sapins2

 

 

Je suis si heureux de te faire plaisir !


Il a son bon sourire et pourtant la phrase me glaçe. Depuis toujours, il n’est que mots gentils, attentions, menus services, petits cadeaux. Il trouve toujours un prétexte pour me faire plaisir. Mais, à la fin, trop, c’est trop ! Aujourd’hui comment lui dire, sans le rendre malheureux, tant il semble heureux de me faire plaisir, que de me faire plaisir, ça ne me rend pas heureux ?

 

Devant lui, j'ai trop longtemps fait semblant d’être heureux. j'ai mimé la joie, trépigné, poussé des petits cris, je l’ai serré dans mes bras, en lui disant merci, merci, mille fois merci, ce que tu es gentil ! Autant de réactions qui, hélas, l’ont conforté dans l’idée qu’il me rend  heureux en me faisant plaisir.

 

Il est devenu cette araignée bienveillante qui a tissé sa toile et m'a pris dans les fils gluants de sa bonté. Je vis l’enfer de sa prévenance obsessionnelle. J'aurais tant aimé qu’il me donne au moins une fois une raison de ne pas l’aimer, au moins une fois une raison de penser que mon amour pour lui puisse être déraisonnable.

 

Mais c’est bien tard pour lui avouer que ce que j'aime le moins en lui c’est son excès de bonté, de prévenance, d’amabilité, de politesse, de courtoisie, cette gentillesse dégoulinante de tous les instants et surtout cette certitude béate qu’il a fini par acquérir au fil des années d’être le bien, le bon, le juste, le droit, le meilleur dans sa seule personne incarnés. Oui, je lui ai laissé trop longtemps le champ libre sur le créneau de la bonne humanité. Par ma faute, il a  pris la grosse tête, a enflé des chevilles, bref, à gonflé de partout.

 

C’est maintenant un être bouffi de bonté, sorte de baudruche géante, monstrueuse, effrayante de vertu, faisant de moi par comparaison une mesquine  chambre  à air de méchancetés. Que n’entend-il pas l’effroi, mais aussi la sourde menace, dans ma voix quand je lui réponds avec un sourire de supplicié, tu es trop gentil, beaucoup trop gentil !

 

Et ce qui devait arriver arriva : le jour de Noël, je me suis enfin décidé  à lui offrir ma petite boîte de chocolats empoisonnés. Oubliant que dans son implacable générosité il voudrait sur le champ les partager avec moi...

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