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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 10:26

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 Avant le match, dans les vestiaires, il m’a glissé qu’il avait  une douleur à la hanche quand il prenait ses appuis. Il s’interrogeait tout haut pour savoir - me demandait-il mon avis? -  si c’était le nerf sciatique pincé ou un début d’arthrose.  Avec son serre-tête, sa genouillère, sa coudière, son bandage au poignet, on aurait dit une  momie. J’avais envie de lui poser la question : est-ce bien  raisonnable de continuer à jouer au tennis quand on est  grabataire?

 

Pour l’instant, je lui ai fait une balle très haute, en lob, qu’il va essayer de smatcher,   je sais  que le  soleil l’éblouit et qu’il a les yeux qui piquent à cause de la poussière rabattue par le vent.  Son manque de technique est tel qu’il n’a aucune chance de l’atteindre.  Mais dans un dernier moulinet désespéré, miracle,  il réussit quand même  à la toucher  avec le bord de la raquette, un « bois », comme on dit, qui fait un vilain bruit, mais qui  envoie la balle à l’exact opposé de l’endroit où il voulait la mettre et où je l’attendais le pied ferme. Coup imparable. Il fait  le point et le jeu. Il s’excuse. Il s’excuse encore, tout miel. Il insiste, car il sent bien que cette politesse hypocrite m’agace.  Je  réponds  sèchement, c’est le jeu, en haussant les épaules. Il ajoute, oui mais quand même, j’ai eu beaucoup de chance, je ne le méritais pas. Peut-être pense-t-il  que je vais exploser, lui jeter ma raquette à la figure et que je serai  mis hors jeu par le juge arbitre du tournoi qui regarde notre match depuis le club house ? Qu’il n’y compte pas ! Je vais garder mon calme.

 

On change de côté. C’est la pause. Il s’est assis sur le banc tout près de moi dans une promiscuité insupportable de souffles courts  et d’odeurs de transpiration. Je le regarde en douce. C’est un petit homme gris et vieux qui ne paie pas de mine. Quand il est en costume, dans son agence bancaire, aucun de ses clients ne peut sans doute imaginer  qu’il puisse faire du sport. En short, avec ses chaussettes maculées de terre rouge et sa chemisette trouée auréolée aux aisselles, c’est pire ! On dirait un petit retraité, négligé, assis devant son abri de jardin. 


J’ai tout pour moi, la technique, la tenue, la beauté du geste, l’intelligence du jeu, la condition physique, sauf que lui, visiblement, il ne pense pas, il ne réfléchit pas, il n’introspecte pas... il renvoie la balle.   C’est un être basique créé exprès par Dieu ou Satan, pour  punir ceux qui sont en face de lui d’avoir payer cher des mois et des mois de cours particuliers à apprendre jouer  dans les règles de l’art. C’est un teigneux qui joue au tennis comme s’il jouait sa vie. Un souffreteux qui, même aplati sur le court,  aura encore la force de lever sa raquette pour renvoyer la balle de l’autre côté du filet une fois de plus que vous. C’est le genre de mec à demi-mort qu’on n’arrive pas à finir, l’hypoglycémique chronique qui vous laisse croire tout le match qu’il  est à l’agonie, en ingurgitant bananes sur bananes et barres chocolatées sur barres chocolatées, et en buvant, à petites gorgées, avec la précision d’une montre suisse, une boisson improbable  dans sa gourde  plastique. Soudain je le hais. Nous sommes au milieu du 3e set,  j’ai un jeu de retard et j’en ai plein le dos.


A l’épier, je le trouve quand même  pâlichon et le souffle un peu court. Un fol espoir m’envahit : Peut-être va-t-il abandonner ? Grand seigneur, je lui dirai alors, c’est dommage, on faisait une belle  partie, vous auriez pu gagner…Mais j’ajouterai aussitôt, de peur qu’il ne se ravise, c’est plus prudent d’arrêter si vous ne vous sentez pas bien, j’ai connu un ami qui… 


Fin de la pause. Ce n’était qu’un rêve. Il se  dresse vivement, sautille sur place, puis rejoint d’un pas décidé la ligne de fond. Tassé sur mon banc, serviette encore sur la tête, je le regarde s’éloigner. Je me sens soudain accablé d’une irrésistible fatigue et d’un affreux pressentiment: je vais perdre.



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Published by Emile Gillmo - dans Chroniques
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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 15:21

 

 

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Les censeurs étaient partout :  il fallait écrire droit. Chaque lecteur pouvait se constituer en minorité opprimée et faire valoir ses droits de victime. Ecrire en public, même sur un blog peu lu, vous exposait à être pendu. Aussi pour éviter tous les procès en sorcellerie de l’époque, l’écrivain n’utilisait plus que des termes vagues, génériques, capables de contenir tout et son contraire. Il écrivait, par exemple,  « J’aime bien x, j'aime pas y ». Mais, même là, il n'était pas à l’abri des poursuites d’une association de défense des droits d’une lettre de l’alphabet.

 

Pour être peinard, l’écrivain avait trouvé une solution qui semblait convenir à tous : il publiait des livres sans titre aux pages blanches marquées de points. En exergue, il donnait le mode d’emploi :  « Ami lecteur, j’ai mis les points. Devant, écris tes phrases ».

 

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 10:48

 

série noire 2 



Elodie, jolie fille de 15 ans aux nattes blondes, écouteurs sur les oreilles, trottine sur le petit chemin qui mène au crêt des Ombres. A la croix Mesniel, elle prend dans la forêt le  sentier à peine marqué qui grimpe vers la cascade.  Arrivée au bord de la falaise, là où l’eau du ruisseau disparaît pour aller se fracasser tout en bas sur les rochers, elle sort son iphone. Il est 17h15. Elle est dans les temps. Elle vérifie une nouvelle fois que dans les heures à venir il va  pleuvoir. Elle devra rentrer vite, elle n’a  pas d’imperméable. Elle envoie un texto à sa copine Marie «G pl1 d'ID».

L’homme avance d’un pas tranquille. Comme tous les jours, à la même heure, beau ou mauvais temps, il fait sa promenade, mon dernier tour de piste, a-t-il l'habitude de dire en rigolant à ses copains du café de la joyeuse boule. A 17h30, quand il passe  à la croix Mesniel,  il entend un cri venant de la cascade. Un hurlement d’effroi et de douleur. Cela fait longtemps qu’il n’a  pas pris ce sentier trop pentu pour ses vieilles jambes. Mais il doit aller voir, quelqu’un a besoin d’aide.  Quand il parvient essoufflé  sur le petit replat herbeux, il n'y a personne, tout est silencieux. Il s’approche du bord de la falaise et se penche dans le vide pour scruter plus bas l’entrelacs d’eau, d’arbres et de rochers.

Monsieur, Monsieur, une voix douce appelle. Il se retourne. Elodie est  là, nue, presque à le toucher. Elle  sourit, une main posée sur sa poitrine, l’autre pointant sur lui une mince baguette de coudrier.

Bien que l’alerte soit donnée assez tôt dans la soirée, le corps n’est retrouvé que le lendemain, les fortes pluies  qui se sont abattues sur la région ont  rendu les recherches difficiles. L’homme brisé gît  dans les éboulis, la tête ensanglantée. Les gendarmes ont conclu à une chute  du haut de la cascade.  Les gens, même âgés, sont imprudents.

Dans le salon, Elodie  assise au coin du feu referme le livre que lui a passé Marie. "Les caves du Vatican" d’André Gide.  Elle observe parmi les bûches la fine baguette de coudrier et sa petite flamme orange qui crépite. Elle secoue ses nattes blondes, met ses écouteurs mauves, allume son iphone blanc, pose le doigt sur l’icône de Météo France. Bonne nouvelle, il pleuvra demain après-midi. Elle envoie un texto à Marie: "Lafcad C 1 mek vrMen b1".

 

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Published by Emile Gillmo - dans Petites histoires
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16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 16:56

 

copie

 

 

Il y a des quartiers mal famés qui vous renvoient dans votre passé et où il est préférable de ne pas traîner. On croit qu’on oublie parce qu’on n’y pense pas mais il ne demande qu’à revenir. J’évitais Montparnasse. Il y avait là des fantômes dont je ne savais pas quoi faire. J’en voyais un devant moi dans la contre-allée du boulevard Raspail.

Jean-Michel Guenassia - Le Club des Incorrigibles Optimistes - (Albin Michel)

 

On s’est croisé sur la contre-allée du boulevard Raspail, même taille, même corpulence, même dégaine. Je me suis dit, c’est pas possible, c’est  moi. Tout en marchant il lisait un prospectus. J’ai fait demi-tour, je l’ai suivi un moment. C'était la même démarche, le décalque de mon pas, du balancé de bras. Je lui ai tapé sur l’épaule, il s’est retourné. C’étaient mes yeux, mon nez, ma bouche, c’était moi. Je lui ai dit timidement, on se connaît non? Il m’a  regardé,  surpris, un peu gêné et m’a répondu, oui, bien sûr, excusez-moi, je n’avais pas fait attention, je lisais, et il a glissé le papier dans sa poche. Alors je l’ai pris par la main, elle était  tout comme la mienne, longue, maigre et froide, et je l’ai entraîné sur le côté,  vers  l’immeuble qui fait angle arrondi avec la rue de Vaugirard et on s’est regardé dans les grandes baies vitrées du hall d’entrée. J’étais heureux qu’on puisse se voir ensemble. Cela faisait si longtemps ! Après on a fait quelques pas  sans échanger un mot jusqu’à la rue de Rennes. Il m’a dit alors qu’il lui fallait remonter vers la tour Montparnasse, j’ai répondu que j'allais, moi, à l’opposé, vers St Sulpice. Cela n’avait pas de sens. Mais j’avais bien senti qu’on devait se séparer, qu’il tenait  à garder ses distances.

 


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Published by Emile Gillmo - dans Voyages
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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 10:44

 

 

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« Il n’y a pas de concept simple. Tout concept a des composantes et se définit par elles. Il a donc un chiffre. C’est une multiplicité, bien que toute multiplicité ne soit pas conceptuelle. »

Gilles Deleuze, Félix Guattari (Qu’est-ce que la philosophie ?)

 

Les parents avaient bien fait les choses : le père Noël avait laissé la kalachnikov au pied du sapin.   En la découvrant soigneusement entourée d’un joli papier argenté décoré d’étoiles d’or, Petit Poucet, qu’ils avaient essayé de perdre déjà mille et neuf fois dans la foule des grands magasins tant il leur causait du souci, fut ému aux larmes et  éprouva un sentiment jusqu’alors inconnu qu’un psychologue chevronné, rompu à l’étude des cas difficiles, aurait identifié comme la première manifestation de l’amour filial.  Petit Poucet saisit l’engin, le retourna dans tous les sens : c’était un modèle AKM 59, sans doute récupéré pendant la guerre au Kosovo, et dont il connaissait exactement le détail et le maniement tant il en avait rêvé  en surfant fébrilement sur  Internet. Comment ses parents avaient-ils su ? Il n’en avait jamais parlé. Si, peut-être une fois, à Blanche-Neige, sa conne de sœur, un soir où, sous ecstasy, ils essayaient pour de bon, mais sans succès, de baiser.

Depuis longtemps qu’il avait programmé ce carnage, maintenant, les 101 dalmatiens n’avaient qu’à bien se tenir. Il détestait ces chiens  trop élégants et suffisants, aux aboiements incessants.  Et  puis, surtout, 101 n’était pas un chiffre rond. C’était un de trop, ou 100, selon l’humeur, et Petit Poucet était souvent d’humeur massacrante. Et puis au nom d’une éthique qui n’appartenait qu’à lui, il se refusait à discriminer.  Moralement il lui était plus acceptable de les abattre tous que d’en sauver un. Lequel choisir ? Ils étaient 101 comme 107, la Peugeot  de sa maman, indivisible. Ils seraient 101 à périr.

Il faut vous avertir, à ce point du récit, que Petit Poucet est surdoué, et authentifié comme tel par un collège regroupant les plus éminents pédopsychiatres de la cité et que donc sa logique échappe à notre entendement. 

Kalach donc dissimulée dans le sac  addidas qu’il porte à l’épaule, Petit Poucet chemine décidé vers le chenil pour zigouiller les clebs bourges à pois noirs.

Heureusement que sur sa route il croise l’affreuse Carabosse, vénérable représentante de toutes les dames   patronnesses, associations bien pensantes et comités de censure de la cité, qu’on a dépêchée fissa à sa rencontre pour éviter que le bon vieux Noël des  familles  tourne  au  vinaigre. 

Ramené à un QI de 97 par la baguette de la méchante fée, Petit Poucet, abandonne son funeste projet, fait demi-tour et  rentre chez lui, débordant  de tendresse. Du sac,   transformé en chapeau, il sort un bouquet de  5 roses blanches qu’il offre à sa jolie maman , une boite de 11 cigares d’imitation cubaine pour son gentil papa, un jeu des  7 familles pour Blanche, sa douce sœur  et un lapin géant préparé en civet pour le repas. Aussi, c'est maintenant la fête dans le modeste appartement au 13 ème étage de l'immeuble  17 de la Cité des Mimosas.  Toute la famille s’embrasse et rit aux éclats. Youpi! Youpi! 

 

Ils ne pouvaient entendre dans le lointain ce chien qui hurle à la mort. Ouuuuuuuuh!  Emergence discrète mais têtue du réel dans un compte de Noël qu'il  leur faudrait un jour régler.



 


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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 14:52

 

                                      La môme néant (Jean Tardieu) 

 

           

statue

                        Quoi qu'a dit ? - A dit rin.

                        Quoi qu'a fait ? - A fait rin.  

                        A quoi qu'a pense ? - A pense à rin.                                    

 

 

                        Pourquoi qu'a dit rin ?

                        Pourquoi qu'a fait rin ?

                        Pourquoi qu'a pense à rin ?

                                       - A' xiste pas.


 

      Interview de Jojo la déprime.


- Comment tu passes tes journées ?

 

- Je vais sur mon blog voir s’il y a des commentaires. Y en n’a pas. Personne le lit, mais moi je lis pas celui des autres. Je modifie un peu les textes. L’ordre des phrases. Les mots. Ça sonne plus juste. Ça change un peu le sens. J’aime bien. Le temps passe vite comme ça.

 

-Tu as peur de t’ennuyer ?

 

- Non j’aime bien. Quand on peut s’ennuyer un peu, c’est preuve que tout va bien, qu’on n’a pas de gros emmerdes

 

- Et tu fais pas autre chose ? Tu sors pas ? Tu essaies pas de voir des gens ?

 

- Sortir, voir des gens, c’est compliqué, il faut se laver,  se raser, s’habiller, se mettre présentable, faire une conversation. Avoir un plan quoi. C’est du boulot.

 

- Mais là, avec ton blog tu as bien envie de dire quelque chose à quelqu’un ?

 

- Non, pas vraiment, c’est une contenance, oui tu sais, comme le journal qu’on tient dans ses mains pour ne pas avoir les mains vides, mais on ne le lit pas, ce pourrait être n’importe quel journal, c’est une contenance. Faire des phrases, ça donne une contenance à ma vie, c’est tout. Sans ça, je crois que ma vie aurait l’air bête.

 

- Et tu répondrais à quelqu’un qui réagirait à ce que tu écris ?

 

- Non, trop compliqué de parler avec des gens qu’on ne connaît pas, il faut comprendre, se faire comprendre. C’est du boulot.

 

- Pourquoi tu parles avec moi ?

 

- Avec toi, c’est pas pareil, j’ai pas besoin de me forcer, je peux dire n’importe quoi, même m’arrêter de parler, c’est gênant pour personne. Toi tu es comme moi, t’existes pas.

 

 

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2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 09:45

 

 


série noire 2 

 



C’est le mauvais moment de l’année, la mauvaise heure, Julie n’aime pas cette fin d’automne. Les magasins de la rue Claude Guéant sont déjà fermés, leurs lourds rideaux métalliques  baissés. Le trajet dans le bus qui vient de la déposer a été un supplice : il n’y a jamais personne  à cette heure et son cœur  s’affole à chaque arrêt: qui va monter ? C’est surtout les bandes de jeunes à cagoules qui lui font peur et encore plus les hommes au regard vide. On entend dire tant de choses ! Ensuite, c’est pire, il lui faut longer sur 300 mètres les  immeubles  de l’avenue Brice Hortefeux, une éternité. C’est le quartier résidentiel le  plus chic  de la ville, mais par souci d’économie, les écolos de la municipalité ont changé l’éclairage et on n’y voit plus rien. Il faudra leur écrire, mais elle n’a jamais le temps. L’avenue est toujours déserte. Enfin Julie arrive au 76, un bâtiment plus petit, en retrait.  En tremblant, elle fait  le code qui déverrouille le portail d’entrée, toujours la peur de se tromper, le petit jardin à traverser, trop sombre, il faudra écrire aussi au syndic, poser la question à l’assemblée générale des copropriétaires, compliqué d’avoir la majorité, chacun pour soi.  Reste l’ascenseur à appeler, à attendre, un grand moment de panique quand la porte s’ouvre :  qui derrière ? Personne. A l’étage? Personne. Enfin, au bout du couloir, home, sweet home, Julie est chez elle, elle peut respirer.

 

C’est leur rituel, elle appuie sur le bouton de la sonnette, une seule fois, puis tourne la clef. Elle pousse la porte. Comme toujours, le plafonnier est allumé et elle entend  la symphonie de Mahler, aujourd’hui c’est la 6ème. C'est un un peu fort, il faudra baisser le son pour les voisins. Elle range son manteau dans la penderie murale, traverse le hall. Comme toujours, Tom, son mari l’attend au salon, comme toujours il se lève en la voyant entrer. D’habitude il sourit, mais ce soir, elle ne sait pas trop : curieusement,  il s’est coiffé de son bonnet de bain et ses yeux sont cachés par ses lunettes de plongée. Il porte aussi une longue blouse  de nylon bleu qu'elle n'a jamais vue, des gants Mapa et  il a entouré ses pieds de petits sacs poubelle gris. L’accoutrement est saisissant.  Pour une surprise, c’est une surprise qu’il lui fait, lui si sérieux, si casanier !   Et  elle rit encore  lorsque, comme chaque soir, il s’approche d'elle pour la serrer dans ses bras – Mais ce n’est pas carnaval, Tom, mon amour chéri ! Qu’est-ce qui te prend ?

 


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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 15:16

 

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Les cohortes d’esclaves  avançent dans le désert. Margaret repose la tasse sur la table basse. Le thé est encore brûlant. Elle se lève, regarde au loin à travers  la baie vitrée le chantier du  stade. Les grues et les pelleteuses, la multitude d’hommes minuscules coiffés de casques  jaunes. Elle  ouvre un battant, la rumeur est assourdissante,  referme aussitôt, se retourne. Une sorte de centurion romain hurle des ordres dans un anglais impeccable.  Les esclaves se dispersent en courant dans la carrière soulevant un nuage de poussière ocre. Margaret éteint la télévision. En posant la télécommande, sa main heurte la tasse.

Quand Norma entre dans le salon, Margaret  montre le désastre:

- Voyez comme je suis maladroite ! Faites ce que vous pouvez.

- Ce n’est rien, Madame, je vais arranger ça.

Margaret   hausse les épaules et gagne son bureau. Elle cherche son bloc-notes  parmi les livres.  Elle marque  au stylo rouge « urgence : écrire un roman social ! »


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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 15:06

 

 

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- Le jour se lève. C'est bien de commencer comme ça à n'importe quelle heure de la journée. Oui! Oui! Même tard le soir, le jour se lève.

Il soupire et ne dit rien.

- Ensuite je cueille les oranges et les citrons en plein hiver à Forbach. Oui!Oui! Même à Forbach, des citrons et des oranges!

Il soupire et ne dit rien.

- Ensuite je m'interroge sur le pouvoir des mots. Sur le temps qu'il leur faudra pour  me construire un  destin décent, notre histoire racontable.

Il soupire et ne dit rien.


L'homme penché sur le divan me ressemble comme une goutte d'eau et je suis pas peu fier d'avoir réussi sous sa forme une autre vie.


 

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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 16:04

 

 

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Deux ombres se croisent en ce jour d’hiver finissant
Qui portent leurs rêves et leurs peurs.
 

 

Pour se saluer elles écartent avec la main de quelques millimètres du sommet de leur crâne d'ombre un chapeau.


Et ce petit geste provoque l’hilarité de l'ombre à casquette au mégot rougeoyant.

 


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