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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 13:29

 Beaubourg  2014 (extrait)

On gardera ces mots tendres, les caresses du vent, les pluies légères, la ligne bleue des montagnes d’Auvergne, une lumière d’automne, l’odeur d’herbe coupée.

Il suffira de la tranquillité un peu fade des choses pour être heureux

On se souviendra d'un regard , d'un sourire, de larmes vite essuyées d’un revers de la main, d'un poème de Verlaine, de mon enfant ma sœur qui songe à la douceur, d'une pause-café, du voyage à Meudon qu’on a pu faire ailleurs.

Il suffira de la tranquillité un peu fade des choses pour être heureux

On oubliera les planètes lointaines, les visages étranges, les objets sans nom, le temps qui passe au loin, les histoires à venir, les lendemains qui chantent, le quai d’un port brumeux, les plaines d'Anatolie, ce saut à l’élastique.

Il suffira de la tranquillité un peu fade des choses pour être heureux

On fera le voyage immobile

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13 août 2014 3 13 /08 /août /2014 09:39
Les Verts sont éternels

En silence j’avais pleuré toutes les larmes de mon corps. J’étais inconsolable. Inconsolable je suis resté. Parfois je me dis que ma vie débutera vraiment lorsque les verts deviendront champions d’Europe.

Laurent Sagalovitsch, « Loin de quoi ? » (Actes Sud)

Les jours de derby, il faut trouver sa place. L’usine d’en face crache sa fumée ocre. Des ouvriers sont aux fenêtres, d’autres même sur le toit. La tension est extrême. Dans les tribunes, personne n’est assis. Les joueurs, on les enverra à la mine s’ils ne savent pas jouer. En équilibre sur un pied, mon père me porte sur ses épaules. J'ai très peur de tomber et surtout d’étouffer si je reviens sur terre.

Pour les matchs ordinaires, le dimanche après-midi, à la mi-temps, comme il n'y a pas foule, on change de place pour rester près des avants.On est sûr, ils vont marquer! Curieusement, dans les tribunes latérales, c’est assis sur les marches des escaliers qu’on voit le mieux. Ailleurs, des places numérotées, qui valent quand même une petite fortune, les piliers en béton masquent une partie du but opposé. Il faut se tordre le cou pour suivre le jeu dans la surface de réparation. Mon père qui a fait tout seul les plans de sa cabane de pêcheur au bord de la Dunières est furieux. Il dit que tous les architectes sont des incapables.

Après le match, on prend le bus qui nous laisse à Dorian. C’est la fin de l’automne, Place du Peuple, près du café Rizzi, il y a une petite locomotive noire où grillent les marrons. Mon père marche vite. Je cours derrière en me brûlant les doigts dans le cornet.

On arrivera à temps. L’émission de Serge, l’historien du cirque se termine. On écoute à la radio tous les résultats sportifs du dimanche. Et on les commente.

Et puis, et puis, le temps a passé…

Il y a eu Rocheteau l’ange vert, le petit dribleur hollandais Rijvers surnommé ” trottinette “, Njo Léa le fantasque, Mekhloufi l’élégant, les frères Tylinski, le grand Ferrier qui ensuite acheta un bar à La Ricamarie ou au Chambon, l’arrière Wicart, le capitaine Domingo que je croisais à la boulangerie vers Badouillère, le gardien Abbes, sa doublure Ferrière, et aussi, jouant au centre, De Cecco. Il y eut les improbables N’Doumbé, Baulu, Zimako qui se perdirent souvent dans les brumes du poteau de corner, le génial Keita, Janvion l’intraitable, Lopez le rigoureux, l’ordonné Curkovic, Bosquier et Piazza les flamboyants, Carnus le discret, Triantafilos dit ” Tintin “, l’opportuniste, Rep le chanteur, Alex le dilettante, Le grand Castanéda.

Et puis et puis…

Le foot à la radio, c’est mieux qu’à la télé. Comme si le temps n’avait pas prise. Les soirs de match, je reste aux aguets. Une voix dans la nuit ” Ici le stade Geoffroy Guichard à St Etienne… “. Mon cœur bat plus vite. Ont-ils marqué? Les Verts sont éternels.

http://www.ina.fr/audio/PHD88013951,

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29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 09:35

 

Il n’était pas bête! Il savait que le monde existait avant lui et existerait après. Quant à savoir si ce monde était triste ou gai, juste ou injuste? C'était selon son humeur. Et son humeur, le plus souvent, le journal télévisé de 20 heures la dictait. Hier, le présentateur avait ouvert sur les morts de Gaza, parlé ensuite du crash du Boeing en Ukraine puis d'une mini-tornade en Ardèche enfin d'une agression à l'arme blanche. Rien que des morts et des blessés. A 20h30, son humeur était morose, le monde triste et injuste.

Et puis, il avait regardé le film qui suit le journal télévisé: c'était "le gamin au vélo" des frères Dardenne, primé au festival de Cannes, 3T rouges sur Télérama. Un beau film simple et généreux où on voit une bonne personne, jouée par Cécile de France, se prendre d'affection pour un gamin abandonné. A 22h30, grâce à Cécile, le monde était toujours injuste, mais moins triste.

Il n'était pas bête, vers 23h il se coucha avec l'intuition que son monde, c’était de la télé, au mieux du cinéma, qu’un autre monde devait exister, le même, mais hors du regard des hommes, inaccessible, impavide, indifférent... En cherchant le mot juste, il s'endormit.

Il ouvrit les yeux sur les yeux de Scarlett. Que regardait-elle ? L'empilement des siècles? Le fatras des galaxies? Il entendit à la radio l'alerte orange. Il mit le nez dehors. La lumière du matin était celle d’un soir d’été juste avant l’orage.

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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 10:53
ROUGE

Une couleur

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 10:14

sapins2

 

 

Je suis si heureux de te faire plaisir !


Il a son bon sourire et pourtant la phrase me glaçe. Depuis toujours, il n’est que mots gentils, attentions, menus services, petits cadeaux. Il trouve toujours un prétexte pour me faire plaisir. Mais, à la fin, trop, c’est trop ! Aujourd’hui comment lui dire, sans le rendre malheureux, tant il semble heureux de me faire plaisir, que de me faire plaisir, ça ne me rend pas heureux ?

 

Devant lui, j'ai trop longtemps fait semblant d’être heureux. j'ai mimé la joie, trépigné, poussé des petits cris, je l’ai serré dans mes bras, en lui disant merci, merci, mille fois merci, ce que tu es gentil ! Autant de réactions qui, hélas, l’ont conforté dans l’idée qu’il me rend  heureux en me faisant plaisir.

 

Il est devenu cette araignée bienveillante qui a tissé sa toile et m'a pris dans les fils gluants de sa bonté. Je vis l’enfer de sa prévenance obsessionnelle. J'aurais tant aimé qu’il me donne au moins une fois une raison de ne pas l’aimer, au moins une fois une raison de penser que mon amour pour lui puisse être déraisonnable.

 

Mais c’est bien tard pour lui avouer que ce que j'aime le moins en lui c’est son excès de bonté, de prévenance, d’amabilité, de politesse, de courtoisie, cette gentillesse dégoulinante de tous les instants et surtout cette certitude béate qu’il a fini par acquérir au fil des années d’être le bien, le bon, le juste, le droit, le meilleur dans sa seule personne incarnés. Oui, je lui ai laissé trop longtemps le champ libre sur le créneau de la bonne humanité. Par ma faute, il a  pris la grosse tête, a enflé des chevilles, bref, à gonflé de partout.

 

C’est maintenant un être bouffi de bonté, sorte de baudruche géante, monstrueuse, effrayante de vertu, faisant de moi par comparaison une mesquine  chambre  à air de méchancetés. Que n’entend-il pas l’effroi, mais aussi la sourde menace, dans ma voix quand je lui réponds avec un sourire de supplicié, tu es trop gentil, beaucoup trop gentil !

 

Et ce qui devait arriver arriva : le jour de Noël, je me suis enfin décidé  à lui offrir ma petite boîte de chocolats empoisonnés. Oubliant que dans son implacable générosité il voudrait sur le champ les partager avec moi...

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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 15:08

 

 lignes

 

 

L'article du blog ne va pas, il clique sur la fonction "supprimer".  C'est pratique. Il se refait une virginité à bon compte.

Il a de plus en plus de plaisir à supprimer ce qu'il  écrit. De là à n'écrire que pour le plaisir de voir disparaître ce qu'il écrit... La tentation du blog invisible?

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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 10:12

 

 

 foot

Fragment du mur de Dan Perjovschi

Dessin à la craie

(Xème Biennale d'art contemporain de Lyon)

 

 

 

 

 

 

 

 

Il se jouait de la complexité des surfaces de réparation, manquait tomber au point de penalty,  gardait comme  par miracle dans les pieds le ballon qu’il accompagnait ensuite, tandis que s’enflait la rumeur de la foule, dans l’entrelacs des jambes et des corps adverses jusqu’au fond des filets. Cet avant-centre aimait l’inextricable.


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26 novembre 2013 2 26 /11 /novembre /2013 14:28

 


OL.jpg

 

 Elle le traitait comme un caniche, lui demandait des petits baisers, désignait avec le doigt le coin de la bouche où il devait les poser. Elle lui faisait porter aussi son minuscule sac.

Un dimanche après-midi où il avait prévu d’aller voir jouer « les verts » contre l’OL à Geoffroy-Guichard, un derby, ça ne se manque pas ! Elle insista, j’aimerais tant que tu restes avec moi. Comme il hésitait, elle posa l’ultimatum,  c’est moi ou le foot !

Tout se décida en fin de seconde mi-temps : à la 81ème minute, Rachid Mekloufi donna la victoire aux stéphanois. Alors, dans la tribune Henri Point, il se dressa, bras levés, poings serrés, et hurla sa joie.

 

 

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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 09:01

 Cairnryan-2.jpg

 

 

 

 

  Il n’y a rien d’autre à Cairnryan que le départ du ferry. La traversée jusqu’à Larne dure 2 heures dans une sorte de cafétéria flottante aux relents de cantine. La mer est calme. On n’est pas dans l'épopée marine. Pas de corsaires, pas de flibuste.  

Des Irlandais rentrent au pays, couples tranquilles, familles remuantes, chauffeurs routiers. Plus quelques touristes qu’il suspecte s'être arrêtés au  Marks et Spencer de Dumfries pour y faire la razzia de ces  cakes denses aux raisins sultana  et cerises confites dont les tranches délicates à couper s’émiettent doucement dans le thé de l’après-midi et qui lui sont délices par cette touche déliquescente, un peu trop sucrée, qu'ils apportent à la boisson  stricte et amère - réconciliation  de deux façons d'appréhender la vie - mais qu'il a cherchés en vain, tournant comme une âme en peine de longues minutes autour des rayons pâtisserie  du grand magasin, perdu dans la profusion  anarchique de  gâteaux improbables, friandises rutilantes et boules de gomme colorées.

 
 
A l’heure dite, le bateau quitte le quai. Assis au salon de proue face à l’immense  baie qui donne sur le large,  il est maintenant sourd aux bavardages, muet, tendu, le nez fermé à toutes les odeurs, les yeux fixés sur l’horizon. Il a pour seul projet de ne pas être malade. ll faut tenir 2 heures. Même si rien ne tangue, c’est sûr, il se connaît, un simple écart de pensée et il vomit.

 

 

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16 novembre 2013 6 16 /11 /novembre /2013 16:21

   

 

revolv.jpg

 

 

 

J'apprends de Cioran qu’Eschyle est mort à Gela en Sicile et qu’elle est la ville la plus horrible qu’il ait jamais vue.

J’ai vécu à Gela. C’était une ville en chantier qui coulait les cadavres dans le béton de constructions inachevées. On disait de Gela qu’elle était la capitale des crimes mafieux.

Nous y fîmes l’amour entourés de morts violentes. Gela était le paradis.

 

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