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 Microsystoles,  le blog d'Emile Gillmo
microfictions, microfrictions, microfrissons

Roman social

Emile Gillmo #Chroniques

 

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Les cohortes d’esclaves  avançent dans le désert. Margaret repose la tasse sur la table basse. Le thé est encore brûlant. Elle se lève, regarde au loin à travers  la baie vitrée le chantier du  stade. Les grues et les pelleteuses, la multitude d’hommes minuscules coiffés de casques  jaunes. Elle  ouvre un battant, la rumeur est assourdissante,  referme aussitôt, se retourne. Une sorte de centurion romain hurle des ordres dans un anglais impeccable.  Les esclaves se dispersent en courant dans la carrière soulevant un nuage de poussière ocre. Margaret éteint la télévision. En posant la télécommande, sa main heurte la tasse.

Quand Norma entre dans le salon, Margaret  montre le désastre:

- Voyez comme je suis maladroite ! Faites ce que vous pouvez.

- Ce n’est rien, Madame, je vais arranger ça.

Margaret   hausse les épaules et gagne son bureau. Elle cherche son bloc-notes  parmi les livres.  Elle marque  au stylo rouge « urgence : écrire un roman social ! »


Transfert

Emile Gillmo #Chroniques

 

 

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- Le jour se lève. C'est bien de commencer comme ça à n'importe quelle heure de la journée. Oui! Oui! Même tard le soir, le jour se lève.

Il soupire et ne dit rien.

- Ensuite je cueille les oranges et les citrons en plein hiver à Forbach. Oui!Oui! Même à Forbach, des citrons et des oranges!

Il soupire et ne dit rien.

- Ensuite je m'interroge sur le pouvoir des mots. Sur le temps qu'il leur faudra pour  me construire un  destin décent, notre histoire racontable.

Il soupire et ne dit rien.


L'homme penché sur le divan me ressemble comme une goutte d'eau et je suis pas peu fier d'avoir réussi sous sa forme une autre vie.


 

Coup de chapeau

Emile Gillmo #Chroniques

 

 

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Deux ombres se croisent en ce jour d’hiver finissant
Qui portent leurs rêves et leurs peurs.
 

 

Pour se saluer elles écartent avec la main de quelques millimètres du sommet de leur crâne d'ombre un chapeau.


Et ce petit geste provoque l’hilarité de l'ombre à casquette au mégot rougeoyant.

 


L’oeuf

Emile Gillmo #Chroniques

 

 

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La pointe arrondie et dure de la petite cuiller en métal argenté
tape la coquille, la fracasse.
J’écarte entre le pouce et l’index les fragments brûlants,

les dépose sur le bord de l’assiette.
Nu, l’oeuf apparaît tremblotant, mou, honteux, sorte de sexe ovale
qui débande.
J’avale l’ovale au débotté, comme ça.


Tard dans la nuit, je le restituerai avec ma bile.


L'aventure, c'est l'aventure

Emile Gillmo #Voyages

 

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Elle me demande si, un jour, dans ma vie, j’ai connu l'aventure. Je souris.

-  Oui, oui. Un jour, c’est vrai, un type est venu chez moi. Il ressemblait  à Patrick Dewaere, dans Série Noire, un jeune gars plein d’énergie, écorché vif, qui bougeait beaucoup et parlait à toute vitesse. Il voulait me parler de tas de choses, des gens, de la vie,  du monde. Je l’ai tout de suite aimé. Le coup de foudre!  

 - Alors ?

  - Pouvais-je le laisser entrer et s’installer chez moi?  Non. J’ai refermé la porte. J’ai  mis le DVD dans le lecteur et je me suis assis dans mon fauteuil, devant la télé, au salon. Avec la télécommande, j’ai monté le son. Sur l’écran, j’avais le film en vrai.

 

http://www.youtube.com/watch?v=P7QbCk4IU38


Frontières

Emile Gillmo #Littérature

 

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Régis Debray fait l'éloge des frontières (Gallimard). Il a raison.    

Sans frontière, plus d'ailleurs, plus de fuite, plus de refuge, plus de salut, plus de terre promise, plus d'Eldorado. Se sentir partout chez soi, c'est être un peu nulle part, c'est le monde transformé en hall de gare, en salle des pas perdus. Vous allez où? Je vais chez moi. Et vous venez d'où? Je viens de chez moi. Et vous êtes où ici? Je suis chez moi. Triste, triste d'être partout en pays de connaissances! Sinistre, la mondialisation de l'home (!). Où pouvoir cultiver sagement désormais son petit lopin de terre si la terre entière est notre jardin? Où trouver son petit coin de paradis? Et puis l'intelligence a ses limites et la bêtise est sans frontières.

Les jours heureux

Emile Gillmo #Petites histoires

 

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Tout est arrivé en même temps: bébé, chat et plante verte. Le bébé, ce fut difficile. Le chat, on l’a choisi, et la plante, on nous l’a offerte. On l’a mise dans le jardin près du petit bassin. La plante était carnivore. Le chat  a disparu, puis le bébé. La plante a  grossi. Du coup on s’est retrouvés seuls, comme des cons, dans la maison. Alors on a gardé la plante. On la regarde, de loin. C’est tout ce qui nous reste des jours heureux.


Thérapie de couple

Emile Gillmo #Petites histoires

 

 

série noire 2 

 

 

Calé dans son fauteuil, il pérore :

- Bien sûr Donald n’est jamais aussi amoureux que Daisy, Roméo que Juliette, Paul que Virginie, ou l’inverse, vous me comprenez ? L’amour, c’est compliqué… Ils n’ont pas d’ailleurs du mot amour la même définition… Pour l’un, c’est l’assouvissement d’une sorte de désir primaire quasi bestial… Mais sublimé… Oui, sublimé, rassurez-vous, on n’est pas tout à fait des bêtes, quand même !

Il a dit ça en rigolant. Maintenant il se pourlèche les babines et prend un air gourmand: 

 - C’est une  sorte d’appel du sexe, disons, pour être plus correct, d’appel des sens, tandis que pour l’autre, c’est… C’est plus subtil, plus délicat, à tel point qu’il aura même des difficultés à le définir, l’amour…  Donc, comprenez- moi bien, quand des amoureux s’envoient des « je t’aime » à la figure, s’installent de terribles malentendus qui peuvent dégénérer en drame… En tragédie même...

Il s’interrompt un instant, plisse les yeux puis reprend :

- Il y a une énorme différence entre le « je t’aime - je veux te baiser » et le « je t’aime - je veux vivre avec toi jusqu’à la fin de la vie »...  C’est comme la fidélité… L'un, ne l’imagine que...  

Notre  psy  est intarissable, il peut  nous en débiter des comme ça à la pelle. Moi je regarde en douce ma montre. Ses propos m’horripilent.  Elle, elle semble boire ses paroles, les yeux exagérément ouverts, hochant la tête pour approuver.  C’est d’ailleurs ce qui m’agaçe surtout chez elle, cette fascination qu’elle a pour tous les charlatans et bonimenteurs du bulbe. En plus, ces séances répétées toutes les semaines pour soi-disant sauver notre couple  me coûtent  un max! 

- C’est sur l’amour qu’on  dit toujours les plus grosses conneries! 

J’ai sorti la phrase d’un coup, sans réfléchir, et le psy, d’un coup, s’est arrêté de bavasser et là, d’un coup, je me suis vraiment mis en colère...

J’ai tout cassé, très vite, dans le cabinet du psy. Comme il se tasse dans son fauteuil et me regarde les yeux exorbités, je lui  explose aussi  la tête, au psy, avec la statuette en bronze représentant deux corps entrelacés, qui traîne  sur son bureau.

Il y a  du sang partout. Ma Daisy est aux anges.

- Enfin, me dit-elle, tu a compris ! C’est comme ça que je t’aime.

Alors, après un furtif baiser, nous sortons ficelle et rigolards, par la fenêtre, côté jardin. Car,  du côté porte, on entend déjà du bruit.

 

 

 

 

Reality-Building

Emile Gillmo #Air du temps

 

 

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" Comment devenir les maîtres du monde? En centralisant l'ordre et la pouvoir autour d'une minorité et en semant le désordre dans le peuple, ramené au niveau de pantins paniqués. la méthode? L'ingénierie sociale: infiltration des esprits, analyse de nos moindres faits et gestes, contrôle des comportements à distance, marketing de l'intime et autres réjouissances qui font de nous de bons consommateurs."


C'est ce qu'on peut lire  sur la quatrième de couverture du bouquin "Gouverner par le chaos" (éditions Max Milo). Les auteurs (collectif anonyme) s'en prennent à la mondialisation et décrivent les différents moyens utilisés aujourd'hui pour aliéner les peuples.  Rapide (90 pages), mais stimulant.

Ce livre, je l'ai trouvé à la FNAC, placé bien en évidence, seul, sur un présentoir,  avec un petit billet élogieux d'une lectrice (une certaine Nathalie). Tout autour on vendait des ordinateurs Apple à des cadres dynamiques et des stations de jeux Sony  à des ados boutonneux.  Depuis, je m'interroge:  "Dans quelle stratégie de manipulation des foules,  dénoncée par le livre,  s'inscrivait cette promo? "

 


Les nuits de Restif

Emile Gillmo #Littérature

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«  A la chûte du jour, Du-Hameauneuf et moi nous paffions de la rue Bailleul par l’hôtel d’Aligre, dans la rue Saint-honoré, quand nous aperçumes une jeune Paysanne, d’environ 16 ans brunie par le hâle : Elle marchait à-côté d’une Petite perfone en-blanc, affés coquettement vêtue, ét très provoquante ! Nous primes Celle-ci pour une Ouvrière en –modes. Les deux Filles nous regardèrent, ét rentrèrent auffitôt, en nous attendant un peu  au –bas de l’efcalier. Nous ne doutames plus de ce qu’elles étaient, et nous alames à elles. »

 Restif de la Bretonne,   Les nuits de Paris (La petite paysanne trompée).

 

Heureux Restif dans ses virées nocturnes à Paris! Les nuits d’insomnie, ici, au village? Il y a  si peu de rues à courir qu’y rencontrer un chat serait l’Aventure.

 

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