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2 septembre 2013 1 02 /09 /septembre /2013 08:27

 

 

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Il s’était équipé au Vieux Campeur. Chaussures, chaussettes, pantalon, chemisette, bob, tout était ultralight. Ses bâtons de marche télescopiques en titane ne pesaient que quelques grammes. Mais, dans le  petit sac de montagne en gore-tex cordura dernier cri, il avait mis un sandwich au jambon cru qu’il s’était fait le matin avec  deux tranches de pain de pays dense et bio qui devaient peser chacune au moins la tonne.

 

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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 07:54

 

 

 

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Le berger nous avait donné l’adresse à voix basse. C’était une auberge perdue en altitude dans la forêt. Comme plat du soir, il servait, disait-il, un agneau cuit à la broche, tendre et goûteux, mais qu’il fallait manger masqués, les yeux dissimulés par un loup.

 


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25 août 2013 7 25 /08 /août /2013 13:30

 

 

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 C’est la fin des vacances à la montagne. L’instant rituel de la photo du groupe. L'appareil numérique est  posé  sur le rebord de la barrière en bois qui longe le chemin en bas du chalet. Comme toujours, c’est le plus sportif qui prend la photo. Il a placé délicatement des pièces de monnaie sous la base du boîtier, juste ce qu’il faut pour que sur le petit écran apparaisse la totalité du  groupe. Nous nous tenons sagement alignés sur le balcon. Il lui faut ensuite enclencher délicatement le retardateur, surtout sans bouger l’appareil, et il a 10 secondes pour nous rejoindre et être sur la photo. Mais il y a les 4 marches métalliques à grimper, le portillon à franchir et puis les 10 marches en bois avant d’arriver sur la terrasse.  Trop tard ! Il pose le pied sur la dernière marche quand le déclic se fait entendre. Il essaie plusieurs fois. A la troisième tentative, il  y est presque. Sur la photo sauvegardée, on pourra même apercevoir, tout à droite, le bout de deux de ses doigts. Mais il fatigue et se déplace de moins en moins vite. Maintenant, au déclic, il arrive à peine au portillon, et tout en sueur.   

 

Un peu déçus, on va abandonner l’idée, quand, au loin, on entend comme un air de reggae. Au bout du chemin, venant de la montagne, avec sa dégaine, on l’a tout de suite reconnu… C’est Usain Bolt fredonnant du Bob Marley.   En passant devant nous, tout sourire,  avec un  clin d’oeil,  il fait comme s’il tirait à l’arc en visant le ciel.

On lui fait signe de s'arrêter  et  un qui se débrouille bien en anglais lui explique,  il nous faut quelqu’un qui court en moins de 10 secondes pour prendre la photo. Il comprend et, sympa, il accepte. On se remet en place. Il  a pris le petit appareil dans ses grandes mains et l’a porté à son visage. Il  cadre avec précaution et nous demande de sourire, cheese, please, cheese ! On est prêt. Il appuie sur le bouton, regarde l’écran et  fait signe avec le pouce que c’est OK.

 

On est ravis. On l’a enfin notre photo du groupe! Une fois rentrés chez nous, on pourra  la montrer à tout le monde en disant, pas peu fiers, vous ne devinerez jamais qui l’a prise !

 


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1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 10:09

 

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Les quelques plantes vertes qui se trouvaient dans la pièce semblaient avoir été laissées à l’abandon depuis le début de l’été, comme livrées à elles-mêmes, les feuilles desséchées, jaunies, poussiéreuses, craquelées par endroits. La fougère avachie dans son pot faisait peine à voir, elle retombait sur sa tige dans une triste parodie de saule pleureur, les feuilles flapies, l’épiderme fripé.

Jean-Philippe Toussaint,  La Télévision   (Les Editions de Minuit)

 

Canicule. Vilain mot pour un sale temps ! C’est bien trouvé. L’esprit s’y dessèche comme la plante. A  ceux qu’on rencontre, on dit, quelle chaleur ! et ils répondent, mais on peut pas se plaindre, on a eu tellement froid ! La boucle est bouclée.

Alors, comme il y a les championnats du monde de natation à Barcelone, on reste allongé sur son canapé devant sa télé à regarder des nageurs nager. Si vite qu’ils portent l’eau à ébullition.


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28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 08:06

 

série noire 2

 

 

Rappel: « Voisins Solidaires » est un dispositif national de mobilisation des habitants pour développer les solidarités de proximité…

 

 

C’est un petit immeuble assez cossu. La première quinzaine d’août, nous ne sommes plus que deux copropriétaires à y vivre. Tous les autres, les couples ou les familles, sont partis en vacances.


En sortant de mon garage, j’avais reculé un peu vite.  Il y a eu le bruit sourd du choc en même temps que l'alerte stridente du radar. Le corps était allongé sur le dos, les bras en croix, la tête juste à hauteur du pare-choc, le visage livide. C’était Fernand Sarrigues. Qui habite au premier étage. Sans doute mort.


La veille, il avait placé une petite affichette dans le hall d’entrée. Il s'y déclarait "voisin solidaire" pendant l’été. Il avait écrit, moi non plus je ne pars pas en vacances cette première quinzaine d’août; si vous avez des problèmes, n’hésitez pas à faire appel à moi aussi.

« voisin solidaire » était en gras et entre guillemets; « moi non plus » et « moi aussi » soulignés en rouge.


Bon, il était sûrement bien mort maintenant, le Fernand ! Il fallait que j’appelle tout de suite  la police et le SAMU mais, avant, je devais vite enlever son affiche qu’il avait punaisée juste à côté de la mienne.


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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 08:46

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"Je suis un enfant trouvé.
 Mais, jusqu’à huit ans, j’ai cru que, comme tous les autres enfants, j’avais une mère, car, lorsque je pleurais, il y avait une   femme qui me serrait si doucement dans ses bras en me berçant, que mes larmes s’arrêtaient de couler."

 Hector Malot  "Sans famille"

 

 

Problèmes de couple, relations mère-fille, cousinades, héritages et autres joyeusetés, ces histoires de famille, depuis le temps que, comme disait l'autre, je hais les familles, avaient tout pour me déplaire ! Je lis pourtant, et voilà qu’elle m’embobine : je me mets à son côté, à sa place par la force d’une  écriture qui m’implique  au-delà du raisonnable. Miracle de cette littérature : en lisant, j’écris !  J’ai donc écrit le livre d’Hélène Lenoir* comme un roman policier, vite, d’une seule traite, essoufflé, le cœur battant, pressé d’en finir.

En finir…C’est que le roman  fait (re)surgir dans l’intime (et de quelle manière !) ce que nous disent les statistiques de la police et de la gendarmerie : la famille est le lieu le moins sûr, le plus violent, le plus criminogène.  

La famille, pour son salut, il faut la fuir!

 

Sain message, beau roman, grand écrivain. Encore une fois, merci Minuit.

 

*Hélène Lenoir "Pièce rapportée" (Les Editions de Minuit)


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31 mai 2013 5 31 /05 /mai /2013 14:04

 

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Il pleut tellement et depuis si longtemps qu’on pourrait avoir oublié le désir de pluie…

 

 

Je sais que peu de gens auront jamais, dessous un ciel aussi lourd, échangé de telles confidences…Serait-ce du ciel qu’il me faut espérer la résolution de ceci? Il ne vient pas. La nuit est veuve. A des gouttes qui flaquent sur mes dalles, je sens enfin que toute la nue se détend, et qu’il pleut,- Il pleut enfin!
Alors, nu sous un vêtement de soie impalpable, de soie chinoise pour l’été, je reçois la grande averse, et, rafraîchi, je m’en vais,-enfin-dormir, détendu.

 
René Leys . 
Victor Segalen, Gallimard (l'Imaginaire)

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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 16:03

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Les cartes postales achetées au bar-tabac du coin étaient d’une banalité affligeante. Mais qui m’allait bien. 

  Il fait beau, il pleut, meilleurs souvenirs de Perros-Guirec.

 J’étais venu sur la côte bretonne pour étudier les fractales. J'avais tout le temps. 

  Les pommiers sont en fleurs, c’est  jour de tempête.

  Je mentais, bien sûr je mentais, je voulais dire…Peu importe ce que je voulais dire.   C’est toi en lisant qui  donnerait  leur sens aux mots. Parfois je n’écrivais rien, j’envoyais la carte  avec seulement le timbre et l’adresse (pouvais-je faire moins ?). Peu importe ce que ça voulait dire ! Là-bas, à l’autre bout du monde, tu comblerais  le vide.  Parfois je t’écrivais comme si tu étais ma mère.

  Il neige sur Saint-Brieuc, du jamais vu ici, on mange bien et c’est pas cher, je crois que j’ai grossi.   As-tu des nouvelles de Félicien ?   Et le chien comment va-t-il?

  Je savais que le chien vieillissait plus vite que moi :  c’était scientifique et rassurant. Pour le chien, si le chien existe, quand je reviendrai, je serai toujours un jeune homme. Il me fera la fête.

  Envoie-moi un peu d’argent, on ne peut vivre que d’amour et d’eau fraîche  et fais un don pour moi à Saint Expédit.   

Tendrement ou un baiser, ou mille baisers... 

  J’avais alors  la coquetterie de ne jamais signer. Je pensais que les lettres d’amour devaient être anonymes.  Je ne doutais pas que tu me  reconnaisses.


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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 15:56

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Le temps, c’est ce qui fait que l’espace se modifie, ou, plus exactement, la modification de l’espace engendre ce que nous appelons le temps. (Jean Fourastié)

 

 

Le voyage a été rapide.


La fusée intergalactique qui me dépose sur la planète B16 de la 18 ème galaxie a dépassé plusieurs fois la vitesse de la lumière. Quand  je demande à l’hôtesse d’accueil à combien je suis de la terre, elle me répond en souriant, à pied, Monsieur, il vous faudra des milliards et des milliards et des milliards d’années pour rentrer chez vous!


Je découvre une ville triste,  des alignements de bâtiments gris et des places uniformes. La visite est sans intérêt! Mais le voyage ne m’a rien coûté. On me l'a offert pour mon départ à la retraite. Et  puis, je ne dois rester que l'après-midi!

 

Les gens  ici ressemblent à ceux qu’on peut trouver sur terre, mais plus vieux. Dans un bar, je bois un café. Des télévisions  sont accrochées aux murs.  On passe dans la langue universelle  un épisode de  «L’inspecteur Derrick ». Je regarde ma montre, il faut que je rentre sur terre. J’arriverai chez moi pour dîner. 


Il y a des embouteillages et dans ces rues qui se ressemblent toutes  mon taxi  se perd un peu. Quand j’arrive au spatioport la fusée intergalactique est partie. Ce n’est pas grave, je  prendrai la suivante. L'hôtesse semble embarrassée,  Vous ne saviez pas, Monsieur? On ne vous a  rien dit? Mais vous n'avez qu'un billet aller!


Je suis  vexé et déçu que mes collègues aient été aussi mesquins.  Mais quand elle m'indique le prix du billet retour, c'est la panique! Toutes mes économies n'y suffiront pas! Si je rentre à ce prix, je suis ruiné!


L'hôtesse m'explique alors que pour retourner sur terre il existe un moyen moins cher que la fusée intergalactique, ce serait de prendre la navette qui s’arrête sur chaque planète et dans toutes les galaxies. Mais pour rentrer chez vous avec la navette, Monsieur, je suis désolée, vous allez en avoir  pour l’éternité.


Elle me regarde gentiment,  à votre âge, Monsieur, il vaudrait mieux songer à vous installer définitivement ici. Et elle me tend un petit prospectus coloré qui vante les mérites d’une maison de retraite, vous y serez bien, m’encourage-t-elle, elle ne se trouve qu' à deux pas d’ici !



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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 16:24

 

série noire 2-copie-1 

 

 

 

 Mon Dieu suis-je bête ?  Il laissait  à Dieu le soin de lui répondre que non, bête, il ne l’était pas, et que la vérité n’était pas tout à fait la vérité.

 

« Ta femme te trompe avec David Hunter.  Et cela dure depuis des années. »  Une lettre anonyme - dont on ne put jamais identifier l’auteur - lui fit découvrir la situation. Kurt aimait sa femme Jenny. David était leur voisin et leur meilleur ami.  Dans l’instant qui suivit la terrible nouvelle, Kurt repensa à toutes ces années. Il  revit  les mimiques, les sourires, les gestes, les cadeaux, les baisers, tous ces témoignages d’attention que David avait montrés à Jenny quand  il leur rendait visite. Ils devenaient maintenant autant de preuves de sa trahison.  Kurt se dit, mon Dieu suis-je bête !  Et sa colère l’emporta sur sa détresse. Kurt était un terrien, un paysan qui aimait sa femme comme  il aimait  ses terres. C’étaient ses biens à lui. Y toucher, c’était toucher à sa vie, car sa vie n’avait de sens que dans la possession. Alors Kurt défendit son bien  avec son fusil, comme on le fait dans les campagnes profondes ou au Far West. Sans même questionner sa femme, il se rendit  chez David et le tua. Au premier policier qui l’interrogea, il répondit, pour expliquer son geste, c’était ma femme, c’était ma femme.

 

Drame passionnel, sans préméditation, la condamnation de Kurt fut  relativement légère.  Il sortit de prison trois années plus tard, après une remise de peine  pour bonne conduite. De mémoire de gardiens, on n’avait jamais vu prisonnier si assidu à la bibliothèque. 

 

C'est alors que Jenny, qui avait obtenu le divorce juste après la condamnation de Kurt, se remaria avec Jéremy Hunter, le frère unique de David. 

 

Mon Dieu suis-je bête!   s’écria Kurt en s’emparant de son fusil.

 

C’était le second crime de Kurt, une récidive. Cette fois, l’avocat plaida la folie.  Kurt évita la prison et se retrouva en hôpital psychiatrique. Au bout de deux années, le comité d’experts jugea qu’il était guéri. Jamais le personnel n'avait vu patient se plier aux soins avec autant de bonne volonté.

 

Jenny  était maintenant à la tête d’une grosse fortune. Par son divorce  et son héritage, elle avait en effet pu réunir dans une même propriété les terres de Kurt et celles des frères Hunter. Elle vivait seule dans la belle demeure des Hunter. Quand Kurt frappa à sa porte, elle l’accueillit comme s’il rentrait de sa journée de travail.  Ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre et reprirent leur vie d’avant. Une vie pleine de cadeaux, de caresses, de sourires et de petits bonheurs. Et chaque soir, avant de s’endormir, Kurt murmurait  à l’oreille de Jenny « Mon Dieu suis-je si bête ? »

 

 

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