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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 08:06

 

 

villa-Malaparte.jpg

 

Villa Malaparte

 http://chroniquesitaliennes.univ-paris3.fr/PDF/44/Talamona.pdf

 

 

Ses jours de repos, il n’a pas une minute à lui.  Il s’affaire de la cave au grenier, du jardin à l’établi. Il  sait toujours où il va.  Il lui manque 3 doigts et 2 orteils, perdus dans les travaux domestiques. A coups de tondeuses et de scies égoïnes. Il porte sur le corps des cicatrices laissées par ses outils. Il claudique.
Calé dans mon transat, plongé dans une demi-sieste, du haut de ma terrasse, d’un œil,  je l’observe et souris:  cet homme blessé est heureux.

Aussi, quand j’apprends qu’il déprime, je tombe de haut.
Surtout qu’il dit que de me voir à ne rien faire, à la longue, l’a miné. Il m’envie, il aurait  aimé être comme moi. Avoir des doigts de pianiste. Il m’interroge car ça le turlupine :
- Comment pouvez-vous rester ainsi sans dépérir d’ennui ?

Que lui dire sans l’accabler davantage ? Que je prends plaisir à ne pas remplir ma vie ! Que je fais mon bonheur de l’ennui ! Je n’ose. Je l’invite à s’asseoir à mes côtés , sur la terrasse, à l’ombre des steulitis géants et  des poulicasses nains pour partager l’horizon d’eau, de roches et de ciel mêlés.
- Regardez, on dirait le Sud, et le temps dure longtemps, plus d’un million d’années. Et toujours en été.

Mes arbres rares le fascinent.  


 


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19 juin 2010 6 19 /06 /juin /2010 09:22

 

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Villa Gillet

 

Assis à la terrasse du grand café du Clos Jouve, nous parlions littérature tandis que des jeunes femmes parfumées, dans des robes légères, descendaient le boulevard de la Croix-Rousse, sans doute à la recherche de la Villa Gillet où se tenaient les assises internationales du roman. A leur passage, des supporters aux couleurs de l’Ol, qui attendaient le car pour le stade de Gerland, les sifflèrent gentiment en agitant des pancartes à la gloire de Juninho.


- En fait, j’aurais aimé écrire comme il tire un coup franc.

- Comme Juninho

- Oui, comme Juninho



Coup franc

 

Comme toujours, Juninho a le regard triste. Il attend un long moment, immobile, avant de tirer le coup franc. Le but est loin, à 37 m, ont précisé les journalistes à la télé. Il frappe sans trop d’élan. La balle s’élève haut, à droite, passe le mur, redescend, hésite, puis part à gauche. Le gardien, surpris par ce ballon flottant, plonge en vain. Juninho a marqué. La foule exulte. Il sourit.

 

 

 

http://www.villagillet.net/section/0/21
http://www.dailymotion.com/video/xj60t_tous-les-coups-francs-de-juninho_sport

 

 

 

 

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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 09:13

 

le-monde-2.jpg

 

 

 

 

Sarah SZE

Untitled (Portable Planetarium), 2009

 

 

 

 

Son truc, c’est de s’intéresser aux grandes causes du monde. Il me reproche avec mépris mon nombrilisme : - Oh, toi et  tes petits problèmes!  

Je lui lui réponds souvent : - Tu sais, d’où je suis, y a que moi qui compte!  

Je passe mon temps chez moi, de la chambre au salon, par la case cuisine, pas à pas, seconde décomptée après seconde, tandis que lui, fulgurant, encyclopédique, traverse le monde et les siècles.

Je pense inlassablement le quotidien, le banal, l’intime.  Lui, brasse l’Histoire. D’un  insecte écrasé, d’un rhume, je fais  mon miel, un roman, une aventure.  Il ne peut écrire que sur fond de génocide ou de révolution.

Je lui dis souvent : - Regarde-toi dans un miroir, tout y est, tu as le monde à domicile, Pourquoi aller chercher ailleurs ?   
 

Un jour, il me traite d’auto-centré et c'est le mot de trop.  Haineux, nous en venons aux mains. Quand je lui plante dans le ventre le couteau de cuisine, sur son visage, plus que la douleur, je lis la surprise.

Un coup de couteau, bien placé, et voilà un corps qui se vide. La baudruche se dégonfle et le monde, brutalement, rétrécit.  Dans le sang et la mort, l’universel rejoint  l’anecdotique. Et vice-versa. CQFD.

 


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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 16:44

 

verres.jpg

 

 

 

Le médecin spécialiste qui me soignait n’est plus. Suicidé. Sans raison. C’est mon généraliste qui m’a appris la nouvelle. Avec précaution. Il sait que je suis sensible.

Je le connaissais peu, ce spécialiste, je ne l’avais vu qu’une fois. Mais le courant est passé. Je suis sorti en forme de sa consultation. Du coup, je l’aimais bien.

J’ai des regrets. Si j’avais pu lui dire, - « Docteur, je vous aime bien, j’ai besoin de vous ». Peut-être que ça l’aurait aidé dans ce moment difficile ? Un malade, c’est fait aussi pour ça.

Mais comme il m’avait presque guéri, j’ai tardé à lui faire cette seconde visite.


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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 15:55

 

 

 

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Je suis capable de tenir en équilibre à la pointe du pied, pendant de longues minutes, un balai posé sur son manche. Une fois j’ai même dépassé l’heure. C’est une activité  ennuyeuse et certainement peu télégénique. N’empêche, enfant, j’ai découvert, par hasard, ce don, le seul que je me connaisse, et l’ai entretenu en m’entraînant.  J’ai de la chance. Tout le monde, ne peut se dire, comme moi : « j’ai trouvé ce que je sais faire ».


Je pense au saut à la perche. A tous ces hommes et ces femmes de par le monde dont le seul don est de sauter à la perche mais  qui, comme elle ne leur sera jamais tendue, ignoreront toute leur vie qu’ils auraient pu sauter très haut avec. Combien de Serguei Boubka et de Yelena Isinbayeva oubliés ?



On me dit que la plupart des individus ont un don qu’ils n’ont jamais eu la chance de découvrir.   C’est certainement juste. Du coup je regarde d’un autre œil mon voisin. Mon voisin, un homme doué? Quand même, je doute. Quel pourrait bien être ce don qu’il n’a pas découvert ?

 


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7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 16:15

 

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C’est temps libre. Je lis négligemment « Terrasse à Rome » assis à la terrasse d’un café romain. Elle, que j’avais repérée pendant la conférence, m’a vu.
C’est ce que je souhaitais. Elle s’approche et se risque:
- Vous aimez Quignard?
- Certaines phrases.
- Comme ?
- Ce que dit Meaume « Chacun suit le fragment de nuit où il sombre ».
- C’est joli.

Devant mon air surpris, elle ajoute aussitôt, dans un petit rire et en imitant James Bond:
-  Meaume…Jolie Môme…
Qu’une femme d’allure aussi fine puisse sortir pareille plaisanterie dans cet endroit magique sur un tel sujet à un homme comme moi qui représente assez bien, je crois, la fine fleur de l’intelligentsia européenne, m’accable.
Ainsi, j’aurais porté un bob Ricard sur un marcel crasseux, étalé mon “Equipe” sur les restes d’un jambon-beurre devant une Kronembourg basique, que c’eût été tout comme !
Le coup est rude, mais je réagis en gentleman. Je me force à sourire, me fends d’un « très drôle » et, pour me mettre sans équivoque à hauteur de la belle, soulevant un coin de fesse droite, laisse filer un pet sonore et nauséabond du plus bel effet.
C’est réussi. Elle rit aux éclats, s’assoit à ma table et dit:
- Je vous observe depuis le début du colloque et je savais bien que, comme moi, vous n’étiez pas de leur monde »

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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 07:53

 

dessins.jpg 

 

 

Elle lui dit qu’elle l’a mis dans son tableau.
- La tache, au fond à droite, c’est toi.
Il l’aperçoit en effet, cette tache, qui bave un peu sur le ciel. Il s’éloigne, se rapproche, se décale pour voir l’effet produit.
Il lui fait remarquer qu’il y a aussi des taches ailleurs.
- Oui, oui, c’est sûr, je connais plein de monde.
Il est furieux qu’elle se moque, mais ne dit rien.
Ce soir, il trempera sa plume dans l’encre froide pour la coucher, seins nus, sur papier glacé.

 


 

 

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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 16:05

 

foot

 

Fragment du mur de Dan Perjovschi

Dessin à la craie

(Xème Biennale d'art contemporain de Lyon)

 

 

 

Pendant la dictature, le stade de foot  servait de lieu de détention. Comme le colonel était un ancien arbitre, il faisait en sorte que les prisonniers soient abattus par groupe de onze dans la surface de réparation, - une belle équipe, disait-il. Ça lui rappelait le temps où  sortant un carton rouge de sa poche et désignant du doigt le point de penalty,  il décidait  du sort de la partie. L’endroit était aussi idéalement placé, près de la fosse ombragée d’un sautoir. 

 
Pendant les périodes de démocratie, le stade était rendu à sa fonction première. Souvent, devant  l’extraordinaire engouement que connaissait le football, on était obligé de l’agrandir  pour qu’il puisse accueillir davantage de public.

- Cela pourra toujours servir, disait  notre colonel redevenu arbitre.

 


 


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12 mai 2010 3 12 /05 /mai /2010 13:28

 

 

usage-1.jpg 

 

 

 

- Viens-tu ?
C’est une petite prostituée, dans une ruelle près des quais. J’ai failli ne pas comprendre sa question. Je m’enquiers du prix :
- Combien est-ce ?
J’acquiesce alors de la tête et la suis.

 


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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 17:33

 

 

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Quand le toubib lui apprit  qu'il souffrait d’une bursite du gros trochanter,  il comprit tout de suite la difficulté qu'il aurait, dit comme ça, à convaincre son entourage que ce n’était pas une maladie honteuse. Il opta  alors pour ne déclarer qu’un banal problème de hanche.
En fait, comme souvent ceux qui débutent au golf, rêvant d’égaler Tiger Wood, il
 voulait taper le plus fort possible dans la balle. La tête de son club passait alors invariablement  au-dessus  de la balle et il effectuait ainsi, pour rien, à toute vitesse et tournant sur lui comme une toupie, ce que les spécialistes nomment un air shot.  De tous les coups manqués au golf, c’est  le plus humiliant.  A le répéter à chaque séance, il s'était détruit aussi physiquement.  Le corps, à la longue, se fatigue de la maladresse.
Bien sûr,  il ne pouvait raconter ça à personne.  Il répondait donc à ceux qui lui demandaient pourquoi il boitait, qu'il s’était fait mal à la hanche en bêchant son jardin.  Par ces temps de crise économique, c’était une explication qu'il jugeait plus convenable.


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