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2 décembre 2019 1 02 /12 /décembre /2019 14:09

 

Home Art, novembre 2019 (photo privée jmg)

 

 

Tout le jour, il a fait un temps exécrable.  Le vent a renversé les chaises de jardin en plastique bleu.

 

Je suis comme un vieil enfant, peureux des choses, inquiet des bruits, hanté de mauvais rêves, peut-être mes souvenirs...

 

 

 

 

Et aussi je suis triste.

 

Il y avait ce petit livre oublié sur la table. Je l’ai ouvert. Et tes mots tristes m’ont consolé. J’avais un compagnon de route pour affronter la nuit.

 

          Dors un peu, ô mon âme, dors!

          Profites-en, allez!

          Dors un peu!

          Il ne te reste plus beaucoup de temps!

          Allons, dors!

          C’est aujourd’hui la veille de ne jamais partir!

 

  Fernando Pessoa (Bureau de tabac)

 

 

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22 novembre 2019 5 22 /11 /novembre /2019 11:12

 

 

 

 

- C’est normal, Madame,   le deuxième lapin, il n’a pas de bouquet dans la main?

Je relève  la tête et soulève le menton du reposoir, conscient du ridicule   de poser à mon âge une telle question.

 

- Oui, oui c’est normal, Monsieur, ne vous faites pas de soucis!  Reposez bien votre menton , plaquez  votre front et regardez de nouveau dans la lunette et dites- moi quand vous n’en verrez plus qu’un… de lapin.

 

Elle a dit ça un peu en se moquant et maintenant elle tourne doucement la molette de la lunette en sens inverse.

Les deux lapins, celui avec bouquet et l’autre sans, se rapprochent,  se superposent     Je m’écrie triomphant, ça y est,  j’en vois plus qu’un! Et c’est le lapin qui tient dans la main un bouquet.

 

 

Mais du bouquet, à mon orthoptiste, de toute la séance, je n’en parlerai plus. Trop peur qu'elle se moque une nouvelle fois! Je n’en pense pas moins, je ne comprends toujours pas, et ça me turlupine: pourquoi le deuxième lapin, qui est en fait le premier, mais que je vois en double quand l’orthoptiste fait tourner sa molette n’a plus de bouquet dans la main puisque le premier, le modèle,  l’unique, le vrai en a un de bouquet? Mes yeux dédoubleraient les lapins, mais pas les bouquets! Comment est-ce possible? Que me cache cette sournoise orthoptiste? Vais-je vers une nouvelle complication oculaire?

 

 

                                                 Epilogue

 

  

- Dans la patte!

- Quoi dans la patte?

- Les lapins n’ont pas de mains, me corrige ma femme, une ancienne institutrice, à qui je viens de raconter l’histoire du lapin au bouquet. Un lapin ne peut tenir un  bouquet que dans sa patte!.

Agacé, je lui réponds que patte ou pas patte, ce n’est vraiment pas le problème et que présentement je me retrouve à l’hôpital avec une patte dans le plâtre!

 

Le seul problème, c’était que le cabinet de mon orthoptiste se trouvait au 5 ème étage d’un immeuble ancien et que pour redescendre après la consultation, il me fallait utiliser un ascenseur. Bien trop lent et trop exigu pour moi, j’en avais fait l’expérience à la montée. Je suis claustrophobe (ça se soigne aussi, je sais, mais je peux pas tout soigner…).

 

Bref, par précaution donc, pour m’éviter toute bouffée d’angoisse inutile j’avais préféré prendre l’escalier.

Les deux premières marches  m’ont été fatales… En vrai, il n’y en avait qu’une.

 

 

 

 

 

 

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22 novembre 2019 5 22 /11 /novembre /2019 09:24

 

Stade Bordeaux, septembre 2019 (photo privée jmg)

 

Lui, qui ne connaissait rien au football, voyait dans  cette architecture  une réplique bétonnée de la forêt des Landes.

 

Je lui disais, non, c‘est un orgue géant, une caisse de résonance, des tuyaux par lesquels montent les chants des supporters.

 

Imagine, par delà ces tribunes,  le latéral droit qui court le long de sa ligne de touche, qui remonte le ballon, qui va centrer et cette rumeur  qui enfle, le porte d’un espoir fou, c’est sûr, on va marquer!

.

On a marqué, on crie, on lève les bras, on saute,  emporté par des vagues de foule. On ne touche plus terre.

  

Imagine aussi la peur dans les dernières secondes, on ne tient la victoire que d’un but et tout peut basculer,.un dernier contre, un coup franc,  un malheureux corner, ou pire ce terrible silence d’avant un pénalty. On retient son souffle, on regarde sa montre, on siffle, on siffle, on siffle encore pour alerter cet  arbitre imbécile qu’il  est temps de siffler la fin de la partie.

 

C’est fait. Il a sifflé, on a gagné. On est heureux De l’enceinte  sort la clameur libératrice. On l’entendra des kilomètres à la ronde sur tous les bords de la Garonne.

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14 novembre 2019 4 14 /11 /novembre /2019 09:22
marée haute, Pyla sur Mer, sept 2019 (photo privée jmg)

 

Partout le long de l’esplanade, les badauds sont venus en nombre voir jusqu’où montait l’océan, s’il recouvrirait la chaussée et viendrait même jusqu’aux bancs. On rit comme des enfants de l’imprudent surpris par une vague. Qui s’est approché pour prendre une photo et revient le pantalon  trempé. C’est qu’avec le coucher  du soleil, le spectacle  est magnifique. On veut garder un souvenir.

 

A 19h 54 par magie la mer se calme, les vagues ne font plus aucun bruit.  Alors, en silence, chacun s’en va de son côté.

 

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4 novembre 2019 1 04 /11 /novembre /2019 09:10
Where are my keys? Art Home, juin 2019 (photo privée jmg)

 

Il se frotte  les mains, Il est heureux, il ne verra  plus le temps passer. Il va s’occuper de tout remettre en ordre. Ça prendra du temps, dit-il, mais on en gagnera, chaque chose aura sa place.

   

D’abord je consoliderai  la toiture,  je repeindrai les murs, remplacerai  la porte, poserai un carrelage, oui du carrelage moins salissant…Ensuite je m’organiserai,  il y aura ici un meuble à chaussures, là le placard à balais, dans ce coin, la cave à vin, dans l’autre le congélateur, et puis partout des étagères, une pour les chapeaux, et  une aussi, et ça j’y tiens, car j’en suis fier, pour  les coupes que j’ai gagnées aux concours de pétanque, et tant pis si elles font un peu kitch!  Je suspendrai aussi à cette poutre la cage à fromages, et puis on laissera la table ronde au centre toujours bien dégagée. C’est important, on y déposera les provisions, les achats du jour, les clés de  voiture. J’aime savoir exactement où on en est!

 

Il n’a pas vu le temps passer… Quelques milliers d’années plus tard, un peu moins peut-être, réchauffement climatique oblige, tout est en ordre. Et personne depuis longtemps ne voit plus le temps passer, Bien sûr, les hommes ont disparu, la terre s’est éteinte, brûlée puis refroidie. Ce n’est plus maintenant qu’un caillou rond,  lisse et propre sur lui qui erre dans  le vide. Il n’y a plus aucune chose à ranger.

 

Seul, un blob  a  survécu. C’est vrai qu’avec son unique cellule, sa mémoire utile et son  absence de cerveau, il avait tout pour durer.

Notre blob avance d’un cm par heure. Sait-il qu’il a l’éternité devant lui pour parcourir  l’infini?

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1 novembre 2019 5 01 /11 /novembre /2019 15:48

 

Péniches, Digoin, août 2019 (photo privée jmg)

 

 

Il y avait là quelques bateaux morts et d’autres encore un peu vivants, mais pas de bateau ivre,  pas de courant, d’indiens et de tohu-bohu triomphant.

C’était Digoin,  ville exotique?

Le long du canal, on prend son temps

J’occupe le temps? Le temps m’occupe? Vaines questions…Je suis le temps.

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28 octobre 2019 1 28 /10 /octobre /2019 10:03
banc public, Orcières Merlette, août 2019 (photo privée jmg)

 

 

Ils regardaient ensemble dans la même direction. Allaient-ils déclarer leur amour? Annoncer leur rupture? Engager un projet immobilier?

 

Lui disait, il faudra se mettre d’accord, combien aurons-nous d’enfants? 

Et elle répondait, trois, j’aimerais bien trois enfants, mais qu’il leur faudrait un appartement traversant. Et que c’était peut-être mieux d’investir à la mer qu’à la montagne.

                                          

Nous les observions, amusés qu’ils regardent ce que nous n’aurions surtout pas regardé, admiratifs aussi, jamais nous n’aurions osé nous asseoir sur ce banc de peur  d’y être vus assis par quelques passants malveillants.

 

C’était un banc sur lequel on ne pouvait être assis qu’au second degré.

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27 octobre 2019 7 27 /10 /octobre /2019 16:10
Ancelle, août 2019 (photo privée jmg)

 

 

C’est lui la vedette incontestée du lieu. Le clocher d’Ancelle. Il sait prendre la lumière d’où qu’elle vienne. Aussi, on le photographie à toute heure du jour et même au début de la nuit.

 

Puis comme il n’y a rien de mieux à faire, à la veillée, de nos fauteuils, via nos smartphones, nous échangeons nos clichés, tout en évitant par politesse, de penser que les nôtres sont mieux cadrés.

 

Et dire que le clocher d’Ancelle, à Florence, on l’aurait négligé!

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5 janvier 2019 6 05 /01 /janvier /2019 13:58
Tirare fuori dal gioco ( Art Home 2019)

 

Ils ont mis un sapin de Noël dans le hall d’accueil. Au carrefour des couloirs qui conduisent, à droite, vers les cabinets des médecins, tout droit, vers les salles de radiologie et le service d’urgence, à gauche, vers les ascenseurs et escaliers d’accès aux chambres d’hospitalisation.

 

Un modeste sapin, modestement décoré de boules et de guirlandes   fabriquées  en Chine.  Un vrai sapin de pauvres. Ne le remarque que celui qui, comme moi, n’a rien d’autre à faire qu’à attendre. Un patient. Je me suis pensé, c’est plutôt un sapin d’hôpital, d’hôpital public. Avec tous les dépassements d’honoraires qui se pratiquent ici, dans cette clinique privée, ils pouvaient faire mieux!

 

A cet instant déboule mon chirurgien,   en sabots et blouse bleue impeccable, qui s’arrête  devant l’arbre, le regarde, remet en place une figurine, dégage  une branche, s’éloigne  de quelques pas pour s’assurer de l’équilibre d’ensemble, prend  à témoin un autre médecin qui passe par là, s'inquiète de son approbation quant à la pertinence de la remise en ordre qu'il vient d’effectuer.

 

Ainsi ce médecin a consacré à l’arbre au moins 5 minutes de son précieux temps et pris l’avis d’un de ses confrères.  Bien plus qu’il n'a fait pour moi lors de sa consultation!

 

J' avoue être  un peu jaloux de l’épineux dans son pot. 

 

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30 décembre 2018 7 30 /12 /décembre /2018 15:40
Cottance 2017 (photo privée jmg)

 

 

Semaine de fête obligatoire, encadrée par la Loi. Pendant 7 jours, le droit incertain au bonheur devient un devoir absolu. Souris! Sois heureux! Tu dois! Une police du bonheur. déguisée en pères Noēl parcourt les rues des villes et des villages, traquant mine sombre, grimace, rictus, et larme même discrète. Un soupçon de tristesse et c’est la punition assurée! Coups de fouet, amendes, prison. On peut même finir au bout d’une corde, en cas de mélancolie dépressive persistante, pendu pour l’exemple  en place publique, applaudi par une foule hilare…

 

Alors chacun se force à sourire.  Sourire partout, tout le temps.  Ce n’est que la nuit, chez soi, à l’abri des regards, qu’on peut enfin  laisser aller ses traits.  Il n'y a repos du visage que dans la gravité.

 

Trop sourire fatigue. Mais tout est prévu. Tu n’y arrives plus? Porte un masque! On en vend  partout. Sourires pas chers ou hors de prix, basiques ou sophistiqués. Les marchands  se frottent les mains. Eux, c’est sûr, n’ont pas besoin d’en porter!  "Souriez dans l’effort, mais sans effort", chez Décathlon, "le sourire à prix coûtant" chez Auchan. Partout, à la radio, à la télé, dans les journaux, sur les murs, cet avertissement: Attention! Un malheur est si vite arrivé, protégez-vous, sortez masqué!

 

Il faut dire que la loi s’applique  à tout l’espace public: même les hôpitaux, les maisons de retraite, les cimetières sont concernés.  De grands panneaux vous accueillent aux entrées,...  "Ici  vieux, oui, mais souriants...",    "Malades certes, mais marrants,.. ",  "T’es mort et enterré, la belle affaire! On en rigole encore…".

 

C’est dans ce contexte de joie collective obligée qu’on me demande  comme chaque année d’écrire un conte de Noël propre à plonger dans la joie mes lecteurs…

La tâche est risquée, je n’ai pas le droit à l’erreur.  Par précaution je vais commencer par la fin. La voici:  "… son visage rayonnait de bonheur".

 

Le plus dur reste à faire,  Il va me falloir beaucoup d’imagination pour savoir comment mon héros  a bien pu en  arriver là.

 

 

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