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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 14:52

 

                                      La môme néant (Jean Tardieu) 

 

           

statue

                        Quoi qu'a dit ? - A dit rin.

                        Quoi qu'a fait ? - A fait rin.  

                        A quoi qu'a pense ? - A pense à rin.                                    

 

 

                        Pourquoi qu'a dit rin ?

                        Pourquoi qu'a fait rin ?

                        Pourquoi qu'a pense à rin ?

                                       - A' xiste pas.


 

      Interview de Jojo la déprime.


- Comment tu passes tes journées ?

 

- Je vais sur mon blog voir s’il y a des commentaires. Y en n’a pas. Personne le lit, mais moi je lis pas celui des autres. Je modifie un peu les textes. L’ordre des phrases. Les mots. Ça sonne plus juste. Ça change un peu le sens. J’aime bien. Le temps passe vite comme ça.

 

-Tu as peur de t’ennuyer ?

 

- Non j’aime bien. Quand on peut s’ennuyer un peu, c’est preuve que tout va bien, qu’on n’a pas de gros emmerdes

 

- Et tu fais pas autre chose ? Tu sors pas ? Tu essaies pas de voir des gens ?

 

- Sortir, voir des gens, c’est compliqué, il faut se laver,  se raser, s’habiller, se mettre présentable, faire une conversation. Avoir un plan quoi. C’est du boulot.

 

- Mais là, avec ton blog tu as bien envie de dire quelque chose à quelqu’un ?

 

- Non, pas vraiment, c’est une contenance, oui tu sais, comme le journal qu’on tient dans ses mains pour ne pas avoir les mains vides, mais on ne le lit pas, ce pourrait être n’importe quel journal, c’est une contenance. Faire des phrases, ça donne une contenance à ma vie, c’est tout. Sans ça, je crois que ma vie aurait l’air bête.

 

- Et tu répondrais à quelqu’un qui réagirait à ce que tu écris ?

 

- Non, trop compliqué de parler avec des gens qu’on ne connaît pas, il faut comprendre, se faire comprendre. C’est du boulot.

 

- Pourquoi tu parles avec moi ?

 

- Avec toi, c’est pas pareil, j’ai pas besoin de me forcer, je peux dire n’importe quoi, même m’arrêter de parler, c’est gênant pour personne. Toi tu es comme moi, t’existes pas.

 

 

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13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 09:15

 

 frontieres.jpg

 

 

Régis Debray fait l'éloge des frontières (Gallimard). Il a raison.    

Sans frontière, plus d'ailleurs, plus de fuite, plus de refuge, plus de salut, plus de terre promise, plus d'Eldorado. Se sentir partout chez soi, c'est être un peu nulle part, c'est le monde transformé en hall de gare, en salle des pas perdus. Vous allez où? Je vais chez moi. Et vous venez d'où? Je viens de chez moi. Et vous êtes où ici? Je suis chez moi. Triste, triste d'être partout en pays de connaissances! Sinistre, la mondialisation de l'home (!). Où pouvoir cultiver sagement désormais son petit lopin de terre si la terre entière est notre jardin? Où trouver son petit coin de paradis? Et puis l'intelligence a ses limites et la bêtise est sans frontières.

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16 août 2011 2 16 /08 /août /2011 16:03

 nocturnes.jpg

 

«  A la chûte du jour, Du-Hameauneuf et moi nous paffions de la rue Bailleul par l’hôtel d’Aligre, dans la rue Saint-honoré, quand nous aperçumes une jeune Paysanne, d’environ 16 ans brunie par le hâle : Elle marchait à-côté d’une Petite perfone en-blanc, affés coquettement vêtue, ét très provoquante ! Nous primes Celle-ci pour une Ouvrière en –modes. Les deux Filles nous regardèrent, ét rentrèrent auffitôt, en nous attendant un peu  au –bas de l’efcalier. Nous ne doutames plus de ce qu’elles étaient, et nous alames à elles. »

 Restif de la Bretonne,   Les nuits de Paris (La petite paysanne trompée).

 

Heureux Restif dans ses virées nocturnes à Paris! Les nuits d’insomnie, ici, au village? Il y a  si peu de rues à courir qu’y rencontrer un chat serait l’Aventure.

 

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15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 12:56

 

 

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Comme on lui piquait ses revues dans la salle d'attente (sauf celles sur le foot!) le toubib a fini par ne plus en mettre. On lui a volé aussi le papier hygiénique et le savon dans les toilettes. Ici, au village, c'était du jamais vu! Aussi, désormais, quand je vais consulter, j'apporte ma lecture. Pour le reste, je prends mes précautions. Aujourd'hui c'était "Choir" d'Eric Chevillard (Les Editions de Minuit) et ça tombait bien parce que j'avais le moral dans les chaussettes. En attendant mon tour, j'ai pu lire les 64 premières pages et ça m'a requinqué. Me demandez pas trop pourquoi, mais c'est plein de phrases qui sont de petits bonheurs. Je vous en donne une "On ferait un bosquet peut-être en rapprochant les arbres, puis en les liant un fagot". Moi, cet agencement du monde par la phrase, ça me fait chaud au coeur. Du coup, quand le médecin m'a fait entrer dans son cabinet et m'a demandé comment ça allait, j'étais encore sur mon petit nuage et j'ai répondu trop vite, sans réfléchir:

- Mais très bien Docteur !



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19 novembre 2010 5 19 /11 /novembre /2010 09:25

 

cercles.jpg

 

L’ennui avec l'ennui, c'est qu'on s'ennuie.


 

Jamais, je n'ose franchir la porte, traverser la rue, m'inquiéter de la santé d’autrui et parler de la pluie et du beau temps à la crémière.

 

Ce soir, bonne fille, la lune me distrait, comme un point sur le clocher jauni.

D'autres soirs, c'est le vent ou la pluie, une étoile. Et d'autres choses aussi dans le genre romantique.

Mais puis-je uniquement me satisfaire de rêves, m'acoquiner d'ombres?  Vivre d'épure et d'eau fraîche?

Que nenni !

 

Pour ne pas tomber fou, urgent donc que je commande sur internet un animal de compagnie.  

 

 



 


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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 08:14

 

 

poissons-rouges.jpg 

  les poissons rouges (fragments)  François Denis (Festival de la pluie).

“Si je traverse au vert, avec ce trafic, jamais l’autre n’osera me suivre. Je prends le risque…”

(extrait de roman)

Entre nous, c’est un risque facile à prendre, puisque Je, c’est Moi qui écrit l’histoire. Donc, avant de m’engager sur la chaussée, je sais déjà que je m’en suis sorti.

L’Autre?, Lui, il ignore que je suis  chargé de son histoire... Et, selon Moi, l’Autre, il a intérêt à faire gaffe où il pose les pieds dans le récit.

Bingo! Avant même de lire la suite, aux crissements des pneus sur l’asphalte que suit un bruit sourd, je sais, sans me retourner, que l’Autre, il a osé. Je rigole. Plus que du SAMU, son sort à Lui dépend de Moi !

J’ai alors presque atteint l’autre côté de l’avenue, quand je vois, trop tard, à ma droite, foncer sur Moi  le bus 36. Malédiction! C'était donc Lui, l'Autre, qui racontait l'histoire!

 

Les romanciers sont forts pour les embrouilles.

 

 

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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 12:56

 

 

 arbre-2.jpg



Je reviens d’un colloque sur la poésie. Les intervenants s’y sont vite étripés. Derrière chaque poète se cache un boucher.
Comment expliquer?
En tout homme est un poète qu’il faut saigner.
L’homme n’aime pas le poète qui est en lui.
La poésie est un aveu de faiblesse.

 


 

Exemple 1  

Comme il conduisait sa voiture trop lentement, en le dépassant, je l’ai traité de « poète ».  A sa réaction, j’ai bien vu que, par courtoisie, j’aurais mieux fait de le traiter d’ «enculé».


Exemple 2

J’ai dit à mon voisin que j’écris des poèmes. Il  est désemparé. C’est bien pire que du tapage nocturne. De savoir que j’écris la nuit l’empêche de dormir. Et aucun huissier pour constater le délit.  J’écris sur qui ?
Quand je lui ai montré  mes poèmes, il a dit :
-  Mais ça ne rime à rien !

 

 

 

Tant qu' on ne sait pas lire, la poésie c’est le pied.  L’école hélas n'aime  ni les poètes ni les écoliers.
- Qu’est-ce que la poésie les enfants ?
Un doigt se lève au fond de la classe.
- Je sais, moi je sais, Madame. La poésie, c'est quand on dit par coeur le vendredi avant la récrée. 

 

 

 

La poésie est économe : avec peu de mots, on fait un petit livre qui est peu lu.


La poésie n'est pas économique:  si on tient compte du nombre de mots imprimés et du prix du bouquin, le mot du poète vaut plus  que le mot du romancier. Ecrire un poème et le faire publier, au prix du mot, ça n’a pas de prix.  

Aux éditions de Minuit, il y a des romans aussi courts que des poèmes. Souvent quand un roman est court, c’est qu’il est bien écrit. Du moins, on le dit, comme pour l'excuser.

Bien sûr il y a des poèmes longs. Par exemple, La Légende des siècles. Mais c’est barbant à la fin. On ne lit jamais aussi longtemps.

On ne peut définir la poésie car bien que finissante, elle n’est jamais finie. En tout cas le poète, lui, ne l’est pas bien. La preuve.

La poésie, c’est  laisser aux mots le dernier.

 


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8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 10:18

 

chaussures-3.jpg 



Une fin d’après-midi d’été, assise au bar, une belle randonneuse. Dépasse de son sac de marche, à ses pieds, la tentation d’exister.
Je baratine, pour l’amadouer, que je suis comme Cioran, que j’écris en petit ce qu’il écrit en grand. Que j’ai l’esprit de Cioran, sans la manière. Que, comme lui, « La marche est mon salut ». J’ajoute que, souffrant d’une tendinite, et là je plie la jambe gauche pour tapoter avec l’index mon talon, je ne marche plus.
La jeune femme sourit enfin.
« On ne décrit pas un sourire ». C’est pratique. Définitivement j’aime Cioran.


 

  La tentation d’exister    Cioran (Gallimard)
  Cahiers 1957-1972       Cioran (Gallimard)

 

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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 08:37

 

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En 1965, mon prof de français me fit traduire en conseil de discipline pour mauvaise foi intellectuelle caractérisée. Heureuse époque ! Nous avions un différent d’interprétation, mais que j’avais porté haut et fort sur la place publique, d’un texte de Camus où il était question d’un homme qui gesticule dans une cabine téléphonique. C’était évidemment absurde! On reconnut mon prof dépressif et je fus acquitté.

 

Ne me souvenant plus de quel livre l’extrait était tiré, j’ai tapé sur Google : « Camus et cabine téléphonique ». On obtient 1520 résultats.

Si on clique sur le  site  (www.vallee-hien.fr/france) de la Communauté de Communes de la Vallée de l’Hien (Isère) à la sous- rubrique « Histoire de Commerces » (rubrique « Culture et patrimoine »), on apprend que dans le petit village de Succieu, Madame Camus a tenu avec son époux (jusqu’en 1978) un bar-restaurant, épicerie, bureau de tabac, cabine téléphonique, dépôt de gaz et dépôt de pharmacie de première nécessité.
Elle dit :
A l’époque, on trouvait de tout chez Camus : alimentation générale, vaisselle, petite quincaillerie, fournitures scolaires, tabac, presse, articles de pêche et j’en passe. Avant d’aller se ravitailler à Bourgoin, les gens passaient d’abord chez nous et neuf fois sur dix, trouvaient ce qu’ils cherchaient, faisant ainsi l’économie d’un voyage en ville… A nos débuts, il n’y avait dans la commune que trois abonnés au téléphone. Les messages urgents passaient donc par un moyen de communication obsolète aujourd’hui : le télégramme. Nous étions habilités par les PTT à prendre le message sous dictée, le cacheter et l’apporter au domicile du destinataire et quand on voyait passer le père Camus déguisé en fend-la-bise sur son vélomoteur, on le savait porteur d’une nouvelle, bonne ou mauvaise, mais d’une extrême importance …

Plus loin, sur le site www.voguentleshistoires.com, on peut lire cet étrange message  que je retranscris tel quel :
« L’étranger, de Albert Camus
libéré par mouloud le 05/01/05 à MARSEILLE - 7ème - dans une cabine téléphonique à Saint-Victor
»

Pour le temps perdu et retrouvé, mieux que Proust, les moteurs de recherche.

 


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17 avril 2010 6 17 /04 /avril /2010 10:30

cube-2.jpg

 

 

 

Il s’agace de ne pas comprendre les propos du philosophe. Dans le silence de la chambre un moustique interrompt sa lecture. Il essaiera longtemps de l’aplatir avec le livre de Derrida. En vain…
Il s’endort dans l’ inquiétude d’être piqué. Le Maître est oublié.
Que peut la nuisance d’une pensée face à la détermination de l’insecte ? Ou vice versa.

 


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