulent avant les fêtes de Noël vers les supermarchés...  Aux enfants rêvant de jouets et de confiseries, aux épouses de parfums,  aux maris  d’alcools forts. Tous  voulaient sa peau! Les paisibles berlines familiales s’étaient muées en effrayantes machines de  mort.

Lorsqu’il  parvint, en sueur, le coeur battant, dans une sorte de no man’s land d’herbes folles qui séparait les voies de circulation des premiers parkings, Augustin Lenoir comprit qu’il était  sauvé. Il ne lui restait plus qu’une centaine de mètres à parcourir pour se retrouver  en terrain connu.

C’est à ce moment que Ferdinand Biron l’aperçut. Ferdinand Biron était GISCBV (garde intermittent stagiaire citoyen bénévole vigilant) chargé de renforcer la sécurité du centre commercial pendant la période des fêtes. Il avait retenu de son  court stage de formation qu’un individu accédant à pied à un centre commercial était forcément un terroriste. Ferdinand Biron souleva le canon de son fusil mitrailleur.

Augustin Lenoir, lui, s’était arrêté  pour reprendre son souffle. Il commençait à pleuvoir. Il avait posé son sac à provisions  à terre. Il en sortit son parapluie.

Dans un pays en état d’urgence, rien, hélas, ne ressemble plus à un pistolet automatique qu’un parapluie rétractable.

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11 décembre 2017 1 11 /12 /décembre /2017 16:37

 

Saint-Haon-le-Châtel, octobre 2017 (photo privée jmg)

 

"Ce coin de nature, ce bout de jardin, un bruit de pas sans écho sur le gravier d'une allée, mon exaltation les a portés et a réussi à leur faire traverser tant d'années successives, tandis que sont morts ceux qui les foulèrent et le souvenir de ceux qui les foulèrent."

                                                                       Marcel Proust ,  Du côté de chez Swan

 

La pluie cesse, ils font le tour du village. Des citations d'écrivains accompagnent leur visite. Les lieux et les mots se répondent pour leur plus grand bonheur. On devine au loin une trace  d'arc-en-ciel.    

 

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4 décembre 2017 1 04 /12 /décembre /2017 16:46

 

Expo Robert Kéramsi Chazelles sur Lyon nov2017 (photo privée jmg)

 

Oh regarde ! Tu as vu le chien ! Comme c'est bizarre, il est tout nu !

 

 

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17 novembre 2017 5 17 /11 /novembre /2017 10:06
 
Maison de santé
Au village, ils viennent d’inaugurer une maison de santé. Toutes les huiles étaient là: le préfet, le député, le sénateur, le président départemental de l’ordre des médecins. Même la ministre a failli venir! C’est dire… 
Mais personne pour représenter les malades. Aucune invitation! Déception! Je me voyais pourtant bien faire un discours. Un beau discours de malade dans la maison de santé.

 

Généraliste
Le nouveau généraliste est jeune, grand, beau… Sans doute sent-il bon le sable chaud. Chez l’ancien flottait une odeur de tabac froid et d’alcool fort. Mais tout allait bien alors, son pèse-personne sur-estimait mon poids et son tensiomètre sous-estimait  ma pression sanguine. 
Chance, aujourd’hui, le nouveau toubib est assisté de son stagiaire. Deux sur mon seul corps penchés, je suis aux anges! Je ne peux m’empêcher de comparer leurs manières d’ausculter et l’ancienne:  mon vieux médecin avait une vue d’ensemble de la bête, eux détaillent chaque morceau. L’esprit de synthèse contre l’esprit d’analyse…
Vite rhabillé, je  suis maintenant assis  sagement prés du bureau,  carte vitale dans une main et 25 euros dans l’autre. Moment du diagnostic. Rappel: je suis venu  pour un petit rhume qui ne passait pas…
De l’autre côté de la table, ils s’interrogent à haute voix, peut-être un cancer, peut-être le sida, peut-être autre chose ou peut-être pas?  Ils se tournent vers moi et disent : on verra plus tard après les analyses.
J’ai bien entendu. Il fait beau, les larges fenêtres vitrées du cabinet flambant neuf laissent passer une éclatante lumière. La vue au loin sur la plaine est magnifique. Peut-être le cancer, peut-être le sida? ...Youpi! La vie est belle!  On attendra… 
 

Ophtalmo 

Elle est jolie, mais sévère. Elle dit : regardez au centre, en haut, en bas, à droite, non à droite, à gauche, en haut à gauche, plus à gauche encore,
Et moi j’obéis. J’obéis au doigt et à l’oeil. Justement le doigt…Son doigt délicatement soulève ma paupière. J'admire, de l’autre oeil, coquin, mais valide, la finesse de la main.
J’en ai parlé à mon psy, il me met en garde (je le crois jaloux de ses prérogatives), attention, pas de transfert, avec un ophtalmo c’est rigoureusement interdit et hors de prix!

 

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16 novembre 2017 4 16 /11 /novembre /2017 16:15
Giardino delle Vergini. Venise sept 2017 (photo privée jmg)
Giardino delle Vergini.

Ici  pas de foule, tout est calme. Ça change des autres sites de la Biennale. Le début de la visite, à travers les jardins, nous conduit jusqu'au bord du chenal qui donne sur le port de l'Arsenal. Ensuite le chemin bifurque à gauche vers des sortes de hangars. Une jeune femme, qui ne porte pas d'uniforme, s’approche et nous dit très poliment qu’à partir de là, il faut prendre un billet.  Elle semble un peu gênée, sans doute à cause de notre âge. Nous pourrions être ses grands-parents. Croit-elle que nous essayons de resquiller? Elle imagine mal ses grands-parents, fervents catholiques, se comporter ainsi. Du coup, nous nous sentons gênés aussi.   

 Pourtant, nous  rebroussons chemin, préférant garder nos sous pour améliorer l’ordinaire du léger repas que nous avons l’habitude de prendre vers midi dans une des petites  boulangeries-cafés que la chaine Majer a  positionnées dans le centre de Venise. C’est un mode de restauration pratique et de bonne qualité qui nous va bien. Il ne faut cependant pas trop s’écarter au moment de choisir les plats pour rester dans une fourchette de prix raisonnable. Moi, je prends des boulettes de riz aux épinards qui calent bien l'estomac et me permettent de tenir jusqu'à tard le soir. Avec l’argent économisé du billet nous pourrons avoir, en plus, cette fois, une pâtisserie et un café. C'est un bon plan qui nous met de bonne humeur et déjà en appétit.

Et puis, si nous écourtons notre visite, nous arriverons  suffisamment tôt au Majer de la Via Garibaldi toute proche, pour espérer pouvoir s'asseoir en terrasse. Il fait beau, ce sera agréable de regarder les gens et les pigeons.  
Pour regagner la sortie, nous repassons donc devant les œuvres déjà vues et   nous leur trouvons moins d’intérêt. Le fait de savoir qu’elles nous sont présentées gratuitement, alors que d’autres exposées sur le même site nécessitent, elles, une contribution financière, semble leur avoir enlevé le statut d’oeuvre d’art. Nous n'avons pas voulu payer pour voir, mais nous n’avons plus envie de voir ce que nous n'avons pas payé. La valeur marchande de cet art est-elle la seule garantie qu'il soit de l'art? Vaste question artistico-économique ou simple inquiétude de radin: si c’est gratuit, ça ne vaut rien et si ça coûte, je me suis fait avoir!

Ainsi, en entrant dans les jardins, j’avais pris en photo ce que je croyais alors être une installation d’artiste. Lorsque j’en ressors,  je suis persuadé que ce ne sont que débris amassés puis abandonnés par un employé d’entretien étourdi.

Ai-je raison ou tort?

De retour en France,  je me  suis reposé la question et après quelques recherches,  je n’en sais toujours rien.
Les bouts de bois photographiés faisaient-ils oeuvre? Ou bien l'oeuvre était l’enclos dans lequel j’étais entré pour les photographier? Ou bien encore l'oeuvre était l’enclos et les bouts de bois ensemble? Ou bien quelque chose de plus grand, de plus enveloppant qui nous aurait échappé? Mystère …
Quand le doigt montre la lune, l’imbécile regarde…
Moi, j’avais photographié les résidus.

Un ami à qui je raconte cette mésaventure me sermonne, je te l'ai bien dit, une visite ça se prépare. On ne rentre pas dans un musée comme ça. Ce n’est pas une promenade digestive! Si on ne sait pas ce qu’on va voir, on ne sait pas ce qu’on voit et donc on ne voit rien!

Je laisse dire. Il me plait assez  de ne pas savoir vraiment si ce petit tas de bois prêt à partir en fumée est oeuvre de Michael Beutler, artiste berlinois, ou  négligent oubli de Guiseppe Giannero, modeste jardinier de la ville de Venise.
 
 
 

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13 novembre 2017 1 13 /11 /novembre /2017 13:05
 
Exposition Damien Hirst Venise sept 2017 (photo privée jmg)
 
On visite l’exposition Damien Hirst à la Punta della Dogana.
Les statues sortent du fond de la mer, Venise s’y enfonce…Belle idée!
Un jour, des visiteurs viendront en scaphandre admirer ce Dingo sauvé des eaux puis de nouveau noyé? A quel prix sera le ticket d’entrée? L’art contemporain est déjà cher…
Pour l’instant, dans le groupe, c’est le Dingo de la discorde. Pas sérieux ? Du génie? L’un dit qu’il verrait bien ce Dingo post-aquatique dans son jardin de   Haute-Loire… C’est peut-être pas de l’art, mais c’est décoratif!  L’autre, qui se gave de séries policières américaines sur Netflix lui fait remarquer qu’il lui sera difficile de le sortir en douce, rien que pour cette salle, j’ai compté 5 caméras!. On rigole.
La visite continue, on discute, on rigole. Cet art a le mérite de ne pas se prendre au sérieux. 
L’affaire se termine à la cafétéria du musée.  Hubert le snob, tout en attaquant à la petite cuillère son tiramisu, soutient avec gourmandise que la destruction de l’oeuvre  est la forme la plus aboutie de l’art,  delenda Dingo est,  et la Joconde avec! 
C’est un « oh! » d’indignation générale dans le groupe. Pas touche à la Joconde!

 

https://tempsreel.nouvelobs.com/culture/20170408.OBS7764/le-tresor-retrouve-de-damien-hirst-a-venise.html

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11 novembre 2017 6 11 /11 /novembre /2017 15:51
Punta della Dogana sept 2017 (photo privée jmg)

 

lls furent déçus du voyage organisé à Venise. Trop d’eau! Trop de ruelles piétonnes! Ils ne comprenaient pas que depuis le temps on n’ait pas comblé le Grand Canal pour en faire une large avenue. Trop de maisons délabrées aussi qu’il aurait fallu raser et construire à la place des immeubles fonctionnels. Venise était une ville invivable!

Seule consolation, la demi-journée libre: ils avaient pu visiter la zone commerciale installée le long du périphérique qui contourne la lagune. Ils y découvrirent un Auchan encore plus grand que celui de Saint-Étienne! Là, parcourant les rayons en poussant leur chariot, ils s’étaient sentis comme chez eux. 
Ils y avaient acheté des bouteilles de Chianti, celles entourées de paille. Elles feraient de jolis cadeaux à rapporter à la famille et aux amis.

 

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