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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 10:31

 

 

 

La mort n’est rien ; et la mort de quelqu’un est tout. »

Cioran (Cahiers 1957-1972) NRF Gallimard

 


 

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Comme les années précédentes il avait pris des photos géolocalisées des tombes, il  retrouvait maintenant facilement ses défunts avec son  GPS  dans le dédale des cimetières urbains. Les satellites veillaient au grain et ça lui plaisait assez que du ciel viennent les adresses des morts. En se déplaçant, il chipait des fleurs sur les tombes. Synthétiques, naturelles, jaunes, rouges, blanches, violettes. Il obtenait des bouquets hétéroclites mais, in fine, présentables. 

 

Quand la voix métallique lui disait dans l’oreillette qu’il était arrivé, il stoppait net en imitant, par une légère contraction du fond de la gorge et un pincement des lèvres, le couinement des freins et le crissement des pneus.  Il se comportait à pied comme s’il était en voiture :  il faisait donc une rapide manœuvre pour « se garer » toujours en marche arrière, les yeux  face à la stèle,  dans les allées X, Y ou Z des parcelles A, B ou C des division Nord, Sud, Est ou Ouest des cimetières visités. Vroum! Vroum!  Demi-tour  à droite, deux pas en arrière, un pas en avant. Vroom ! Vroom ! Moteur enfin coupé. Quelqu’un passant par là l’aurait pris pour un fou. Il mettait les fleurs dans d'affreux vases en ciment gris.  Qu’étaient devenues  celles de l’année précédente ?  Faisait une prière en latin.  S’admirait de pouvoir mêler, dans de telles circonstances, modernité et  tradition. S’efforçait  de ne pas penser. Et surtout pas aux morts. Garder les yeux au sec. Ne pas être triste.  

 

Chaque fois, il l’était quand même.  Les pitreries ont leurs limites. Il aurait aimé savoir où étaient leurs âmes?  Alors, machinalement, il  tapait d’un doigt AME sur le clavier digital du GPS.  Le petit appareil interrogeait  le lointain satellite.  Il entendait la  voix métallique répéter patiemment: recalcul recalcul, recalcul . Le ciel prenait  son temps.  L’indication tombait enfin, toujours la même: faites demi-tour, faites demi-tour, faites demi-tour. Il éteignait le GPS. Il pouvait retrouver seul la sortie.

 

 


  

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 09:08

 

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Il m’attrape par la main et on se colle à la fenêtre pour regarder la pluie.

-Ennuyons nous ensemble.

  Mon ami est fou, il se prend pour Louis XIII. Mais on me dit que j’exagère, que s’il l’était vraiment, il se prendrait pour Napoléon.

 

 

http://lorgnonmelancolique.blog.lemonde.fr/2009/04/06/un-homme-a-sa-fenetre/

 

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30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 16:23

 

 

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- Hep! Toi, là-bas?


Althusser m’interpelle ?


Non, c’est le gardien de la salle des sports qui veut examiner la semelle de mes tennis. Des gravillons pris dans les rainures pourraient rayer le parquet.

 

Il agite une brosse, je dois obtempérer. C’est le rituel humiliant pour accéder à l’aire de jeu et   à l'instant de gloire.


http://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=CM_067_0222

http://www.ciepfc.fr/spip.php?article47

http://ledroitcriminel.free.fr/dictionnaire/lettre_a/lettre_a_as.htm

 

 


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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 17:41

 

 

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Assis sur son trône, il dit qu’il n’aime du pouvoir que le plaisir de ne pas l’exercer.
Son sujet l'écoute, tête baissée, et pense :
- Bon Dieu ! Pourquoi c’est lui le chef ?

 


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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 09:25

 

 

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Depuis qu’il porte une arme, il est devenu un autre homme. Plus posé, plus sociable. Conscient du danger qu’il fait courir désormais aux gens qu’il rencontre, il se soucie beaucoup plus qu’avant de ne pas les irriter.

 


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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 09:21

 

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...en fait d'infirmités, je suis bien pourvu et ne redoute la concurrence de personne, je ne suis pas un parvenu.    (E. Cioran)

 



Question  bobos, comme Cioran, j’ai mes quartiers de noblesse. Je tiens ça de ma mère, malade chronique, magnifique et intraitable. La maladie était sa chasse gardée et le médecin son gibier. Elle ne semblait malade que pour prendre en défaut la science du malheureux toubib. Je la revois jubilant en lisant l’ordonnance,  « C’est un âne, pas étonnant qu’il ait fait Médecine ! ».

 

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10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 09:20

 

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Je me lève et fais quelques pas.

- Vous verrez, Monsieur, dans 20 ans, elles seront comme neuves !

La vendeuse semble sincère. Je fais le calcul, j’ajoute les 20 ans promis à mon âge, et soudain l’horizon s’assombrit. J’en voudrais presque à ces chaussures d’être inusables.

 

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5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 09:14

 

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C’est fini. La coiffeuse déplace lentement le miroir derrière ma nuque et me demande si ça va comme ça. Chaque fois, je réponds  en souriant: « Oui, ça va très bien, merci ». Comme je suis très myope et que, le temps de la coupe, j’ai posé mes lunettes sur la tablette devant moi, en vérité, je ne vois rien.  

Mais, remettre mes lunettes avant de répondre donnerait à mes paroles une solennité  d’autant plus  embarrassante  que je serais censé alors voir ce que tout le salon peut voir : ça ne va pas!  

 Il me faudrait donc, soit dire la vérité : « Non, ça ne va pas » et m’engager  dans une discussion périlleuse qui pourrait se conclure par un humiliant « Ce n’est pas ma façon de couper les cheveux  qui pose problème, Monsieur, mais la forme de votre tête ! », soit mentir, les lunettes sur le nez, et laisser croire que je manque totalement de lucidité quant à l’état de mon crâne, une fois ses cheveux coupés. 

Compte tenu de mon statut, maintenant bien établi au village, d’arbitre des élégances (je suis responsable au conseil municipal de la commission "embellissement"),  je préfère de beaucoup que les gens du salon expliquent ma réponse par ma forte myopie (le pauvre, heureusement, il n'avait pas remis ses lunettes!) plutôt  que par une défaillance grave de mon jugement esthétique. 

Comme dit un proverbe houbiste* « Le sage n’a pas besoin de lunettes pour ne pas voir ».

 

* Le houbisme est la doctrine philosophique du Marsupilami : « Houba ! » 


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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 10:34

 

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Il souffre d’être seul.
- Que faudrait-il que je fasse pour avoir des amis ? Suffirait-il que je change de nom? Changer de vie? Dois-je aller même jusqu’à changer de moi?
Il se pose toutes ces questions en promenant (sans laisse et sans muselière) son énorme chien.
Quand on lui  dit que c'est son chien qui gêne sa vie sociale, il n’en revient pas.  Il explique qu’il est plus lui-même avec son chien que sans.
- La preuve, c’est que quand je sors sans mon chien, on ne me reconnaît pas.
Comme on insiste, il se met en colère et envoie son chien sur nous.


 


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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 12:53

 

 

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Le maillot de bain (une pièce, bleu) ne fut jamais ôté. Il n’avait sur cette femme qu’une hypothèse de nudité.

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