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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 17:51

 

efferv

 

Ils sont une dizaine de petits vieux du village (au village, il n’y a plus que des vieux) à attendre sur le trottoir, dans le vent et le froid. La consultation ne commence que dans une demi-heure et  la porte du cabinet est fermée. Le médecin arrive enfin, sort de sa voiture péniblement,  s’appuie sur une canne. Vieil homme aussi, cheveux blancs, dos courbé. 

Ses patients l’entourent inquiets,

- Comment ça va Docteur?

- Pas très fort, répond-il, pas très fort!

- Vous tiendrez quand même le coup, Docteur ?

- Oui, oui, rassurez vous, dit-il dans un souffle, nous partirons ensemble.


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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 06:55

 

 chien.jpg

 

Il en rêvait …

Une petite maison, les panneaux solaires sur le toit, une petite éolienne aussi, car on ne sait jamais. Un jardin potager, quelques légumes, trois poules pour les œufs, une vache pour le lait, un cochon, tout y est bon, et bien sûr, un chien, un chien méchant pour garder le tout. Et il mettrait partout des pancartes avec écrit dessus, en gros, attention danger, propriété privée, défense d’entrer



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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 08:43

   parapluie.jpg

 

 

 

Le problème quand il pleut, c'est le parapluie. Difficile en ville, abrité sous son parapluie,   marchant sur un trottoir étroit, de croiser un passant qui lui-même s'abrite sous un parapluie. Il faut  élever  le parapluie  au-dessus de sa tête pour laisser passer l'autre. Lequel  doit à     l'inverse le baisser. Les deux passants, sans se connaître, en une fraction de seconde  coordonnent leurs gestes comme des danseurs de ballet. Qui va lever ? Qui va baisser? Choix  délicat  quand les deux  sont de  même taille ou, pour être plus précis, que la hauteur de l'assemblage constitué  par chacun avec son parapluie est à peu près identique. Pourtant, chaque fois, le petit miracle  se produit.  Les statistiques le montrent: il n'y a pas de collisions de parapluies.  Bien sûr, pour éviter l'obstacle, on pourrait aussi incliner son pépin à gauche ou à droite, mais on aurait le désagrément pendant un instant de n'être que partiellement protégé de la pluie et on prendrait le risque, soit d'accrocher le mur longé, soit, plus grave, de voir son parapluie arraché par le rétroviseur du bus.

Un conseil: quand vous croisez un passant de petite taille,  levez  votre parapluie très haut. Souvent les gens se prennent pour plus grands qu'ils ne sont. Votre geste confortera le quidam dans cette illusion et  le rendra heureux  quelques instants. Vous aurez fait une bonne action, sans vous mouiller.

 


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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 07:38

 

 

balle 2

 

 

On m'avait dit, à la retraite, surtout ne coupez pas le lien social!  Pourtant, j'avais retrouvé le plaisir du tennis en jouant contre le mur du garage.


Le psy auquel je m'étais confié voulait surtout savoir si cette pratique avait amélioré mon jeu. Je répondis que je l'ignorais vu que je n'avais jamais remis les pieds sur un court.


- Dommage! Dommage! J'ai tellement de problèmes moi-même avec mon revers que je me demandais si ça ne valait pas le coup d'essayer... On a un superbe mur au club que personne n'utilise!  Et le psy ajouta en rigolant, c'est vrai que jouer contre un mur, en chaussettes blanches à rayures, ça n'est pas très fun!


J'ai dit que ça m'intéressait, ce mur, surtout s'il se trouvait suffisamment à l'écart du passage des joueurs et loin du club-house, que mon mur de garage à moi  avait un revêtement en mauvais état qui provoquait quelques faux rebonds et que ça gâchait un peu mon plaisir. Je lui demandai s'il pensait que je pourrais  adhérer à son club, mais en toute discrétion et uniquement avec l'option mur.

Le psy me répondit que je tombais bien, qu'il était le trésorier du club et qu'il me ferait un prix puisque je n'utiliserais que le mur, il suffit que vous régliez la cotisation avec  la consultation et je m'occuperai de tout.


J'en fus heureux. Pour la première fois depuis bien longtemps, j'avais l'impression que les choses tournaient à mon avantage. Mon projet commençait à prendre corps. Je  percevais que j'avais une certaine emprise sur ce psy-trésorier et qu' avec le temps, peut-être, je pourrai obtenir des choses. Je rêvais d'un mur parfait,  d'un sol parfait,  d'une raquette parfaite et  d'une balle parfaite dont la trajectoire ne serait plus soumise qu'à la seule précision de mon geste. Et je n'aurais de repos que de cette balle jaune allant et revenant sans cesse du mur à la raquette. De ça, bien sûr, je n'en dis pas un mot au psy.


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3 avril 2012 2 03 /04 /avril /2012 15:19

 

 

arbres-ed.jpg

 

 

 

C’était son jeu préféré. Quand elle lui tournait le dos pour préparer son goûter, il courait au salon.  Avec ses volets toujours mi-clos, la pièce restait  dans la pénombre. Cela faisait bien longtemps qu’elle n'était plus utilisée que comme un débarras. Il ouvrait un peu la porte de la grande armoire où étaient suspendus à des cintres en bois des vieux manteaux, des tabliers  et des gabardines. Puis, il se cachait sous la grande table en chêne, protégé des regards par le long rabat de la nappe, et il appelait, Tatan Tatan, viens vite voir ! Elle arrivait lentement, appuyée sur sa canne, ouvrait grand la porte de l’armoire,  soulevait une manche de gabardine. Où es-tu ?  Mais où es-tu ? Lui,  accroupi, mettait une main sur sa bouche pour étouffer son rire.  Elle quittait le salon pour continuer sa recherche dans la chambre voisine en maugréant, mais où a-t-il bien pu passer ?  Alors il se relevait et regagnait à toute vitesse, sans bruit, la cuisine. Elle le retrouvait sagement assis, les deux coudes sur la table, la tête entre les mains, absorbé dans la lecture du journal du jour.  Il n’avait que 7 ans et  venait juste d’apprendre à lire. Elle s’étonnait, mais où étais-tu passé ? Lui prenait son temps pour relever la tête, la regardait avec ses petits yeux plissés, comme courroucé qu’elle osât le déranger dans une aussi sérieuse lecture. Mais Tatan, tu vois bien, je lis, je n’ai pas bougé d’ici,  répondait-il sur un ton de reproche. Elle le regardait, attendrie, tu dois avoir faim ? Alors, elle posait sur la table devant lui, le chocolat fumant, le pain d’épice, le beurre, les biscuits secs, les confitures,  puis, l’âme en paix, s’asseyait pour le regarder manger. C’était son bonheur de la semaine. Quand il partait, elle disait toujours, attends, attends, ne t’en vas pas si vite ! Elle prenait sur l’étagère la boîte en fer  où elle mettait ses économies et lui glissait dans la main une pièce, tiens, c’est pour toi, fais-en ce que t’en veux, ne le dis à personne, et surtout pas à tes parents, je me ferais gronder !

 

   

 


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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 10:26

balle-3.jpg

 

 

 

 Avant le match, dans les vestiaires, il m’a glissé qu’il avait  une douleur à la hanche quand il prenait ses appuis. Il s’interrogeait tout haut pour savoir - me demandait-il mon avis? -  si c’était le nerf sciatique pincé ou un début d’arthrose.  Avec son serre-tête, sa genouillère, sa coudière, son bandage au poignet, on aurait dit une  momie. J’avais envie de lui poser la question : est-ce bien  raisonnable de continuer à jouer au tennis quand on est  grabataire?

 

Pour l’instant, je lui ai fait une balle très haute, en lob, qu’il va essayer de smatcher,   je sais  que le  soleil l’éblouit et qu’il a les yeux qui piquent à cause de la poussière rabattue par le vent.  Son manque de technique est tel qu’il n’a aucune chance de l’atteindre.  Mais dans un dernier moulinet désespéré, miracle,  il réussit quand même  à la toucher  avec le bord de la raquette, un « bois », comme on dit, qui fait un vilain bruit, mais qui  envoie la balle à l’exact opposé de l’endroit où il voulait la mettre et où je l’attendais le pied ferme. Coup imparable. Il fait  le point et le jeu. Il s’excuse. Il s’excuse encore, tout miel. Il insiste, car il sent bien que cette politesse hypocrite m’agace.  Je  réponds  sèchement, c’est le jeu, en haussant les épaules. Il ajoute, oui mais quand même, j’ai eu beaucoup de chance, je ne le méritais pas. Peut-être pense-t-il  que je vais exploser, lui jeter ma raquette à la figure et que je serai  mis hors jeu par le juge arbitre du tournoi qui regarde notre match depuis le club house ? Qu’il n’y compte pas ! Je vais garder mon calme.

 

On change de côté. C’est la pause. Il s’est assis sur le banc tout près de moi dans une promiscuité insupportable de souffles courts  et d’odeurs de transpiration. Je le regarde en douce. C’est un petit homme gris et vieux qui ne paie pas de mine. Quand il est en costume, dans son agence bancaire, aucun de ses clients ne peut sans doute imaginer  qu’il puisse faire du sport. En short, avec ses chaussettes maculées de terre rouge et sa chemisette trouée auréolée aux aisselles, c’est pire ! On dirait un petit retraité, négligé, assis devant son abri de jardin. 


J’ai tout pour moi, la technique, la tenue, la beauté du geste, l’intelligence du jeu, la condition physique, sauf que lui, visiblement, il ne pense pas, il ne réfléchit pas, il n’introspecte pas... il renvoie la balle.   C’est un être basique créé exprès par Dieu ou Satan, pour  punir ceux qui sont en face de lui d’avoir payer cher des mois et des mois de cours particuliers à apprendre jouer  dans les règles de l’art. C’est un teigneux qui joue au tennis comme s’il jouait sa vie. Un souffreteux qui, même aplati sur le court,  aura encore la force de lever sa raquette pour renvoyer la balle de l’autre côté du filet une fois de plus que vous. C’est le genre de mec à demi-mort qu’on n’arrive pas à finir, l’hypoglycémique chronique qui vous laisse croire tout le match qu’il  est à l’agonie, en ingurgitant bananes sur bananes et barres chocolatées sur barres chocolatées, et en buvant, à petites gorgées, avec la précision d’une montre suisse, une boisson improbable  dans sa gourde  plastique. Soudain je le hais. Nous sommes au milieu du 3e set,  j’ai un jeu de retard et j’en ai plein le dos.


A l’épier, je le trouve quand même  pâlichon et le souffle un peu court. Un fol espoir m’envahit : Peut-être va-t-il abandonner ? Grand seigneur, je lui dirai alors, c’est dommage, on faisait une belle  partie, vous auriez pu gagner…Mais j’ajouterai aussitôt, de peur qu’il ne se ravise, c’est plus prudent d’arrêter si vous ne vous sentez pas bien, j’ai connu un ami qui… 


Fin de la pause. Ce n’était qu’un rêve. Il se  dresse vivement, sautille sur place, puis rejoint d’un pas décidé la ligne de fond. Tassé sur mon banc, serviette encore sur la tête, je le regarde s’éloigner. Je me sens soudain accablé d’une irrésistible fatigue et d’un affreux pressentiment: je vais perdre.



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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 15:16

 

grues.jpg
 

 

Les cohortes d’esclaves  avançent dans le désert. Margaret repose la tasse sur la table basse. Le thé est encore brûlant. Elle se lève, regarde au loin à travers  la baie vitrée le chantier du  stade. Les grues et les pelleteuses, la multitude d’hommes minuscules coiffés de casques  jaunes. Elle  ouvre un battant, la rumeur est assourdissante,  referme aussitôt, se retourne. Une sorte de centurion romain hurle des ordres dans un anglais impeccable.  Les esclaves se dispersent en courant dans la carrière soulevant un nuage de poussière ocre. Margaret éteint la télévision. En posant la télécommande, sa main heurte la tasse.

Quand Norma entre dans le salon, Margaret  montre le désastre:

- Voyez comme je suis maladroite ! Faites ce que vous pouvez.

- Ce n’est rien, Madame, je vais arranger ça.

Margaret   hausse les épaules et gagne son bureau. Elle cherche son bloc-notes  parmi les livres.  Elle marque  au stylo rouge « urgence : écrire un roman social ! »


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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 15:06

 

 

copie

 

 

 
- Le jour se lève. C'est bien de commencer comme ça à n'importe quelle heure de la journée. Oui! Oui! Même tard le soir, le jour se lève.

Il soupire et ne dit rien.

- Ensuite je cueille les oranges et les citrons en plein hiver à Forbach. Oui!Oui! Même à Forbach, des citrons et des oranges!

Il soupire et ne dit rien.

- Ensuite je m'interroge sur le pouvoir des mots. Sur le temps qu'il leur faudra pour  me construire un  destin décent, notre histoire racontable.

Il soupire et ne dit rien.


L'homme penché sur le divan me ressemble comme une goutte d'eau et je suis pas peu fier d'avoir réussi sous sa forme une autre vie.


 

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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 16:04

 

 

chapeaux.jpg

 

 

 

Deux ombres se croisent en ce jour d’hiver finissant
Qui portent leurs rêves et leurs peurs.
 

 

Pour se saluer elles écartent avec la main de quelques millimètres du sommet de leur crâne d'ombre un chapeau.


Et ce petit geste provoque l’hilarité de l'ombre à casquette au mégot rougeoyant.

 


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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 09:18

 

 

oeufs.jpg

 

 

 

La pointe arrondie et dure de la petite cuiller en métal argenté
tape la coquille, la fracasse.
J’écarte entre le pouce et l’index les fragments brûlants,

les dépose sur le bord de l’assiette.
Nu, l’oeuf apparaît tremblotant, mou, honteux, sorte de sexe ovale
qui débande.
J’avale l’ovale au débotté, comme ça.


Tard dans la nuit, je le restituerai avec ma bile.


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