Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
20 octobre 2018 6 20 /10 /octobre /2018 08:35

 

 

Église de Saint-Céneri-le-Gérei ,Christian Malézieux. Photo jmg sept 2018.

 

  

Au café qui fait l’angle, surprise, les consommations sont servies à un prix modique par un patron  joyeux et plein d’esprit. Dans ces villages à label « plus beaux villages de France », on s’attendait à tout sauf à ça!

 

 Monsieur, mais ce que vous nous racontez là mène à quoi?

 

Vraiment je ne sais pas, Madame, Monsieur, mais après avoir visité la petite église  et contemplé bouche bée, ravi, sur un des murs exposé, le chemin de croix (elle semble légère et lourde à porter comme ce petit péché mortel qu’on ne peut oublier), descendre vers la rivière tranquille qui fait méandre. Sur la prairie en pente douce, c’est l’heure du déjeuner. Des familles  pique-niquent de salades. Composées, recomposées ou élargies. Bien sûr, il y aura aussi au menu des chips craquantes sorties de sachets colorés. On entend rire les enfants et siffler le merlot gris.

 

Partager cet article
Repost0
1 octobre 2018 1 01 /10 /octobre /2018 08:43

                                                      Patrick Braoudé  (Honfleur sept 2018)

 

"On dirait presque du bonheur quand l'anti-dépresseur fait enfin de l'effet"  (Bénabar)

 

Nous garderons d'Honfleur le souvenir d'Honfleur...Le port, les maisons aux façades couvertes d'ardoise, la foule du dimanche, le goût d'une crêpe sucrée, d'une bolée de cidre sec.  Et la lumière, bien sûr la lumière!

Fatigués, nous nous sommes assis sur un banc de cette promenade qui va du vieux port à la plage et longe la Seine et le jardin public. Nous avons tout le temps devant nous.

D'abord point minuscule sous le pont de Normandie passe un cargo chargé d'on ne sait trop quoi qui s'effacera ensuite dans la mer...

 

Partager cet article
Repost0
11 mai 2018 5 11 /05 /mai /2018 07:56

 

 

« Le chemin des choses proches a de tout temps été pour l’homme le chemin le plus long et le plus difficile » Martin Heidegger

 

 

Chaque semaine, je prends mon pâté chaud à la pâtisserie Nelson. C’est une de leurs spécialités. Je demande  quatre quenelles, mais de la sauce pour deux seulement, car, de la sauce, ils en mettent toujours trop.  Sinon, une fois mes quenelles mangées - je n’en mange que deux et place les autres  au congélateur- afin de ne pas gaspiller, et je n'aime pas gaspiller, il me faudrait saucer interminablement des petits morceaux de pain pour éponger l'assiette.

 

La serveuse a mis les  quenelles et la sauce  dans des boites  séparées, entourant celle qui contient la sauce d’un film plastique supplémentaire, pour éviter tout accident précise-t-elle en souriant. Elle glisse le tout dans le petit sac de provision vert pomme offert par  l’épicerie « je mange bio » du centre-ville au moment des fêtes de fin d’année en récompense de ma fidélité.  Il y a écrit dessus en gros caractères  « Un seul sac pour sauver la planète! »

 

Ensuite, je passe par la librairie de Paris pour acheter le bouquin de Pessoa dans sa nouvelle traduction. Ils ont changé le titre: le «livre de l’intranquillité» est devenu «livre(s) de l’inquiétude».

Je regrette. L’intranquillité, plus discrète, inconnue de mon correcteur orthographique m’allait bien. Mais je n’irai pas jusqu’à dire que cette inquiétude me dérange et m’empêchera de dormir. Pour un livre de chevet, ce serait un comble… Je plaisante, je plaisante… On verra bien.

 

Tout à ces pensées,  sans  réfléchir, j’ai mis le livre à couverture orange  dans le  sac vert. Et, c’est seulement sorti dans la rue que je me pose la question: malgré la double protection, la sauce des  quenelles ne va-t-elle pas se répandre sur les précieux écrits?

 

Bien sûr d’une main je pourrais porter le sac à pâté chaud et de l’autre le livre mais depuis que j’ai souffert à l’épaule droite d’une capsulite rétractile et tenace,  par précaution, de ce côté, je ne porte plus rien.

Si j’y avais pensé, j’aurai pu demander aussi un second sac à la librairie, mais avec mon sac vert écolo et  son inscription dessus,  je crois que je n’aurais jamais osé.

 

 

Ce « suspense »  fait de ma  course  en ville une aventure.

 

Pour rentrer chez moi, plus question de rejoindre la place Carnot en prenant le tram. A cette heure,  je risque trop d’y être bousculé! Je marche donc rectiligne, faisant  attention à maitriser le balancement  de mon bras gauche. Il restera  droit et immobile comme  prisonnier d'un plâtre.

 

Je marche ainsi dans Saint-Etienne en automate guindé, de l’Hôtel de ville à Marengo, de Marengo à Carnot et un peu plus loin vers la Cité du Design. Mais  personne ne remarque rien, personne ne s’étonne, vous avez vu comment il marche celui-là?  Pâté chaud et Pessoa au fond du sac ou pas, intranquille ou pas, dans la Grand’Rue, au retour comme à l’aller, je suis invisible.

 

Partager cet article
Repost0
4 mars 2018 7 04 /03 /mars /2018 15:34

 

photo privée jmg (mars 2018)

 

Il l’a suivie par amour, ça me ferait tellement plaisir si tu viens, tu sais!   Et maintenant, il est là qui regarde à droite et à gauche dans la rue  pour être sûr que personne ne le voit entrer. Il a baissé la tête. Enlève ta capuche, tu  ne peux  être comme ça ici!  Elle parle doucement, lui prend la main.  Avec elle, il se sent fort.

Il monte l’escalier, sans tenir la  corde de marinier qui sert de rampe,  c’est seulement pour la décoration! Les marches  ne sont pas hautes, il piétine et manque trébucher. 

Dans la salle en haut, bleu pâle, il y a surtout  des dames âgées, mais quelques  jeunes bourgeoises assises aux tables près des fenêtres.  L’une pense en le voyant, tiens, un ours dans la bonbonnière!

Ici, quelques rires feutrés, une musique en sourdine, le murmure des conversations. Pas comme au bar-tabac où il va boire un coup avec ses copains.
 
Leur table est placée au centre, il a l'impression qu'ils font le spectacle. Son gâteau  est d’un rose vif insoutenable. Pas plus que le thé, il ne l’a choisi. Pareil que Madame, il a bredouillé à la serveuse. Et maintenant, il doit s’en débrouiller. Comme de la théière, de la tasse, de sa soucoupe, du napperon en dentelle,  de la petite cuillère, de la fourchette et de la serviette en tissu. Mais heureusement Pauline s’occupe de le servir, il faut bien respecter le temps d’infusion. Pour le reste, il n’a qu’à l’imiter.

Le gâteau rose était bon, pas trop sucré et le thé ne lui a pas  encore donné  envie de vomir. Sur la nappe, il n’a laissé ni miettes ni salissures.  Pauline est ravie. Elle le regarde en souriant et lui dit, je t’aime. Il l’aime aussi.

Maintenant, il peut se détendre et profiter un peu de ce voyage en terre inconnue qu’il ne racontera à personne. Alors, il s’étire lentement de tout son long sur le petit fauteuil crapaud et bâille  bruyamment, comme il le fait chez lui  quand tout va bien.  
 

Partager cet article
Repost0
25 février 2018 7 25 /02 /février /2018 16:50
Cité du design Saint-Etienne avril 2017 (Photo privée jmg)

 

Deux semaines pour lire tout Proust! C’est la confidence faite par Gérard Collomb lors d’un entretien accordé le 21 février au journal « Le Parisien ». On était en mai 68 (ce n’est pas une excuse!), et il avait alors 21 ans.

Peut-on lire  Proust à la va vite comme s’il s’agissait d’un auteur de roman policier? Cette impatience de rattraper le temps perdu à le chercher n’est-elle pas une impolitesse majeure faite à une oeuvre qui justement prend tout son temps pour le  trouver? Plus qu’une impolitesse, un contre-sens?

Le ministre de l'Intérieur  mérite sa place dans le livre des records… Sans doute a-t-il mis à peine une heure et 53 minutes, le temps d’un trajet Lyon-Paris en TGV pour lire « Guerre et Paix » faisant de Tolstoï  un écrivain  de gare et du dernier Goncourt un  arrêt-minute!

On connaissait la littérature à l’estomac, voilà la littérature au chronomètre. Question lecture, Collomb n'est pas en marche,  il court, et vite!

Prenons donc le temps du thé de l'après-midi et toute une vie pour lire Proust.

 

…Odette fit à Swann « son » thé, lui demanda : « Citron ou crème ? » et comme il répondit « crème », lui dit en riant : « Un nuage ! » Et comme il le trouvait bon : « Vous voyez que je sais ce que vous aimez. » Ce thé en effet avait paru à Swann quelque chose de précieux comme à elle-même, et l’amour a tellement besoin de se trouver une justification, une garantie de durée, dans des plaisirs qui au contraire sans lui n’en seraient pas et finissent avec lui, que quand il l’avait quittée à sept heures pour rentrer chez lui s’habiller, pendant tout le trajet qu’il fit dans son coupé, ne pouvant contenir la joie que cet après-midi lui avait causée, il se répétait : « Ce serait bien agréable d’avoir ainsi une petite personne chez qui on pourrait trouver cette chose si rare, du bon thé. »

Extrait de  « À la recherche du temps perdu Tome II »
Marcel Proust

 

http://www.leparisien.fr/politique/immigration-terrorisme-police-du-quotidien-les-mises-au-point-de-gerard-collomb-20-02-2018-7570554.php

 

Partager cet article
Repost0
6 février 2018 2 06 /02 /février /2018 16:09
photo privée jmg

 

Du glacier la vue est magnifique, vraiment. Pas pris de photo, J’en ai 1000 de montagne, l’hiver, stockées dans les nuages, qui se ressemblent toutes, qu’on ne regarde jamais. Les clichés de sommets opposent à nos souvenirs une réalité plate.
Pour l’heure, j’ai cette piste noire à prendre, et ses bosses monstrueuses à effacer. C’est ce que je raconterai ce soir à la veillée à ceux qui sont restés dans la vallée. Et si je suis un peu ivre, je monterai même sur la table pour mimer.
L’ai-je bien descendue? Peu importe! Je l'ai descendue.
Avec mon casque neuf et mes lunettes noires enveloppantes, mes 8 sous-vêtements techniques et doudounes diverses, plus l'anorak ad hoc garanti froid extrême, à la regarder d’en bas, je me sens presque beau. Puis-je plaire ainsi?
Justement, me frôle Scarlett Johansson dans un souffle mêlé de parfums éthérés et de cristaux de glace. Mais c’est peut-être Jessica Chastain, peut-être  Eva Green! Maitrisant mieux la trajectoire de ses skis se serait-elle arrêtée pour me demander qui je suis?
Question existentielle ou ivresse des cimes? S’ouvrent à moi tous les possibles. 
Partager cet article
Repost0
22 janvier 2018 1 22 /01 /janvier /2018 15:24
Un fantasma percorre l'Europa (extrait). Armando Pizzinato

 

Aujourd’hui, on n’a plus le droit de rien dire!

On ne sait trop qui a dit ça, peut-être cette contrôleuse délurée qui ne portait pas la casquette réglementaire de la SNCF mais avait la langue bien pendue? On ne sait pas...

La phrase  est arrivée comme ça, dans ce wagon du TER bondé qui nous ramenait  un soir  de Lyon vers Tarare.  Tout le monde était d’accord, l’IFOP ou la SOFRES auraient fait un sondage dans le wagon,  c’était  du  100%,  aujourd’hui, on n’a plus  le droit de rien dire!   Et  chacun de donner des exemples, de dire à haute voix, pour que tout le monde entende, ce qu’il n’avait plus le droit de dire…

Et puis le train a ralenti, nous arrivions  en gare  de Saint-Romain-de-Popey. Un grand gaillard a hurlé en levant le poing, juste avant de descendre, c’est pas parce qu’ils m’empêcheront de parler que ça m’empêchera de penser! Bien au contraire!  Ceux qui restaient dans le train l‘ont salué en levant  eux aussi le poing et ont repris tous en choeur, bien au contraire! 

Le train est reparti, les passagers se sont tus. Leur héros d’un soir était resté à quai.

 

Partager cet article
Repost0
17 décembre 2017 7 17 /12 /décembre /2017 17:00
 

C’était écrit noir sur blanc au bas de l’ordonnance : marche journalière d’au moins 30 minutes. La doctoresse avait insisté, pour ce que vous avez, Monsieur Lenoir, vous devez absolument marcher. Il était ressorti consterné du cabinet médical, plus affecté par cette prescription que par le diagnostic. Mais, puisqu’il devait marcher, il marcherait…

Aussi, le lendemain, Augustin Lenoir décida de se rendre à pied à l’hyper super marché qui se trouvait à la périphérie de la ville. Là où il avait l’habitude de faire ses courses. Il portait en bandoulière son sac à provisions.  Il  y avait rangé, par précaution, son mini parapluie.

Le trajet lui parut interminable, Augustin Lenoirl regardait sans cesse sa montre. Il lui fallut exactement 27 minutes pour se trouver face aux imposants bâtiments du centre commercial.

Mais, il devait encore franchir les multiples sorties ou entrées d’un gigantesque rond point qui semblait avoir aimanté la totalité des automobiles de la ville. L’odeur et le bruit étaient insupportables.  Rien n’était prévu pour   un piéton. Traverser, c’était jouer sa vie à la roulette russe!. Il hésita un instant puis se lança. Il ne pouvait avoir marché pour rien!

Appels de phares, crissements de pneus, hurlements d'avertisseurs, il manqua plusieurs fois d’être écrasé... Et toutes les injures qu’il n'entendit pas!

Il ne faut jamais faire obstacle au désir de consommation des braves gens qui roulent avant les fêtes de Noël vers les supermarchés...  Aux enfants rêvant de jouets et de confiseries, aux épouses de parfums,  aux maris  d’alcools forts. Tous  voulaient sa peau! Les paisibles berlines familiales s’étaient muées en effrayantes machines de  mort.

Lorsqu’il  parvint, en sueur, le coeur battant, dans une sorte de no man’s land d’herbes folles qui séparait les voies de circulation des premiers parkings, Augustin Lenoir comprit qu’il était  sauvé. Il ne lui restait plus qu’une centaine de mètres à parcourir pour se retrouver  en terrain connu.

C’est à ce moment que Ferdinand Biron l’aperçut. Ferdinand Biron était GISCBV (garde intermittent stagiaire citoyen bénévole vigilant) chargé de renforcer la sécurité du centre commercial pendant la période des fêtes. Il avait retenu de son  court stage de formation qu’un individu accédant à pied à un centre commercial était forcément un terroriste. Ferdinand Biron souleva le canon de son fusil mitrailleur.

Augustin Lenoir, lui, s’était arrêté  pour reprendre son souffle. Il commençait à pleuvoir. Il avait posé son sac à provisions  à terre. Il en sortit son parapluie.

Dans un pays en état d’urgence, rien, hélas, ne ressemble plus à un pistolet automatique qu’un parapluie rétractable.

Partager cet article
Repost0
11 décembre 2017 1 11 /12 /décembre /2017 16:37

 

Saint-Haon-le-Châtel, octobre 2017 (photo privée jmg)

 

"Ce coin de nature, ce bout de jardin, un bruit de pas sans écho sur le gravier d'une allée, mon exaltation les a portés et a réussi à leur faire traverser tant d'années successives, tandis que sont morts ceux qui les foulèrent et le souvenir de ceux qui les foulèrent."

                                                                       Marcel Proust ,  Du côté de chez Swan

 

La pluie cesse, ils font le tour du village. Des citations d'écrivains accompagnent leur visite. Les lieux et les mots se répondent pour leur plus grand bonheur. On devine au loin une trace  d'arc-en-ciel.    

 

Partager cet article
Repost0
4 décembre 2017 1 04 /12 /décembre /2017 16:46

 

Expo Robert Kéramsi Chazelles sur Lyon nov2017 (photo privée jmg)

 

Oh regarde ! Tu as vu le chien ! Comme c'est bizarre, il est tout nu !

 

 

Partager cet article
Repost0