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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 09:46

 

série noire 2

 

- On vient te violer !
- Entrez donc !
Je referme la porte et regarde ma montre.
- Mais c’est l’heure du laitier !
Maud m’embrasse comme d’habitude sur la bouche et Damien me tapote la joue.

Ensuite, nous poussons des AAhhh!, des OOhhh!, et faisons couiner le canapé, Coooin!, Coiiin!.
Après ça, comme il fait beau, nous déjeunons sur la terrasse. La conversation est plaisante. Fine mouche, Maud me demande comment vont mes fesses. Damien rit de bon cœur.
Je tiens à les raccompagner jusqu’à la gare. Du studio, ce n’est pas loin, on ira à pied. On s’arrêtera à la banque, je leur donnerai l’argent.

Au distributeur, Maud se prend en pleine tête une balle perdue. Damien s’enfuit. C’est comme s’il n’avait pas existé.
Je passe sur l’agitation qui suit. Indescriptible. Maud est morte.

Je rentre tard, épuisé de questions et d’attentes. Notre maison est isolée dans la campagne. La route m’a semblé interminable.
Damien se tient à l’entrée, inquiet. Comme d’habitude il me tapote la joue.
- Comment va Maman ?

 


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18 septembre 2010 6 18 /09 /septembre /2010 07:48

 

série noire 2

 

Il n’y a plus de client dans la boutique.  Jules n’a pas le crâne rasé et ne vote pas FN. Jules n’est pas un adepte de l’autodéfense. Au contraire, il a  cette bonne tête du brave gars qui milite pour les droits de l’homme et pense à gauche. Tout  se passe donc comme prévu. Paniqué, il ne voit pas que je le braque avec ce jouet de pacotille, une mauvaise imitation faite en Chine achetée  au bazar du coin. Sans que je demande rien,  il met l’argent de sa caisse  dans ma sacoche  et s’allonge  derrière le comptoir,  mains sur la nuque, comme il a vu faire dans les séries télé. Après avoir enlevé ma cagoule et mes gants,  je peux sortir  aussi tranquillement que je suis entré. Deux rues plus loin, je  monte dans le bus. Il est bondé. Un  lycéen se lève immédiatement pour me laisser sa place.

- Tenez Monsieur!

- C’est bien, jeune homme d’avoir pitié de mon grand âge !

Il sourit timidement. Je me  dis  qu’on est vraiment  injuste avec la jeunesse.

Alors, calé sur mon siège, les bras croisés sur la sacoche, les yeux clos, je me laisse aller jusqu’au terminus dans un demi-sommeil. Une fois rentré à la maison, je compte mes sous… Mon complément retraite !  Puis les planque sous les lattes du parquet de la salle à manger, comme j’ai vu faire dans les séries télé.

Il finira par appeler. Au téléphone, mon petit Jules a sa voix blanche des mauvais jours :

- Grand-père, c’est terrible !  Je me suis encore fait braquer ! 

 


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31 août 2010 2 31 /08 /août /2010 08:37

lac.jpg

 

 

Ma minuscule tente était montée au bord du lac dans un endroit isolé. Pour l’atteindre, il fallait traverser de dangereux éboulis. Je pouvais installer mes lignes en toute tranquillité et passer les nuits  sans attirer l’attention.  

Je remarquai deux randonneurs qui se baignaient sur la rive opposée.  Moins courageux, l’homme mit plus de temps que la femme à entrer dans l’eau. Nu, il avait attendu sur la berge, le buste légèrement replié,  se protégeant la poitrine avec les bras, ses mains  frottant ses épaules.  Enfin, il  s’était décidé. Je les avais vus nager ensemble puis disparaître derrière un rocher blanc. Je reposai mes jumelles et n’y pensai plus. Mais, en fin d’après-midi, je vis que la randonneuse repartait seule.  L’homme maigre avait disparu.

Le lendemain, ils revinrent et les jours suivants. Pendant toute une semaine, je les observai. Toujours le même rituel: la femme entrait dans l’eau la première, l’homme maigre hésitait, puis ils disparaissaient en nageant derrière le rocher blanc. Ensuite, la femme redescendait seule dans la vallée.  

Ce qui me sidéra, c’est que l’homme maigre n’était jamais le même! Chaque jour, donc, cette femme changeait de compagnon.

Un matin, bien sûr, je passai sur l’autre rive. J’attendis. A l’heure dite, elle arriva, mais seule. Comme prévu, elle n’était pas timide.  Très vite, elle proposa que je me baigne avec elle. Elle se déshabilla, fut aussitôt dans l’eau, tandis que je restais au bord, hésitant.

Elle m’encouragea - Venez, vous verrez, elle n’est pas froide, on est bien. J’entrai alors dans l’eau glacée en tremblant puis nageai avec elle jusqu’au rocher blanc.

 

 


 

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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 07:00

 

série noire 2 



« Tu sais bien qui tu es et ce que tu as fait »
On  prend rarement ça pour un compliment, surtout si c’est écrit dans une lettre anonyme qu’on vient de recevoir. Et les honnêtes gens sont  plus touchés que les vrais salauds car leur inévitable part d’ombre les rend davantage honteux.  

« Tu sais bien qui tu es et ce que tu as fait »
Avec cette phrase, on peut mettre le feu à tout un village.

 Et moi, ce que j'aime plus que tout, c'est faire souffrir les honnêtes gens.


Alors, j’ai laissé tomber au hasard mon doigt sur la carte de France : ce fut Fontanges, un petit bled dans le Cantal, près de Salers. J’ai noté des adresses dans l’annuaire téléphonique et envoyé les lettres. Pour brouiller les pistes, j’ai posté de différents quartiers de Paris. Je me disais que, peut-être, cet été, je me rendrais là-bas, en touriste, constater les dégâts : des divorces, des dépressions, des suicides? Combien? Et peut-être même un crime ? J’étais tout excité  par cette comptabilité sordide. Et puis, comme toujours après mes mauvais coups, j’ai été pris de remords et j’ai oublié tout ça.

Un jour, j’ai reçu une lettre. Elle était postée de Salers dans le Cantal. Et ça m'a fait tout drôle quand j'ai lu :
« Tu sais bien qui tu es et ce que tu as fait »

 


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7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 16:01

 

 

 

troll2.jpg

 



- Vous avez une laideur intéressante.
C’est ainsi qu’elle l’avait réconforté lors du souper qu’ils avaient passé en tête-à-tête.
Mais, ensuite, comme il l’avait raccompagnée à la porte de son hôtel, elle le laissa à l’entrée, et lui serrant la main :
- Pensez à me donner de vos nouvelles après votre petite opération du nez.

 

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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 07:39

 

montagne2.jpg



Je la rencontre lors d’une course en  montagne au croisement des deux sentiers qui vont de la vallée jusqu’au sommet du Poschachkogel. Comme tous les jours, j'ai pris la variante sportive. Il fait un temps de chien et nous sommes certainement les seuls de l’hôtel à avoir osé sortir. Elle s’appelle Natacha, ce qui n’est guère plausible, et parle avec un accent slave,  mais se débrouille bien en français. Nous décidons de poursuivre ensemble. Par temps clair, c’est une promenade facile. Aujourd’hui,  il faudra quand même être prudents.

Nous nous étonnons de ne nous être jamais rencontrés auparavant à l’hôtel.  Le matin au petit-déjeuner? Ou le soir au dîner? La salle à manger est vaste et il y a beaucoup de clients en cette saison, mais quand même, c’est étonnant! Peut-être que maintenant avec nos gros anoraks, les lunettes, la capuche et le bonnet, nous ne sommes plus très ressemblants à ce que nous sommes à l'hôtel! Il faudrait nous déshabiller. Nous éclatons de rire comme des gamins. Et pourtant nous en  avons passé l’âge! Comme elle est étrangère, je parle  lentement et j’aime bien cette manière qui donne du poids à mes paroles et de la profondeur à ma pensée. Du moins c’est l’impression que j’ai. Souvent, j’ai remarqué que mes plaisanteries font davantage rire les étrangers qui comprennent plus ou moins bien le français que mes compatriotes.

Notre conversation, débarrassée de son gras, va donc à l’essentiel. Aussi, à mi-chemin, comme nous nous entendons bien, nous envisageons qu’il sera peut-être possible de faire l’amour, mais une fois rentrés à l'hôtel, bien sûr, au chaud!  Avant le bol de chocolat!  Le Falknerhof Hotel l'offre traditionnellement, comme goûter, vers les 16 heures avec son énorme part de gâteau aux noix. C’est compris dans le prix de la pension. Oui à l’hôtel, ce sera quand même mieux qu’ici, plus confortable ! Et  nous pouvons quand même attendre, nous ne sommes pas des gamins, pas des bêtes non plus !   Nous éclatons de rire. Une fois l’accord conclu, comme le brouillard est de plus en plus épais, nous décidons  de regagner la vallée.

C’est alors que les choses se gâtent. Voilà qu’elle me dit qu’elle souhaiterait plutôt faire l’amour après le goûter qu’avant, nous aurons tout notre temps, et  nous serons reposés, mais  moi je préfère avant, parce que ça me met en appétitet puis  après avoir mangé, j’ai plus envie de dormir qu’autre chose, et puis c’est ce qu’on avait dit, on ne peut revenir là-dessus. J'ai dit ça en élevant la voix, elle ne répond pas. Nous descendons en silence. Je ressasse mes arguments et lui en veux terriblement  d’avoir changé la donne. Mais je ne céderai jamais. Dans notre couple en devenir, sur cette question futile, je sais qu'il y a un véritable enjeu  de pouvoir. Le charme est rompu. Ce n’est qu’une sale  pute venue de l’Est et sans doute même payée par l’hôtel pour appâter le client. Pour qui  me prend-elle ?  Ce qui est sûr, c’est que je n’ai plus rien envie de partager, ni le chocolat, ni le gâteau aux noix, ni l'amour.

Nous nous séparons à l’endroit même où quelques heures auparavant nous nous étions rencontrés,  Restons en là, Madame! Prenez le chemin que vous voulez,  je prendrai l’autre. Elle ne dit rien, ne se retourne pas, je la regarde s’éloigner. La garce m’a laissé  le chemin  dit "des familles" que je déteste !  Sous son  déguisement de montagne, à  quoi pouvait-elle bien ressembler ? Je vais la suivre de loin sans me faire remarquer jusqu’à l’endroit où le sentier passe sur une dangereuse corniche.

 


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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 14:26

 

 village.jpg

 

 

Je voulais absolument participer à la vie du village.
Pour bien montrer que je ne plaisantais pas,  je lui ai mis une balle dans le genou. Dès lors notre conversation a pris un autre tour. J’ai obtenu très vite du secrétaire adjoint tous les renseignements que je souhaitais pour adhérer à la société de chasse de la commune. Avec le club de pêche, ce me fut plus compliqué d’enfoncer un hameçon de 13 dans le gosier du trésorier.

 


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5 mai 2010 3 05 /05 /mai /2010 15:54

 

 série noire 2



Betsy voulait son meurtre. Ses yeux brillaient, sa voix suppliait :
- Dis, on va la tuer, on va la tuer, promets qu’on va la tuer, promets ! 
J’éclatais de rire :
- C’est promis. Tu y tiens tellement ? 
- Plus que ça ! Tu me laisseras faire ! Tu verras, ce sera classe.
Elle était rayonnante. Pour me remercier, elle me fit un gentil baiser.

C’est horrible ce qu’on a fait ! C’est horrible…Peut-on aller plus loin ?
Difficilement Betsy, si Dieu existe, nous serons damnés. 
Betsy avait l’air d’un ange, elle posa la tête contre mon épaule :
- Tu me tueras avant l’aube, je ne veux pas voir le jour. Les journaux, les flics, les ambulances, ce sera moche. 

L’ivresse était retombée. Envie que tout s’efface, rejoindre Touna la tendresse, me blottir dans le lit chaud, m’endormir contre son corps. Demain, cela ne serait qu’un mauvais rêve.
La voiture avançait tous feux éteints. Nous descendions vers le fleuve. Roulons encore Betsy.

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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 14:41

 

 

 fond

Récemment, Xavier me demandait quel était le coup le plus jouissif au tennis. Je lui en donnai trois : la volée amortie de coup droit (la raquette reste en suspens au niveau de l’épaule), l’amortie de revers de fond de court, et le passing de revers décroisé le long de la ligne. Mais j’ajoutai qu’ils n’étaient jouissifs que dans la conclusion d’un échange, dans l’aboutissement d’un plan de jeu. Sommé de choisir, je retins la volée amortie, pour le sentiment de puissance maîtrisée qu’elle procure, cette générosité perverse qui transforme une gifle en caresse mortelle.
Un quidam, qui buvait au bar à nos côtés, interrompit la conversation pour dire qu’il trouvait nos propos futiles.
Mon ami brisa alors une bouteille sur le rebord du zinc et d’un geste vif lui trancha la gorge.


 


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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 08:23

 

 

 

 

rue

 

 

 

 

Une belle blonde est assise en face de lui. Assurément vulgaire et stupide. Monsieur le Directeur des Etudes Comparatives au Ministère porte un jugement sans indulgence sur les gens. Quand on lui demande comment il  est arrivé à cette haute fonction, ll répond que, même dans une démocratie, il faut bien quelqu’un pour s’occuper des chiottes. Alors la conversation tourne court. C’est bien, il n’aime pas parler.
Contrairement aux autres Grands Directeurs, il met un point d’honneur à prendre les transports en commun. Comment comparer sans voir ? Alors il voit. On le voit aussi, et surtout ses chaussures.  Dans son train de banlieue, il est le seul à en avoir d’aussi belles, si chères, si lustrées. De lui, on ne voit qu’elles. La blonde les regarde. La chaussure, c’est l’homme, avait-il dit un jour à ses collaborateurs qui n’avaient su qu’en penser.

Encore trois arrêts. Il reste peu de monde dans le wagon. Monsieur le Directeur ferme les yeux.

Ce sera dans la rue Mortensen, près du square, l’endroit idéal. On vient d’y installer quatre bancs en métal vert.
La petite bande, trois hommes, une femme, s’abattra sur lui, le bousculera, l’insultera. Il devra donner sa montre, son  téléphone portable, son portefeuille, ses godasses, enlève les, vite, plus vite, dépêche, connard ! Il se retrouvera, ridicule, en chaussettes, alors il entendra la fille suggérer une sodomie. On l’arc-boutera  violemment sur le dossier du banc, slip arraché, jambes  écartées, sexe empoigné, tête relevée, tirée vers l’arrière par les cheveux. La femme le regarde dans  les yeux à l'instant crucial.  Tout le temps, elle a filmé la scène avec son  téléphone et décrit en même temps ce qui se passe, puis dit  « C’est fait ». Sur sa nuque, le Grand Directeur a senti un souffle tiède, un homme dans son dos a gémi. Les autres se taisent, attendent leur tour, peut-être, sagement, comme dans un rêve.


Le train s’arrête.  Il ouvre les yeux sur ses chaussures, il débande. La blonde le regarde.  Si elle savait. Comme souvent à cette heure tardive, il est le seul passager à descendre. Il attend un instant sur le quai que le train disparaisse. Il a pu apercevoir la fille blonde qui téléphonait.
Il sort de la gare par la porte sud. Traversant rapidement la petite place déserte, il prend à droite la rue Viggo Mortensen.

 


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