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18 novembre 2015 3 18 /11 /novembre /2015 15:24
On n'est pas sérieux...

- Ce soir-là,...-vous entrez aux cafés éclatants,

Vous demandez des bocks ou de la limonade...

On n'est pas sérieux...

Extrait "Roman" d'Arthur Rimbaud
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29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 17:41
Retour d'Ancy

Personne ne savait où il était passé. Certains ont même dit, il est parti en Amérique! Moi, je n’y crois pas. Et le voilà qui revient la bouche enfarinée comme si de rien n'était… Pas un mot! Il semble avoir oublié qu’il est parti! C'est agaçant. Au village, on lui fait la gueule...

Aujourd'hui, j'y tiens plus, alors je lui dis, attends tu pars sans rien dire, tu donnes pas de tes nouvelles, à personne, et tu voudrais maintenant qu’on t’accueille à bras ouverts!

Et là, surprise! Il me répond…

Je suis allé à Ancy. C'était en août. Je suis arrivé vers midi. Imagine... La rue principale est déserte. Les maisons ont portes et volets fermés. Je pense, on doit s’ennuyer ferme à Ancy ! Et sitôt après, je repense, on doit s'y ennuyer pas plus qu’ailleurs ! Et puis si on s'ennuie quelque part, c'est qu'on porte en soi l'ennui, enfin tu sais ce que je pense de l'ennui…

Bref! Sur la petite place, il y a le monument aux morts et tout au sommet son poilu fraichement ripoliné, tout neuf, tout beau. Jamais vu un poilu dans un si bel état! Complètement anachronique, c'est le mot. On ne voit que lui. Comme un phare. Je me demande même, brille-t-il la nuit ? Enfin, je me le demande, mais sans vraiment me le demander bien sûr, ce n'est qu'une façon de parler, tu me comprends, et comme on a tous une façon de parler différente, c'est source de malentendus... D'ici à ce qu'on s'imagine que je n'aime pas les poilus, alors que mon grand-père a perdu sa jambe à Verdun et que j'aimais mon grand-père qui n'aimait pas la guerre... Enfin tu sais ce que je pense des malentendus…

Bref! La porte de l’église est ouverte. J’entre. L'autel est comme un décor de théâtre, minimaliste, tendance Avignon 70, côté off. Je pense, quand on manque de crédits, la richesse ne peut être qu'intérieure. Ici, le catholicisme est humble. François, le pape sera content. Mais tu sais ce que je pense des richesses de l'Eglise…

Bref! Il y a un drôle d’oiseau au dessus de l'autel, qui ne tient qu'à un fil. Va-t-il s’envoler, ce serait un miracle, ou mal accroché, chuter lourdement, ce serait un fait divers, écrasant sous ses ailes de plâtre Marie-Cécile la fragile bigote?

Je sors. La façade de la mairie est décrépie. je pense, tout le budget communal est sans doute passé dans la réfection du poilu. Avec sûrement d'interminables disputes dans les familles: des sous pour la mairie ou des sous pour le poilu ou des sous pour l'église? Tout village a son poilu, tout village a sa dispute, c'est ça la politique. Peut-on faire autrement? Enfin tu sais ce que je pense de la politique…

Bref! Dans une ruelle pavée, mais il faut la trouver, entre l'église et la mairie, il y a ce café qui ne paye pas de mine, mais où tu peux manger d'admirables rapées tièdes, ils appellent ça des potères pour les distinguer des rapées stéphanoises. Servies avec du jambon cru de pays, de la salade du jardin, plus le dessert, ce jour là c'était un flan maison aux œufs, plus le pichet de coteaux du lyonnais, plus le café, ça te fait, tiens-toi bien, tout compris, dix euros tout rond. Tu te rends compte, dix euros tout compris! A Lyon, tu payerais le triple ! Mais tu sais ce que je pense du prix des bouchons lyonnais…

Bref! Le patron, je lui ai parlé du poilu, mais je n'ai pas réussi à savoir s'il était pour ou contre. C'était un taiseux, il ne faisait pas de politique, il m'a dit. Mais tu sais ce que je pense de ceux qui disent qu'ils ne font pas de politique...

A la fin du repas, je lui ai demandé au patron comment on s’en sortait d'Ancy pour aller à Saint-Forgeux? J' ai dit aussi que j'étais en vélo.

Il m'a repris, comment on quitte Ancy, vous voulez dire? Qu'il fallait prendre juste à l’entrée nord, sur la droite, une petite route goudronnée. Que ça grimpait un peu dur au début, mais qu'après c'était tout bon jusqu'à Saint-Forgeux!

J'ai pris la petite route qui grimpe et tu ne me croiras pas, je ne suis jamais arrivé à Saint-Forgeux! Je me suis perdu, complètement perdu. J'ai erré des jours et des nuits, sans jamais trouver âme qui vive, ça montait, ça descendait, ça tournait, il y avait des carrefours avec des croix partout qui se ressemblaient toutes, des lieux dits, avec des noms bizarres, La Liouffe, le Brézet, Le Teilloux, des hameaux et des fermes inhabités, des ruines en plein champ, des ruisseaux qui couraient dans tous les sens. J'hésitais, je faisais demi tour, tentais des chemins de travers... Rien, rien, pas de Saint-Forgeux à l'horizon, mais je n'avais ni chaud, ni froid, ni faim, ni soif. Je n'éprouvais aucune angoisse. Le jour, la nuit n'existaient plus, je pédalais, je pédalais, je pédalais, sans fatigue, j'étais bien… Je ne sais combien de temps cela a pu durer... Et puis tout d'un coup, je me suis retrouvé ici chez moi, chez nous, parmi vous. Comment?... J'en sais rien.

Il s'est arrêté de parler. Je le regarde, il a le teint pâle et les traits du visage un peu tirés mais l'air soulagé. Ses explications me vont. Une question cependant me taraude que je n'ose lui poser tant elle me semble toucher au plus profond de son être : mais pourquoi donc vouloir aller en vélo d’Ancy à Saint-Forgeux ?

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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 08:21

Les Voyageurs. Bruno Catalano (Galerie Médicis, 2014)

Sable fin, palmiers, flots bleus, soleil. Tout est beau ici. Mon île ! On peut y vivre en Robinson peinard ! Inhabité, ce petit paradis... Et, parce qu’inhabité, un petit paradis. Surtout ne me demandez pas pourquoi, ni comment, un jour, j’ai débarqué ici !

J’ai construit ma hutte, cultivé mon jardin, organisé ma vie sur la course du soleil. Et je ne m’ennuie pas, tant les tâches quotidiennes sur une île sont prenantes. Quand j’ai un petit moment à moi, j’écris mes lettres, je les mets en bouteille et les bouteilles à la mer. J'écris "Ami, toi qui me lis, surtout ne cherche pas à savoir où je suis !"

C’est absurde de vouloir se rappeler au bon souvenir des gens en leur demandant qu’ils vous oublient ! Je le sais, mais c’est ainsi.

Tous les soirs avant que la nuit tombe, je fais le tour de l’île dans le sens des aiguilles d’une montre. Il me faut environ une heure (je n’ai plus de montre). Et le matin je recommence, mais en sens inverse. Tout est différent. L’océan est à ma droite. C’est la supériorité des hommes sur les astres que de pouvoir choisir, dans une certaine mesure, le sens dans lequel ils tournent.

Je n’ai jamais mis les pieds au centre de mon île : à ce que j’en vois de loin, c’est une modeste colline d’herbes folles avec de gros rochers blancs et quelques arbres exotiques. Ce qui ne veut rien dire. Pour moi, tous les arbres sont exotiques. Je tiens à garder à l’île sa part de mystère. Ou peut-être ai-je peur en montant sur le point culminant d’avoir une vue d’ensemble de mon territoire et de prendre conscience de ses limites? La côte est où j'ai construit ma hutte doit être si proche de la côte ouest que je pourrais faire, en prenant ce raccourci, l’économie de mon tour quotidien pour aller voir le coucher du soleil. Mais je n’ai plus envie de prendre les raccourcis, de gagner du temps. J’aime désormais les détours, les circonférences.

Un jour, un vendredi après-midi, un homme abordera ces rivages. J’ai toujours appréhendé les week-ends. Je suis moi-même arrivé ici un vendredi.

L’accueillerai-je avec un collier  de fleurs fraîchement coupées comme celles que je pose chaque matin sur la modeste tombe  de l'homme qui m'avait accueilli ? Ou d'un coup de bambou ? Je ne sais encore. J’hésite.

 

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18 décembre 2014 4 18 /12 /décembre /2014 15:38

Balle (Druids Glen, Irlande 2013)

Il arriva au départ du 13. Trou classé le plus difficile. Et il l’était. Il n'avait ici que rarement réussi le par. C’était souvent bogey, voire double ou triple, parfois même, ensablé dans un bunker, l’humiliation de ne pas finir et devoir alors mettre une croix sur la carte de score. Le début était étroit, bordé de buissons de ronces, en légère montée. Ensuite, il y avait ce dog-leg à gauche presque à angle droit qu’il fallait négocier en aveugle. Ne joue pas trop long, ni trop court, ni trop bas!

Il posa la balle sur le tee, vérifia qu’elle était à la bonne hauteur, se recula lentement et regarda le ciel, à l’horizon, au-dessus de la forêt. Regarde toujours le ciel avant de frapper! Il s’avança et respira profondément. Une fois en position, le buste incliné, les pieds légèrement écartés, les yeux fixés sur la balle, il devait s’arrêter de penser, faire corps avec le driver et le laisser aller. C’était l’instant critique. Surtout ne pense plus. Ne pense même plus qu’il ne faut pas penser !

A l’impact, il y eut un joli bruit. Puis une belle et longue trajectoire sur la gauche, légèrement incurvée. La balle passa la ligne des arbres et disparut. Son cœur battait très fort. As-tu réussi le swing parfait? Il marqua en tremblant son coup sur la carte -Joueur consciencieux et méthodique, il inscrivait tous ses coups joués - et la remit soigneusement dans la petite poche haute de son sac en la laissant légèrement dépasser afin qu’il puisse après chaque coup joué aisément s’en saisir. Il était maintenant pressé de savoir où était allée sa balle, mais en joueur avisé, il ne changea pas le rythme de ses pas. Au rythme de tes pas tu conduiras ta vie !

Il jouait souvent seul, conscient qu’il est difficile de partager avec quiconque cette idée qu’il n’y a rien de plus important dans la vie qu’une partie de golf. Seul donc, au milieu des lapins, des hérons, des écureuils, des ragondins, des oiseaux, des putois, tous occupés de leur survie, il était homo sapiens, heureux de faire avancer avec précaution par monts et par vaux vers d’improbables drapeaux une petite balle blanche parfaitement inutile.

Il aimait croire - le crois-tu vraiment ?- que cette disposition à la futilité distinguait l’homme des autres espèces animales. Il aimait aussi porter son sac sur les épaules comme un jeune homme.

Sur le trou 8, en contrebas, il aperçut Harmide et Jean-José. On aurait dit des gravures de mode sorties d’un catalogue spécial sport, sur papier glacé, du Bon Marché Paris (rive gauche). Il se tassa et vite tourna le dos pour ne pas être obligé d’aller les saluer.

Elle avait un putter plaqué or au maillet incrusté de diamants. Lui, un chariot-robot-caddie à pilotage automatique qui en plus de transporter son sac en cuir Louis Vuitton lui indiquait à haute voix et dans un pur anglais d’Oxford, en fonction de l’endroit où il se trouvait, de l’humidité de l’air, de la température, de la force du vent, de la nature et de l’état du sol (ce chariot possédait au moins 1000 capteurs !) quel club il devait prendre et comment il devait le jouer.

Ce couple donnait du golf l'image socialement terrifiante que le commun des mortels qui n’y joue pas s’en fait. Notre golfeur solitaire, homme de gauche pondéré, les évitait prudemment, persuadé qu’être vu, ne serait-ce qu’un instant en leur compagnie, l’aurait condamné à coup sûr à avoir la tête tranchée pour trahison de la classe ouvrière et collusion avec l’ennemi si un jour Jean-luc Mélenchon et le Front de Gauche prenaient les commandes du pays. Souvent, pour se faire pardonner, il avançait sur les fairways en sifflotant l'internationale.

Il tourna sur sa gauche. Il avait enfin dépassé le virage. Il scruta le sol devant lui. Sa balle était là, bien visible au milieu du fairway. Il sourit. Le second coup serait difficile avec le cercle de bunkers qui protégeait le green et l’étang sombre au fond. Ne joue surtout pas trop long! Il prit son fer 6, qu’il aimait bien, caressa la lame du bout des doigts, fit quelques essais. L’herbe était douce, un vrai tapis. Schlaff ! Escalope magnifique, coup réussi. La balle s’éleva très haut, se posa sur le green, glissa un peu vers le drapeau. Pour la première fois sur ce trou, il pourrait jouer birdie !

La balle était à environ un mètre du trou. Il releva son pitch, enleva le drapeau, prit son temps pour étudier le green, voir s’il y avait une pente. Apparemment il n’y en avait pas. Joue droit! Le coup était facile. Immanquable ! Il en avait rentré des centaines comme ça. Mais il en avait aussi raté quelques-uns. Un putt d’un mètre à peine, ce serait trop bête ! Une occasion comme ça ne se représenterait pas. Il enleva la protection de son putter, se mit en place, tourna plusieurs fois la tête vers le trou, imagina la trajectoire idéale, puis s’immobilisa. Il fallait y aller maintenant, ne pas attendre plus longtemps, ne pas se crisper. Très ému, la respiration bloquée, les mains délicatement jointes sur le grip, il lança le court balancement des bras vers l’arrière puis,au retour, la face traversa lentement la balle au cœur.

Ta vue se brouille, tes jambes fléchissent. Tu comprends. Ta surprise est que toute ta vie ne défile pas en cet instant. Mais, quelle importance! Tu ne regrettes rien! Sauf de ne jamais savoir où finit la course.

Dix minutes plus tard, les joueurs de la partie suivante trouvèrent l’homme mort sur le green du 13. La balle était dans le trou. Un des golfeurs prit la carte de score qui dépassait de la poche haute du sac. Il vit que tous les coups étaient consignés. Alors, machinalement, il sortit son crayon et marqua le birdie. Puis souleva sa casquette.

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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 14:36

Ils regardent, assis côte à côte, ce paysage de carte postale. Qu’ils ont pris en photo. Et qu’ils se sont amusés d’avoir pris. Combien de fois le coucher du soleil a-t-il été photographié aujourd’hui ?

Plus tard, ils avanceront dans la nuit faiblement éclairée par la lune, le faisceau de la petite lampe à diodes fixée sur le guidon permettant juste d’éviter les pièges immédiats de l’étroite piste cyclable (trous, bosses, traînées de sable) et de ne pas s’en écarter. Près des marais salants, il leur faudra mettre pied à terre pour franchir la passerelle en bois. Il y aura des moustiques. Ils savent tout cela par cœur.

Par précaution, ils ont enduit visages, bras et jambes de cette crème répulsive que le pharmacien leur a recommandée la veille. C’est un habile commerçant, elle leur a coûté une fortune. Mais quand il s’agit de se prévenir des piqûres de moustiques, comme ils ont la peau sensible et un peu les moyens, ils ne regardent jamais à la dépense.

Puis ils longeront l’océan, distinguant à peine au loin la ligne des falaises, la silhouette étrange des carrelets posés sur la grève découverte qu’on pourrait faire prendre à des enfants pour des monstres marins échoués sur la plage. Ils ne verront pas les lumières de l’arrière-pays. Sur un sentier littoral, on ne regarde pas l’arrière-pays. Comme c’est marée basse, ils n’entendront qu’au loin le bruit des vagues. Ils accéléreront, penseront aller vite, ne sentiront plus leur fatigue, se croiront jeunes. C’est l’heure bleue, l’instant romantique. L’air est encore doux.

Ils voudraient que la course ne se termine jamais, les conduise au moins jusqu’à l’aube. En même temps, ils savent qu’il se fait tard, que les batteries de leur vélo à assistance électrique sont presque vides. Qu’ils sont aussi pressés d’arriver car ils ont faim. Et que bientôt ils auront froid.

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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 14:27
clinique du Parc
clinique du Parc

Les jours qui précèdent…

Le gastro-entérologue.
A moi qui m’inquiète de ce qu’est une coloscopie, il répond gentiment :
- On vous met une petite caméra dans le cul pour voir ce que vous avez dans le ventre.

L’anesthésiste.
C’est un pe
tit homme pressé, inaudible et sournois.
Un comble : depuis sa consultation, je ne ferme plus l’œil de la nuit. A-t-il seulement tous ses diplômes?

La veille…

La panoplie.
Pyjama, robe de chambre, pantoufles : que du neuf pour le vieux !

Le dernier repas.
A 18 heures, une soupe de semoule précise : on a compté les grains.

Le jour « J »...

Le voisin de chambre.
12 colos, 3 ulcères, 2 occlusions et une rectocolite …
Moi je dis « Respect ! ». Avec mes amygdales et mes végétations comme unique fait d’armes, je suis un débutant.

L’infirmière.
Elle est souriante, et même quand elle ne sourit pas, je lui prête un sourire tellement j’ai besoin qu’elle sourit.

Choc corridor.
Dans le couloir qui mène au bloc, allongé sur le chariot, déjà froid, j’entends :
- Arrêt cardiaque ! arrêt cardiaque !
Mon cœur s’affole. Je retiens mon souffle.
- Arrêt cardiaque au troisième étage.
Ouf ! Je suis sauvé ! Nous sommes au quatrième…Pas de compassion à cet instant entre souffrants. Plutôt lui que moi. Conscience quand même avant de m’endormir d’être un petit salaud…

Salle de réveil...

- Réveillez vous Monsieur ! Réveillez vous Monsieur !
Que ce « Monsieur » fait plaisir…
- Je me réveille Madame, je me réveille Madame.
Exquise politesse de la vie…

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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 13:56
clinique du Parc
clinique du Parc

Pour mon mal d'épaule persistant, on m'a conseillé ce centre médical.

Je comprends tout de suite mon erreur : dans la salle d’attente il n’y a que du jeune, du beau, du lourd, du musclé. De quoi j’ai l’air, moi, au milieu de ces corps bodybuildés?

La secrétaire, à l'accueil, elle aussi, s'est trompée, Monsieur, vous accompagnez qui?

Le médecin lui, a la tête de l’emploi, type brute spécialisée dans la préparation physique des piliers de rugby. Il me "soupèse" d’un œil dubitatif. Visiblement mon morphotype est ici inconnu...

Et vous faites encore du sport?... Alors je lui récite mon passé glorieux de sportif, j’ai été 30/3, il y a 20 ans, au tennis, et présentement, je suis en passe d’obtenir ma carte d’autorisation de parcours au "6 trous" du golf municipal. Le toubib sourit, il aura quelque chose de drôle à raconter ce soir à ses amis.

Capsulite rétractile, il a diagnostiqué, pas grave mais long, très long, surtout à votre âge... un an, parfois deux, parfois trois, et un risque certain d’avoir le même problème sur l’autre épaule ensuite. Il se veut rassurant, mais après, au moins, vous serez tranquille!

En douce, je fais mon compte et je me réjouis tristement: je pourrais donc, avec un peu de chance, avoir mon autorisation de parcours au golf municipal en fin de vie…

Il me reconduit, soudain gentil, comme s’il accompagnait un vieil oncle à la porte de sa maison de retraite. Soyez patient et surtout pas de geste brusque! me conseille-t-il en me donnant une poignée de main vigoureuse qui m'envoie dans tout le corps une atroce douleur.

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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 13:29

 Beaubourg  2014 (extrait)

On gardera ces mots tendres, les caresses du vent, les pluies légères, la ligne bleue des montagnes d’Auvergne, une lumière d’automne, l’odeur d’herbe coupée.

Il suffira de la tranquillité un peu fade des choses pour être heureux

On se souviendra d'un regard , d'un sourire, de larmes vite essuyées d’un revers de la main, d'un poème de Verlaine, de mon enfant ma sœur qui songe à la douceur, d'une pause-café, du voyage à Meudon qu’on a pu faire ailleurs.

Il suffira de la tranquillité un peu fade des choses pour être heureux

On oubliera les planètes lointaines, les visages étranges, les objets sans nom, le temps qui passe au loin, les histoires à venir, les lendemains qui chantent, le quai d’un port brumeux, les plaines d'Anatolie, ce saut à l’élastique.

Il suffira de la tranquillité un peu fade des choses pour être heureux

On fera le voyage immobile

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13 août 2014 3 13 /08 /août /2014 09:39
Les Verts sont éternels

En silence j’avais pleuré toutes les larmes de mon corps. J’étais inconsolable. Inconsolable je suis resté. Parfois je me dis que ma vie débutera vraiment lorsque les verts deviendront champions d’Europe.

Laurent Sagalovitsch, « Loin de quoi ? » (Actes Sud)

Les jours de derby, il faut trouver sa place. L’usine d’en face crache sa fumée ocre. Des ouvriers sont aux fenêtres, d’autres même sur le toit. La tension est extrême. Dans les tribunes, personne n’est assis. Les joueurs, on les enverra à la mine s’ils ne savent pas jouer. En équilibre sur un pied, mon père me porte sur ses épaules. J'ai très peur de tomber et surtout d’étouffer si je reviens sur terre.

Pour les matchs ordinaires, le dimanche après-midi, à la mi-temps, comme il n'y a pas foule, on change de place pour rester près des avants.On est sûr, ils vont marquer! Curieusement, dans les tribunes latérales, c’est assis sur les marches des escaliers qu’on voit le mieux. Ailleurs, des places numérotées, qui valent quand même une petite fortune, les piliers en béton masquent une partie du but opposé. Il faut se tordre le cou pour suivre le jeu dans la surface de réparation. Mon père qui a fait tout seul les plans de sa cabane de pêcheur au bord de la Dunières est furieux. Il dit que tous les architectes sont des incapables.

Après le match, on prend le bus qui nous laisse à Dorian. C’est la fin de l’automne, Place du Peuple, près du café Rizzi, il y a une petite locomotive noire où grillent les marrons. Mon père marche vite. Je cours derrière en me brûlant les doigts dans le cornet.

On arrivera à temps. L’émission de Serge, l’historien du cirque se termine. On écoute à la radio tous les résultats sportifs du dimanche. Et on les commente.

Et puis, et puis, le temps a passé…

Il y a eu Rocheteau l’ange vert, le petit dribleur hollandais Rijvers surnommé ” trottinette “, Njo Léa le fantasque, Mekhloufi l’élégant, les frères Tylinski, le grand Ferrier qui ensuite acheta un bar à La Ricamarie ou au Chambon, l’arrière Wicart, le capitaine Domingo que je croisais à la boulangerie vers Badouillère, le gardien Abbes, sa doublure Ferrière, et aussi, jouant au centre, De Cecco. Il y eut les improbables N’Doumbé, Baulu, Zimako qui se perdirent souvent dans les brumes du poteau de corner, le génial Keita, Janvion l’intraitable, Lopez le rigoureux, l’ordonné Curkovic, Bosquier et Piazza les flamboyants, Carnus le discret, Triantafilos dit ” Tintin “, l’opportuniste, Rep le chanteur, Alex le dilettante, Le grand Castanéda.

Et puis et puis…

Le foot à la radio, c’est mieux qu’à la télé. Comme si le temps n’avait pas prise. Les soirs de match, je reste aux aguets. Une voix dans la nuit ” Ici le stade Geoffroy Guichard à St Etienne… “. Mon cœur bat plus vite. Ont-ils marqué? Les Verts sont éternels.

http://www.ina.fr/audio/PHD88013951,

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29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 09:35

 

Il n’était pas bête! Il savait que le monde existait avant lui et existerait après. Quant à savoir si ce monde était triste ou gai, juste ou injuste? C'était selon son humeur. Et son humeur, le plus souvent, le journal télévisé de 20 heures la dictait. Hier, le présentateur avait ouvert sur les morts de Gaza, parlé ensuite du crash du Boeing en Ukraine puis d'une mini-tornade en Ardèche enfin d'une agression à l'arme blanche. Rien que des morts et des blessés. A 20h30, son humeur était morose, le monde triste et injuste.

Et puis, il avait regardé le film qui suit le journal télévisé: c'était "le gamin au vélo" des frères Dardenne, primé au festival de Cannes, 3T rouges sur Télérama. Un beau film simple et généreux où on voit une bonne personne, jouée par Cécile de France, se prendre d'affection pour un gamin abandonné. A 22h30, grâce à Cécile, le monde était toujours injuste, mais moins triste.

Il n'était pas bête, vers 23h il se coucha avec l'intuition que son monde, c’était de la télé, au mieux du cinéma, qu’un autre monde devait exister, le même, mais hors du regard des hommes, inaccessible, impavide, indifférent... En cherchant le mot juste, il s'endormit.

Il ouvrit les yeux sur les yeux de Scarlett. Que regardait-elle ? L'empilement des siècles? Le fatras des galaxies? Il entendit à la radio l'alerte orange. Il mit le nez dehors. La lumière du matin était celle d’un soir d’été juste avant l’orage.

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