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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 10:53
ROUGE

Une couleur

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 10:14

sapins2

 

 

Je suis si heureux de te faire plaisir !


Il a son bon sourire et pourtant la phrase me glaçe. Depuis toujours, il n’est que mots gentils, attentions, menus services, petits cadeaux. Il trouve toujours un prétexte pour me faire plaisir. Mais, à la fin, trop, c’est trop ! Aujourd’hui comment lui dire, sans le rendre malheureux, tant il semble heureux de me faire plaisir, que de me faire plaisir, ça ne me rend pas heureux ?

 

Devant lui, j'ai trop longtemps fait semblant d’être heureux. j'ai mimé la joie, trépigné, poussé des petits cris, je l’ai serré dans mes bras, en lui disant merci, merci, mille fois merci, ce que tu es gentil ! Autant de réactions qui, hélas, l’ont conforté dans l’idée qu’il me rend  heureux en me faisant plaisir.

 

Il est devenu cette araignée bienveillante qui a tissé sa toile et m'a pris dans les fils gluants de sa bonté. Je vis l’enfer de sa prévenance obsessionnelle. J'aurais tant aimé qu’il me donne au moins une fois une raison de ne pas l’aimer, au moins une fois une raison de penser que mon amour pour lui puisse être déraisonnable.

 

Mais c’est bien tard pour lui avouer que ce que j'aime le moins en lui c’est son excès de bonté, de prévenance, d’amabilité, de politesse, de courtoisie, cette gentillesse dégoulinante de tous les instants et surtout cette certitude béate qu’il a fini par acquérir au fil des années d’être le bien, le bon, le juste, le droit, le meilleur dans sa seule personne incarnés. Oui, je lui ai laissé trop longtemps le champ libre sur le créneau de la bonne humanité. Par ma faute, il a  pris la grosse tête, a enflé des chevilles, bref, à gonflé de partout.

 

C’est maintenant un être bouffi de bonté, sorte de baudruche géante, monstrueuse, effrayante de vertu, faisant de moi par comparaison une mesquine  chambre  à air de méchancetés. Que n’entend-il pas l’effroi, mais aussi la sourde menace, dans ma voix quand je lui réponds avec un sourire de supplicié, tu es trop gentil, beaucoup trop gentil !

 

Et ce qui devait arriver arriva : le jour de Noël, je me suis enfin décidé  à lui offrir ma petite boîte de chocolats empoisonnés. Oubliant que dans son implacable générosité il voudrait sur le champ les partager avec moi...

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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 15:08

 

 lignes

 

 

L'article du blog ne va pas, il clique sur la fonction "supprimer".  C'est pratique. Il se refait une virginité à bon compte.

Il a de plus en plus de plaisir à supprimer ce qu'il  écrit. De là à n'écrire que pour le plaisir de voir disparaître ce qu'il écrit... La tentation du blog invisible?

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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 10:12

 

 

 foot

Fragment du mur de Dan Perjovschi

Dessin à la craie

(Xème Biennale d'art contemporain de Lyon)

 

 

 

 

 

 

 

 

Il se jouait de la complexité des surfaces de réparation, manquait tomber au point de penalty,  gardait comme  par miracle dans les pieds le ballon qu’il accompagnait ensuite, tandis que s’enflait la rumeur de la foule, dans l’entrelacs des jambes et des corps adverses jusqu’au fond des filets. Cet avant-centre aimait l’inextricable.


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26 novembre 2013 2 26 /11 /novembre /2013 14:28

 


OL.jpg

 

 Elle le traitait comme un caniche, lui demandait des petits baisers, désignait avec le doigt le coin de la bouche où il devait les poser. Elle lui faisait porter aussi son minuscule sac.

Un dimanche après-midi où il avait prévu d’aller voir jouer « les verts » contre l’OL à Geoffroy-Guichard, un derby, ça ne se manque pas ! Elle insista, j’aimerais tant que tu restes avec moi. Comme il hésitait, elle posa l’ultimatum,  c’est moi ou le foot !
Tout se décida en fin de seconde mi-temps : à la 81ème minute, Rachid Mekloufi donna la victoire aux stéphanois. Alors, dans la tribune Henri Point, il se dressa, bras levés, poings serrés, et hurla sa joie.

 

 

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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 09:01

 Cairnryan-2.jpg

 

 

 

 

  Il n’y a rien d’autre à Cairnryan que le départ du ferry. La traversée jusqu’à Larne dure 2 heures dans une sorte de cafétéria flottante aux relents de cantine. La mer est calme. On n’est pas dans l'épopée marine. Pas de corsaires, pas de flibuste.  

Des Irlandais rentrent au pays, couples tranquilles, familles remuantes, chauffeurs routiers. Plus quelques touristes qu’il suspecte s'être arrêtés au  Marks et Spencer de Dumfries pour y faire la razzia de ces  cakes denses aux raisins sultana  et cerises confites dont les tranches délicates à couper s’émiettent doucement dans le thé de l’après-midi et qui lui sont délices par cette touche déliquescente, un peu trop sucrée, qu'ils apportent à la boisson  stricte et amère - réconciliation  de deux façons d'appréhender la vie - mais qu'il a cherchés en vain, tournant comme une âme en peine de longues minutes autour des rayons pâtisserie  du grand magasin, perdu dans la profusion  anarchique de  gâteaux improbables, friandises rutilantes et boules de gomme colorées.

 
 
A l’heure dite, le bateau quitte le quai. Assis au salon de proue face à l’immense  baie qui donne sur le large,  il est maintenant sourd aux bavardages, muet, tendu, le nez fermé à toutes les odeurs, les yeux fixés sur l’horizon. Il a pour seul projet de ne pas être malade. ll faut tenir 2 heures. Même si rien ne tangue, c’est sûr, il se connaît, un simple écart de pensée et il vomit.

 

 

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16 novembre 2013 6 16 /11 /novembre /2013 16:21

   

 

revolv.jpg

 

 

 

J'apprends de Cioran qu’Eschyle est mort à Gela en Sicile et qu’elle est la ville la plus horrible qu’il ait jamais vue.

J’ai vécu à Gela. C’était une ville en chantier qui coulait les cadavres dans le béton de constructions inachevées. On disait de Gela qu’elle était la capitale des crimes mafieux.

Nous y fîmes l’amour entourés de morts violentes. Gela était le paradis.

 

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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 09:43

 

  Rosset

 

 La dame dit qu’elle projetait de monter une petite société pour vendre des cuves. Voulant préciser, elle hésita, cherchant ses mots, des citernes…des réservoirs…  

Son concept marketing semblait flou, mais il comprit qu’elle ne pouvait dire simplement « fosse septique ». Comme si percevant ce décalage  entre l’élégance de sa mise,  la finesse de son visage, l’harmonie de sa bouche et la trivialité du propos, elle en éprouvait une gêne qui lui interdisait de prononcer certains mots. Alors, dans la conversation, il improvisa sur le plaisir du texte, citant Barthes et Rosset. Les yeux de la dame brillèrent, elle buvait ses paroles. Ça marchait ! Il avait touché juste : cette jolie  femme d’affaires était sensible aux mots.  

Il rêva que demain, peut-être, s’il poussait plus loin sa littérature…


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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 15:29

 montagnes-copie-1.jpg

 

  Entre la tête de Favières et celle du Girardin, sur un replat lunaire (L’altimètre de sa montre Suunto marque 2870), il peut enfin penser tranquille : à 360 degrés, avec vue alternée, au Sud, sur la haute vallée de l’Ubaye, au Nord, sur celle du Mézelet.

  Lors de la consultation, il avait affirmé à son médecin que c’étaient les conditions nécessaires, mais peut-être pas suffisantes, pour une méditation libératoire.

- N’hésitez pas à me donner de vos nouvelles, avait dit le spécialiste, en le  raccompagnant.

  Il lui avait prescrit trois mois de Valium (un comprimé de 5mg le matin, un autre de 5mg  le soir) et des chaussettes de randonnée à coussinets qui protégeraient ses pieds des ampoules.

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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 12:44

 arnica.jpg


 

La dernière fois quand je lui avais dit que j’étais malade, le médecin l’avait mal pris. Visiblement, je lui faisais soucis. A tous les  maux que je  sortais, il répondait, c’est nerveux ! la tête ? Nerveux ! Le ventre?  Nerveux ! Les genoux ? Nerveux ! La tension ? Nerveux ! Le cholestérol ? Nerveux !  Il avait conclu, très énervé,  mais puisque je vous dis que c’est nerveux !


Moi, je suis pas bête! Je comprenais bien que je l’agaçais, que si j’étais malade, c’était évidemment pas de sa faute! Que c’était la mienne! Qu’il fallait que je prenne  sur moi ! Que mes symptômes le fatiguaient  grave. Et c’est vrai que mon toubib, à son âge, dans son état, avec tous ces gens qui venaient gémir et tousser chez lui, je comprenais qu’il soit fatigué.   Malgré la fièvre (j’avais alors un bon 40, mais c’est nerveux, il avait dit), on s’était quitté un peu en froid.

 

Cette fois j’ai bien retenu la leçon.   Quand il a ouvert la porte de son cabinet et qu’il m’a demandé sur un ton déjà accablé,  alors c’est quoi encore qui ne va pas ? J’ai tout de suite répondu, tout va bien, rassurez-vous, docteur, tout va bien!   Ça l’a mis de bonne humeur. Il était soulagé, détendu. Jamais je n’avais vu pendant  consultation  toubib  si reposé. J’étais enfin un bon patient ! On a mis de côté toutes les petites questions indiscrètes sur ma santé, on a laissé tomber l’auscultation.  Assis à son bureau, on n’a parlé que de la pluie et du beau temps et il m’a signé sans rechigner l’ordonnance que j’avais préparée. Il y avait dessus toutes les drogues, gélules, pastilles, crèmes merveilleuses qui me font rêver. J’avais préparé aussi les 23 euros de la consultation pour qu’il n’ait  pas la peine de chercher la monnaie et je n’avais pas oublié ma carte vitale, oubli qui avait le don de le contrarier. 

 

Quand, au bout de 5 minutes, je suis sorti,  il m’a dit, tout sourire, c’est vraiment un plaisir de vous soigner, revenez quand vous voulez ! J’étais heureux. J’aime  quand mon médecin m’aime.


 

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