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26 novembre 2013 2 26 /11 /novembre /2013 14:28

 


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Elle le traitait comme un caniche, lui demandait des petits baisers, désignait avec le doigt le coin de la bouche où il devait les poser. Elle lui faisait porter aussi son minuscule sac.

Un dimanche après-midi où il avait prévu d’aller voir jouer « les verts » contre l’OL à Geoffroy-Guichard, un derby, ça ne se manque pas ! Elle insista, j’aimerais tant que tu restes avec moi. Comme il hésitait, elle posa l’ultimatum,  c’est moi ou le foot !

 

Tout se décida en fin de seconde mi-temps :  à la 81ème minute, Rachid Mekloufi donna la victoire aux stéphanois. Alors, dans la tribune Henri Point, il se dressa, bras levés, poings serrés, et hurla sa joie.

 


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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 09:01

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  Il n’y a rien d’autre à Cairnryan que le départ du ferry. La traversée jusqu’à Larne dure 2 heures dans une sorte de cafétéria flottante aux relents de cantine. La mer est calme. On n’est pas dans l'épopée marine. Pas de corsaires, pas de flibuste.  

Des Irlandais rentrent au pays, couples tranquilles, familles remuantes, chauffeurs routiers. Plus quelques touristes qu’il suspecte s'être arrêtés au  Marks et Spencer de Dumfries pour y faire la razzia de ces  cakes denses aux raisins sultana  et cerises confites dont les tranches délicates à couper s’émiettent doucement dans le thé de l’après-midi et qui lui sont délices par cette touche déliquescente, un peu trop sucrée, qu'ils apportent à la boisson  stricte et amère - réconciliation  de deux façons d'appréhender la vie - mais qu'il a cherchés en vain, tournant comme une âme en peine de longues minutes autour des rayons pâtisserie  du grand magasin, perdu dans la profusion  anarchique de  gâteaux improbables, friandises rutilantes et boules de gomme colorées.

 
 
A l’heure dite, le bateau quitte le quai. Assis au salon de proue face à l’immense  baie qui donne sur le large,  il est maintenant sourd aux bavardages, muet, tendu, le nez fermé à toutes les odeurs, les yeux fixés sur l’horizon. Il a pour seul projet de ne pas être malade. ll faut tenir 2 heures. Même si rien ne tangue, c’est sûr, il se connaît, un simple écart de pensée et il vomit.

 

 

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16 novembre 2013 6 16 /11 /novembre /2013 16:21

   

 

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J'apprends de Cioran qu’Eschyle est mort à Gela en Sicile et qu’elle est la ville la plus horrible qu’il ait jamais vue.

J’ai vécu à Gela. C’était une ville en chantier qui coulait les cadavres dans le béton de constructions inachevées. On disait de Gela qu’elle était la capitale des crimes mafieux.

Nous y fîmes l’amour entourés de morts violentes. Gela était le paradis.

 

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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 09:43

 

  Rosset

 

 La dame dit qu’elle projetait de monter une petite société pour vendre des cuves. Voulant préciser, elle hésita, cherchant ses mots, des citernes…des réservoirs…  

Son concept marketing semblait flou, mais il comprit qu’elle ne pouvait dire simplement « fosse septique ». Comme si percevant ce décalage  entre l’élégance de sa mise,  la finesse de son visage, l’harmonie de sa bouche et la trivialité du propos, elle en éprouvait une gêne qui lui interdisait de prononcer certains mots. Alors, dans la conversation, il improvisa sur le plaisir du texte, citant Barthes et Rosset. Les yeux de la dame brillèrent, elle buvait ses paroles. Ça marchait ! Il avait touché juste : cette jolie  femme d’affaires était sensible aux mots.  

Il rêva que demain, peut-être, s’il poussait plus loin sa littérature…


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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 15:29

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  Entre la tête de Favières et celle du Girardin, sur un replat lunaire (L’altimètre de sa montre Suunto marque 2870), il peut enfin penser tranquille : à 360 degrés, avec vue alternée, au Sud, sur la haute vallée de l’Ubaye, au Nord, sur celle du Mézelet.

  Lors de la consultation, il avait affirmé à son médecin que c’étaient les conditions nécessaires, mais peut-être pas suffisantes, pour une méditation libératoire.

- N’hésitez pas à me donner de vos nouvelles, avait dit le spécialiste, en le  raccompagnant.

  Il lui avait prescrit trois mois de Valium (un comprimé de 5mg le matin, un autre de 5mg  le soir) et des chaussettes de randonnée à coussinets qui protégeraient ses pieds des ampoules.

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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 12:44

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La dernière fois quand je lui avais dit que j’étais malade, le médecin l’avait mal pris. Visiblement, je lui faisais soucis. A tous les  maux que je  sortais, il répondait, c’est nerveux ! la tête ? Nerveux ! Le ventre?  Nerveux ! Les genoux ? Nerveux ! La tension ? Nerveux ! Le cholestérol ? Nerveux !  Il avait conclu, très énervé,  mais puisque je vous dis que c’est nerveux !


Moi, je suis pas bête! Je comprenais bien que je l’agaçais, que si j’étais malade, c’était évidemment pas de sa faute! Que c’était la mienne! Qu’il fallait que je prenne  sur moi ! Que mes symptômes le fatiguaient  grave. Et c’est vrai que mon toubib, à son âge, dans son état, avec tous ces gens qui venaient gémir et tousser chez lui, je comprenais qu’il soit fatigué.   Malgré la fièvre (j’avais alors un bon 40, mais c’est nerveux, il avait dit), on s’était quitté un peu en froid.

 

Cette fois j’ai bien retenu la leçon.   Quand il a ouvert la porte de son cabinet et qu’il m’a demandé sur un ton déjà accablé,  alors c’est quoi encore qui ne va pas ? J’ai tout de suite répondu, tout va bien, rassurez-vous, docteur, tout va bien!   Ça l’a mis de bonne humeur. Il était soulagé, détendu. Jamais je n’avais vu pendant  consultation  toubib  si reposé. J’étais enfin un bon patient ! On a mis de côté toutes les petites questions indiscrètes sur ma santé, on a laissé tomber l’auscultation.  Assis à son bureau, on n’a parlé que de la pluie et du beau temps et il m’a signé sans rechigner l’ordonnance que j’avais préparée. Il y avait dessus toutes les drogues, gélules, pastilles, crèmes merveilleuses qui me font rêver. J’avais préparé aussi les 23 euros de la consultation pour qu’il n’ait  pas la peine de chercher la monnaie et je n’avais pas oublié ma carte vitale, oubli qui avait le don de le contrarier. 

 

Quand, au bout de 5 minutes, je suis sorti,  il m’a dit, tout sourire, c’est vraiment un plaisir de vous soigner, revenez quand vous voulez ! J’étais heureux. J’aime  quand mon médecin m’aime.


 

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4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 14:09

 

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Boulevard de la Croix Rousse, à la terrasse d’un café, un beau matin d’été. Je bois mon crème en  parcourant les nouvelles du jour. Je me sens bien.


Tu te souviens de moi ?

 Je lève la tête. C’est un vieil homme que je ne connais pas. J’hésite. Je ne veux pas le vexer, je mens, oui bien sûr !

On était à l'école normale ensemble.

 A la norm ! Ça y est, j’y suis, ses yeux me disent vaguement quelque chose, mais ça fait près de 50 ans …

Lui, en revanche m’a clairement identifié, tu n’as pas changé ! Oui, d'accord, des cheveux  gris, comme tout le monde !   Mais te plains pas ! ...Il se tapote le crâne... Au moins, à toi, il t'en reste des cheveux !... Non, franchement, tu n’as pas changé !  

Il se rappelle même  mon surnom, coco !... Ça me fait trop plaisir de te revoir mon petit  coco !... Ah coco, si on m’avait dit ! ...Tu permets ? Tandis qu’il s’assoit à mes côtés, sans doute conscient de mon trouble, il précise, Fernand, Fernand Grosbois... Tu te souviens? 

Je mens une nouvelle fois, oui, oui très bien ! ...Fernand, bien sûr, Fernand !... Je me souviens !

   Alors, comme inquiet, il m’attrape par la manche, t’en as revu des copains de promo ?...C’est que, tu sais...Il approche son visage et baisse la voix... Il y en a beaucoup qui sont… Il s’interrompt. Avec son pouce, il me montre le ciel et comme visiblement je semble ne pas comprendre, il ajoute, beaucoup sont partis, tu sais…

Et là, il commence à  citer dans l’ordre alphabétique  les noms et prénoms de tous ceux qu’on a connus à cette époque et qui sont morts.   Accidents, infarctus, hémorragies cérébrales, cancers, leucémies, tout y passe ! Sa mémoire  est redoutable. C’est terrifiant ce don qu’ont certains de vous accabler de mauvaises nouvelles !

 Je ponctue sobrement  par des  « Oh, c’est pas vrai ! » ou des « Ah ! Et ben dis ! » les morts qu’il m’annonce. Et même si j’ai souvent du mal à donner un visage à chaque nom, je sens qu’à la longue sa liste funèbre commence à m’éprouver.

Mais quand j’entends, Albert Trillamin,  là, je suis formel,  non, non, il n’y avait pas d’Albert  dans la promo !  Albert, ça m’aurait marqué, c’est le prénom de mon frère ! Je lui dis ça, triomphant,  tout ragaillardi, comme si  je venais de sauver une vie ! Enfin un mort qui n’était pas des nôtres ! C’était Jean-Paul, Jean-Paul, pas Albert, j’en suis sûr !

Lui dubitatif réfléchit,  Jean-Paul Trillamin ? Oui, oui… Tu as raison…Je me suis trompé ! Dans notre promo c’était effectivement  Jean-Paul et pas Albert… Voilà, j’y suis…Albert, c’était le petit  cousin… Mais de toute façon, ça change rien, le pauvre Jean-Paul, lui aussi, il est… Il montre le ciel avec son pouce…Jean-Paul, lui, il s’est suicidé.


Boulevard de la Croix Rousse, à la terrasse d’un café, un beau matin d’été. Je me sens mal. 


 

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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 17:02

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La phrase qu’on n’a pas dite, le dernier mot qu’on n’a pas eu, les ratés, les retards, les remords, tout ce qu’on regrette… 

Il aime bien Benabar. Il  éteint l’autoradio à regret. Il vient de garer son Austin Healey à coté de la Fiat 500 rouge. On dirait un jouet. Elle lui avait laissé un sms « viens vite ». Il n’a mis qu’une vingtaine de minutes depuis le centre-ville.

  

En fin d’après-midi dans la lumière d’automne, la façade en briques du manoir est magnifique.  Avec les automobiles, le parc, son costume Armani, cela fait un peu spot publicitaire pour parfum de luxe,  pense-t-il. Mais je ne suis pas Jude Law.

 

Il sait qu’à cette heure, elle prend le thé au salon. Elle n’y est plus.

La tasse a été abandonnée sur la commode Louis XV, à même le bois précieux, au bord. Il frissonne, craignant qu’un courant d’air lui fasse perdre l’équilibre, que la fragile porcelaine  tombe sur le parquet et se casse. Il prend délicatement l’anse, trempe ses lèvres dans le peu de liquide ocre qu’elle a laissé. C’est froid. Darjeeling trop infusé. Il grimace. S’est-il empoisonné ?


Il repose la tasse  dans sa soucoupe sur le plateau d’argent, au centre de la table basse, à l’endroit précis où elle aurait dû se trouver. Il voit le billet plié, Tu l’as donc bu, ce thé amer? Viens vite. Il aime cette écriture d’écolière griffonnée et ce jeu de cache-cache. Il sourit. Suis-je si prévisible ? Sommes-nous encore si jeunes ?

 

Ensuite, songeur, il montera  l’imposant l’escalier, manquera une marche, tombera les mains en avant, mais  sans se faire mal, se relèvera en souriant, tenant cette fois la rampe. Il suivra   l’interminable couloir dont les murs portent les portraits de la vénérable famille. Cinq générations me regardent passer, est-ce bien raisonnable? Il poussera enfin la  porte. Sur le lit à peine défait encore un billet froissé. La fenêtre est ouverte. Il se penchera. En bas, il verra son frêle corps brisé. Il vomira le thé.  

 


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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 15:58

 

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Les fêtes, ça n’avait jamais été pour eux. On ne les invitait pas. Au village, on disait qu’ils plomberaient l’ambiance. Que le plaisir, la joie, le bonheur n'étaient pas faits pour eux. On disait que, pour cette famille, simplement sourire  semblait péché mortel!

 

Prudence et Sévère, les enfants,  étaient désespérés: même avec des moustaches, Père et Mère ne pouvaient passer pour des rigolos! Aucun artifice ne sauverait les apparences. Leurs parents donnaient de la probité et de l'ordre moral  une image terrifiante comme si leur vertu était le mal absolu.

 

 

 


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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 10:41

 

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Fête au village. Flonflons au kiosque. Petite foule autour. On se retrouve des années après, on se reconnaît, on se salue.  Mais toi tu restes toujours le même ! Si, si, je t’assure ! Les cheveux un peu gris, mais la même silhouette, la même allure ! 

On s'interroge. Et ta retraite ? Et ta prostate ? Pourvu que ça dure ! 

On se fait la bise. Les enfants sentent un peu l’urine, les hommes le ricard, les femmes la transpire. On revoit partout d’anciens jeunes traînant des mômes partis pour faire de vilains vieux.  

On se pense: « Mon dieu est-ce possible ? » .

Il n’y a là, comme dirait l'acteur Luchini, que du méchant, du vilain, du gros, de l’affreux, du très lourd.

 

 Mais soudain l’orchestre joue un air italien des années 70, et c’est reparti pour un petit tour de jeunesse. On se souvient. Les lunettes noires, la fiat 500, l’égérie brune, nos vies en rose.



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