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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 10:12

 

 

 foot

Fragment du mur de Dan Perjovschi

Dessin à la craie

(Xème Biennale d'art contemporain de Lyon)

 

 

 

 

 

 

 

 

Il se jouait de la complexité des surfaces de réparation, manquait tomber au point de penalty,  gardait comme  par miracle dans les pieds le ballon qu’il accompagnait ensuite, tandis que s’enflait la rumeur de la foule, dans l’entrelacs des jambes et des corps adverses jusqu’au fond des filets. Cet avant-centre aimait l’inextricable.


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26 novembre 2013 2 26 /11 /novembre /2013 14:28

 


OL.jpg

 

 Elle le traitait comme un caniche, lui demandait des petits baisers, désignait avec le doigt le coin de la bouche où il devait les poser. Elle lui faisait porter aussi son minuscule sac.

Un dimanche après-midi où il avait prévu d’aller voir jouer « les verts » contre l’OL à Geoffroy-Guichard, un derby, ça ne se manque pas ! Elle insista, j’aimerais tant que tu restes avec moi. Comme il hésitait, elle posa l’ultimatum,  c’est moi ou le foot !
Tout se décida en fin de seconde mi-temps : à la 81ème minute, Rachid Mekloufi donna la victoire aux stéphanois. Alors, dans la tribune Henri Point, il se dressa, bras levés, poings serrés, et hurla sa joie.

 

 

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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 12:44

 arnica.jpg


 

La dernière fois quand je lui avais dit que j’étais malade, le médecin l’avait mal pris. Visiblement, je lui faisais soucis. A tous les  maux que je  sortais, il répondait, c’est nerveux ! la tête ? Nerveux ! Le ventre?  Nerveux ! Les genoux ? Nerveux ! La tension ? Nerveux ! Le cholestérol ? Nerveux !  Il avait conclu, très énervé,  mais puisque je vous dis que c’est nerveux !


Moi, je suis pas bête! Je comprenais bien que je l’agaçais, que si j’étais malade, c’était évidemment pas de sa faute! Que c’était la mienne! Qu’il fallait que je prenne  sur moi ! Que mes symptômes le fatiguaient  grave. Et c’est vrai que mon toubib, à son âge, dans son état, avec tous ces gens qui venaient gémir et tousser chez lui, je comprenais qu’il soit fatigué.   Malgré la fièvre (j’avais alors un bon 40, mais c’est nerveux, il avait dit), on s’était quitté un peu en froid.

 

Cette fois j’ai bien retenu la leçon.   Quand il a ouvert la porte de son cabinet et qu’il m’a demandé sur un ton déjà accablé,  alors c’est quoi encore qui ne va pas ? J’ai tout de suite répondu, tout va bien, rassurez-vous, docteur, tout va bien!   Ça l’a mis de bonne humeur. Il était soulagé, détendu. Jamais je n’avais vu pendant  consultation  toubib  si reposé. J’étais enfin un bon patient ! On a mis de côté toutes les petites questions indiscrètes sur ma santé, on a laissé tomber l’auscultation.  Assis à son bureau, on n’a parlé que de la pluie et du beau temps et il m’a signé sans rechigner l’ordonnance que j’avais préparée. Il y avait dessus toutes les drogues, gélules, pastilles, crèmes merveilleuses qui me font rêver. J’avais préparé aussi les 23 euros de la consultation pour qu’il n’ait  pas la peine de chercher la monnaie et je n’avais pas oublié ma carte vitale, oubli qui avait le don de le contrarier. 

 

Quand, au bout de 5 minutes, je suis sorti,  il m’a dit, tout sourire, c’est vraiment un plaisir de vous soigner, revenez quand vous voulez ! J’étais heureux. J’aime  quand mon médecin m’aime.


 

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4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 14:09

 

chaises.jpg

 

   

 

Boulevard de la Croix Rousse, à la terrasse d’un café, un beau matin d’été. Je bois mon crème en  parcourant les nouvelles du jour. Je me sens bien.


Tu te souviens de moi ?

 Je lève la tête. C’est un vieil homme que je ne connais pas. J’hésite. Je ne veux pas le vexer, je mens, oui bien sûr !

On était à l'école normale ensemble.

 A la norm ! Ça y est, j’y suis, ses yeux me disent vaguement quelque chose, mais ça fait près de 50 ans …

Lui, en revanche m’a clairement identifié, tu n’as pas changé ! Oui, d'accord, des cheveux  gris, comme tout le monde !   Mais te plains pas ! ...Il se tapote le crâne... Au moins, à toi, il t'en reste des cheveux !... Non, franchement, tu n’as pas changé !  

Il se rappelle même  mon surnom, coco !... Ça me fait trop plaisir de te revoir mon petit  coco !... Ah coco, si on m’avait dit ! ...Tu permets ? Tandis qu’il s’assoit à mes côtés, sans doute conscient de mon trouble, il précise, Fernand, Fernand Grosbois... Tu te souviens? 

Je mens une nouvelle fois, oui, oui très bien ! ...Fernand, bien sûr, Fernand !... Je me souviens !

   Alors, comme inquiet, il m’attrape par la manche, t’en as revu des copains de promo ?...C’est que, tu sais...Il approche son visage et baisse la voix... Il y en a beaucoup qui sont… Il s’interrompt. Avec son pouce, il me montre le ciel et comme visiblement je semble ne pas comprendre, il ajoute, beaucoup sont partis, tu sais…

Et là, il commence à  citer dans l’ordre alphabétique  les noms et prénoms de tous ceux qu’on a connus à cette époque et qui sont morts.   Accidents, infarctus, hémorragies cérébrales, cancers, leucémies, tout y passe ! Sa mémoire  est redoutable. C’est terrifiant ce don qu’ont certains de vous accabler de mauvaises nouvelles !

 Je ponctue sobrement  par des  « Oh, c’est pas vrai ! » ou des « Ah ! Et ben dis ! » les morts qu’il m’annonce. Et même si j’ai souvent du mal à donner un visage à chaque nom, je sens qu’à la longue sa liste funèbre commence à m’éprouver.

Mais quand j’entends, Albert Trillamin,  là, je suis formel,  non, non, il n’y avait pas d’Albert  dans la promo !  Albert, ça m’aurait marqué, c’est le prénom de mon frère ! Je lui dis ça, triomphant,  tout ragaillardi, comme si  je venais de sauver une vie ! Enfin un mort qui n’était pas des nôtres ! C’était Jean-Paul, Jean-Paul, pas Albert, j’en suis sûr !

Lui dubitatif réfléchit,  Jean-Paul Trillamin ? Oui, oui… Tu as raison…Je me suis trompé ! Dans notre promo c’était effectivement  Jean-Paul et pas Albert… Voilà, j’y suis…Albert, c’était le petit  cousin… Mais de toute façon, ça change rien, le pauvre Jean-Paul, lui aussi, il est… Il montre le ciel avec son pouce…Jean-Paul, lui, il s’est suicidé.


Boulevard de la Croix Rousse, à la terrasse d’un café, un beau matin d’été. Je me sens mal. 


 

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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 15:58

 

mensonges.jpg

 

 

    

Les fêtes, ça n’avait jamais été pour eux. On ne les invitait pas. Au village, on disait qu’ils plomberaient l’ambiance. Que le plaisir, la joie, le bonheur n'étaient pas faits pour eux. On disait que, pour cette famille, simplement sourire  semblait péché mortel!

 

Prudence et Sévère, les enfants,  étaient désespérés: même avec des moustaches, Père et Mère ne pouvaient passer pour des rigolos! Aucun artifice ne sauverait les apparences. Leurs parents donnaient de la probité et de l'ordre moral  une image terrifiante comme si leur vertu était le mal absolu.

 

 

 


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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 10:41

 

meuble.jpg 

 

   

Fête au village. Flonflons au kiosque. Petite foule autour. On se retrouve des années après, on se reconnaît, on se salue.  Mais toi tu restes toujours le même ! Si, si, je t’assure ! Les cheveux un peu gris, mais la même silhouette, la même allure ! 

On s'interroge. Et ta retraite ? Et ta prostate ? Pourvu que ça dure ! 

On se fait la bise. Les enfants sentent un peu l’urine, les hommes le ricard, les femmes la transpire. On revoit partout d’anciens jeunes traînant des mômes partis pour faire de vilains vieux.  

On se pense: « Mon dieu est-ce possible ? » .

Il n’y a là, comme dirait l'acteur Luchini, que du méchant, du vilain, du gros, de l’affreux, du très lourd.

 

 Mais soudain l’orchestre joue un air italien des années 70, et c’est reparti pour un petit tour de jeunesse. On se souvient. Les lunettes noires, la fiat 500, l’égérie brune, nos vies en rose.



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27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 13:52

 

origine.jpg 

Exposition Lam (été 2013). Auteur?

 

 

Le galet, parfait sous tout rapport, atteignit, par ricochets, la tempe du nageur qui faisait la planche.

 Du rivage, l’enfant, un pied dans l’eau, la main en suspens, vit son père disparaître.


 


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1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 10:09

 

froid.jpg

 

 

 

Les quelques plantes vertes qui se trouvaient dans la pièce semblaient avoir été laissées à l’abandon depuis le début de l’été, comme livrées à elles-mêmes, les feuilles desséchées, jaunies, poussiéreuses, craquelées par endroits. La fougère avachie dans son pot faisait peine à voir, elle retombait sur sa tige dans une triste parodie de saule pleureur, les feuilles flapies, l’épiderme fripé.

Jean-Philippe Toussaint,  La Télévision   (Les Editions de Minuit)

 

Canicule. Vilain mot pour un sale temps ! C’est bien trouvé. L’esprit s’y dessèche comme la plante. A  ceux qu’on rencontre, on dit, quelle chaleur ! et ils répondent, mais on peut pas se plaindre, on a eu tellement froid ! La boucle est bouclée.

Alors, comme il y a les championnats du monde de natation à Barcelone, on reste allongé sur son canapé devant sa télé à regarder des nageurs nager. Si vite qu’ils portent l’eau à ébullition.


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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 15:06

sorbet.jpg

 

 

Sorbet au dessert!

 

Ça  passe tout seul, argumente la maîtresse de maison  et les autres, faux-culs, d’ajouter, meilleur pour la santé,  facile à digérer, ce n’est que de l’eau sucrée en fait, toutes  raisons qui font que je hais le sorbet, depuis toujours. 


Irrépressible envie  d’une glace à la vanille, épaisse, onctueuse, à l’ancienne, au lait entier.  Alors soudain je boude, je refuse et  dis méchamment,  je n’aime pas l'eau  sucrée


Eux s’étonnent. A son âge! Se mettre dans cet état! Pour un dessert! Un vrai caprice! Comme s’il avait 5 ans!  De la confiture à la place ?


Oui, ça ira très bien. Régression absolue. Involution. Mais si vous me mettez, avec, deux carrés de chocolat noir et un quignon de pain et une banane...Non!  une seule!   Ça m’ira encore mieux! Tout, sauf leur affreux sorbet. 


 

Je me justifie, solennel, péremptoire,  le sorbet, c’est fait pour les couilles molles, les fenarés. Je pontifie,  j’y consens à la rigueur entre deux plats ou comme mise en bouche pour préparer les papilles, mais en fin de repas! Touche ultime!  Dernier souvenir! De l’eau sucrée ! Vous vous rendez compte! C’est pas possible !

 

Moi d'ordinaire si calme, si poli, si soumis, je pète les plombs, je jette le masque, c'est une première, j’affirme qui je suis,  rebelle,  indépendant,  Che Guevara des entremets glacés,  je m’affranchis. Le sorbet, c’est rabat-joie, bonnet de nuit, peine à jouir, un truc d’écolo intégriste fait pour emmerder les peuples,  et d’un coup comme on parle politique, le ton monte. Alors  je renverse les plats et je quitte la table. Leur sorbet, ce sera sans moi ! Libre. 

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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 16:37

 

telec.jpg

 

 

Pour  affronter l’hiver, j’ai fait installer au salon un convecteur dit « intelligent ». Le constat est cruel :  ce convecteur  est  plus intelligent que moi. Il commande, dit quand  ouvrir les fenêtres, quand les fermer, quand entrer ou sortir de la pièce,  quand éteindre la télé, quand aller se coucher, quand partir en vacances.  Bien dans l’air du temps, il m’a programmé en mode « économie ». Tout écart de ma part: c’est le grand froid! Et il émet un petit sifflement moqueur quand, dans mon fauteuil, après le repas de midi, je lis  le « Monde », de la veille, en buvant mon thé.   

Il y a trop de choses intelligentes autour de moi ! Trop de choses qui me dépassent ! J’ai essayé  de piloter le convecteur  "intelligent",  les volets roulants "intelligents", le vélux "intelligent" avec mon smartphone "intelligent". Mais ces intelligences se contrarient! Comme quand on réunit, dans un même gouvernement, un quarteron d’énarques.

Mon convecteur, j'aurais dû le choisir un peu con!

 


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