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 Microsystoles,  le blog d'Emile Gillmo
microfictions, microfrictions, microfrissons

la seconde visite

Emile Gillmo #Chroniques

 

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Le médecin spécialiste qui me soignait n’est plus. Suicidé. Sans raison. C’est mon généraliste qui m’a appris la nouvelle. Avec précaution. Il sait que je suis sensible.

Je le connaissais peu, ce spécialiste, je ne l’avais vu qu’une fois. Mais le courant est passé. Je suis sorti en forme de sa consultation. Du coup, je l’aimais bien.

J’ai des regrets. Si j’avais pu lui dire, - « Docteur, je vous aime bien, j’ai besoin de vous ». Peut-être que ça l’aurait aidé dans ce moment difficile ? Un malade, c’est fait aussi pour ça.

Mais comme il m’avait presque guéri, j’ai tardé à lui faire cette seconde visite.


la parabole du perchiste

Emile Gillmo #Chroniques

 

 

 

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Je suis capable de tenir en équilibre à la pointe du pied, pendant de longues minutes, un balai posé sur son manche. Une fois j’ai même dépassé l’heure. C’est une activité  ennuyeuse et certainement peu télégénique. N’empêche, enfant, j’ai découvert, par hasard, ce don, le seul que je me connaisse, et l’ai entretenu en m’entraînant.  J’ai de la chance. Tout le monde, ne peut se dire, comme moi : « j’ai trouvé ce que je sais faire ».


Je pense au saut à la perche. A tous ces hommes et ces femmes de par le monde dont le seul don est de sauter à la perche mais  qui, comme elle ne leur sera jamais tendue, ignoreront toute leur vie qu’ils auraient pu sauter très haut avec. Combien de Serguei Boubka et de Yelena Isinbayeva oubliés ?



On me dit que la plupart des individus ont un don qu’ils n’ont jamais eu la chance de découvrir.   C’est certainement juste. Du coup je regarde d’un autre œil mon voisin. Mon voisin, un homme doué? Quand même, je doute. Quel pourrait bien être ce don qu’il n’a pas découvert ?

 


Mise en perspective historique

Emile Gillmo #Voyages

 

 

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De leur séjour en Bavière, ils conclurent, unanimes : « les Allemands sont sympas ».
Quelqu’un, qui savait son Histoire, ajouta : «Oui, ce sont des gens simples, qui vivent sans chichis et s’invitent chez vous à la bonne franquette ».

 

Colloque littéraire

Emile Gillmo #Chroniques

 

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C’est temps libre. Je lis négligemment « Terrasse à Rome » assis à la terrasse d’un café romain. Elle, que j’avais repérée pendant la conférence, m’a vu.
C’est ce que je souhaitais. Elle s’approche et se risque:
- Vous aimez Quignard?
- Certaines phrases.
- Comme ?
- Ce que dit Meaume « Chacun suit le fragment de nuit où il sombre ».
- C’est joli.

Devant mon air surpris, elle ajoute aussitôt, dans un petit rire et en imitant James Bond:
-  Meaume…Jolie Môme…
Qu’une femme d’allure aussi fine puisse sortir pareille plaisanterie dans cet endroit magique sur un tel sujet à un homme comme moi qui représente assez bien, je crois, la fine fleur de l’intelligentsia européenne, m’accable.
Ainsi, j’aurais porté un bob Ricard sur un marcel crasseux, étalé mon “Equipe” sur les restes d’un jambon-beurre devant une Kronembourg basique, que c’eût été tout comme !
Le coup est rude, mais je réagis en gentleman. Je me force à sourire, me fends d’un « très drôle » et, pour me mettre sans équivoque à hauteur de la belle, soulevant un coin de fesse droite, laisse filer un pet sonore et nauséabond du plus bel effet.
C’est réussi. Elle rit aux éclats, s’assoit à ma table et dit:
- Je vous observe depuis le début du colloque et je savais bien que, comme moi, vous n’étiez pas de leur monde »

Plasticienne

Emile Gillmo #Petites histoires

 

 

 

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- Vous avez une laideur intéressante.
C’est ainsi qu’elle l’avait réconforté lors du souper qu’ils avaient passé en tête-à-tête.
Mais, ensuite, comme il l’avait raccompagnée à la porte de son hôtel, elle le laissa à l’entrée, et lui serrant la main :
- Pensez à me donner de vos nouvelles après votre petite opération du nez.

 

L'art mesquin

Emile Gillmo #Chroniques

 

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Elle lui dit qu’elle l’a mis dans son tableau.
- La tache, au fond à droite, c’est toi.
Il l’aperçoit en effet, cette tache, qui bave un peu sur le ciel. Il s’éloigne, se rapproche, se décale pour voir l’effet produit.
Il lui fait remarquer qu’il y a aussi des taches ailleurs.
- Oui, oui, c’est sûr, je connais plein de monde.
Il est furieux qu’elle se moque, mais ne dit rien.
Ce soir, il trempera sa plume dans l’encre froide pour la coucher, seins nus, sur papier glacé.

 


 

 

Tyrolienne

Emile Gillmo #Petites histoires

 

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Je la rencontre lors d’une course en  montagne au croisement des deux sentiers qui vont de la vallée jusqu’au sommet du Poschachkogel. Comme tous les jours, j'ai pris la variante sportive. Il fait un temps de chien et nous sommes certainement les seuls de l’hôtel à avoir osé sortir. Elle s’appelle Natacha, ce qui n’est guère plausible, et parle avec un accent slave,  mais se débrouille bien en français. Nous décidons de poursuivre ensemble. Par temps clair, c’est une promenade facile. Aujourd’hui,  il faudra quand même être prudents.

Nous nous étonnons de ne nous être jamais rencontrés auparavant à l’hôtel.  Le matin au petit-déjeuner? Ou le soir au dîner? La salle à manger est vaste et il y a beaucoup de clients en cette saison, mais quand même, c’est étonnant! Peut-être que maintenant avec nos gros anoraks, les lunettes, la capuche et le bonnet, nous ne sommes plus très ressemblants à ce que nous sommes à l'hôtel! Il faudrait nous déshabiller. Nous éclatons de rire comme des gamins. Et pourtant nous en  avons passé l’âge! Comme elle est étrangère, je parle  lentement et j’aime bien cette manière qui donne du poids à mes paroles et de la profondeur à ma pensée. Du moins c’est l’impression que j’ai. Souvent, j’ai remarqué que mes plaisanteries font davantage rire les étrangers qui comprennent plus ou moins bien le français que mes compatriotes.

Notre conversation, débarrassée de son gras, va donc à l’essentiel. Aussi, à mi-chemin, comme nous nous entendons bien, nous envisageons qu’il sera peut-être possible de faire l’amour, mais une fois rentrés à l'hôtel, bien sûr, au chaud!  Avant le bol de chocolat!  Le Falknerhof Hotel l'offre traditionnellement, comme goûter, vers les 16 heures avec son énorme part de gâteau aux noix. C’est compris dans le prix de la pension. Oui à l’hôtel, ce sera quand même mieux qu’ici, plus confortable ! Et  nous pouvons quand même attendre, nous ne sommes pas des gamins, pas des bêtes non plus !   Nous éclatons de rire. Une fois l’accord conclu, comme le brouillard est de plus en plus épais, nous décidons  de regagner la vallée.

C’est alors que les choses se gâtent. Voilà qu’elle me dit qu’elle souhaiterait plutôt faire l’amour après le goûter qu’avant, nous aurons tout notre temps, et  nous serons reposés, mais  moi je préfère avant, parce que ça me met en appétitet puis  après avoir mangé, j’ai plus envie de dormir qu’autre chose, et puis c’est ce qu’on avait dit, on ne peut revenir là-dessus. J'ai dit ça en élevant la voix, elle ne répond pas. Nous descendons en silence. Je ressasse mes arguments et lui en veux terriblement  d’avoir changé la donne. Mais je ne céderai jamais. Dans notre couple en devenir, sur cette question futile, je sais qu'il y a un véritable enjeu  de pouvoir. Le charme est rompu. Ce n’est qu’une sale  pute venue de l’Est et sans doute même payée par l’hôtel pour appâter le client. Pour qui  me prend-elle ?  Ce qui est sûr, c’est que je n’ai plus rien envie de partager, ni le chocolat, ni le gâteau aux noix, ni l'amour.

Nous nous séparons à l’endroit même où quelques heures auparavant nous nous étions rencontrés,  Restons en là, Madame! Prenez le chemin que vous voulez,  je prendrai l’autre. Elle ne dit rien, ne se retourne pas, je la regarde s’éloigner. La garce m’a laissé  le chemin  dit "des familles" que je déteste !  Sous son  déguisement de montagne, à  quoi pouvait-elle bien ressembler ? Je vais la suivre de loin sans me faire remarquer jusqu’à l’endroit où le sentier passe sur une dangereuse corniche.

 


Vie associative

Emile Gillmo #Petites histoires

 

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Je voulais absolument participer à la vie du village.
Pour bien montrer que je ne plaisantais pas,  je lui ai mis une balle dans le genou. Dès lors notre conversation a pris un autre tour. J’ai obtenu très vite du secrétaire adjoint tous les renseignements que je souhaitais pour adhérer à la société de chasse de la commune. Avec le club de pêche, ce me fut plus compliqué d’enfoncer un hameçon de 13 dans le gosier du trésorier.

 


Les bords de l'Ilz

Emile Gillmo #Voyages

 

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Je longeais en VTT le sentier  qui remonte l’Ilz. A quelques kilomètres de Passau, j’aperçus, dans les minuscules clairières qui bordent la rivière, des hommes nus allongés sur des serviettes éponge. Pour bien montrer que je n’étais pas homophobe, à chacun je faisais en passant un petit signe amical de la main. Ce  n’était pas sans danger : des racines déformaient le sentier,  et plusieurs fois je manquai chuter, rattrapant de justesse avec la main droite la poignée du guidon que je venais de lâcher.
Mais je préférais courir ce risque plutôt que de passer pour quelqu’un d’une autre époque.

 


Carton rouge

Emile Gillmo #Chroniques

 

foot

 

Fragment du mur de Dan Perjovschi

Dessin à la craie

(Xème Biennale d'art contemporain de Lyon)

 

 

 

Pendant la dictature, le stade de foot  servait de lieu de détention. Comme le colonel était un ancien arbitre, il faisait en sorte que les prisonniers soient abattus par groupe de onze dans la surface de réparation, - une belle équipe, disait-il. Ça lui rappelait le temps où  sortant un carton rouge de sa poche et désignant du doigt le point de penalty,  il décidait  du sort de la partie. L’endroit était aussi idéalement placé, près de la fosse ombragée d’un sautoir. 

 
Pendant les périodes de démocratie, le stade était rendu à sa fonction première. Souvent, devant  l’extraordinaire engouement que connaissait le football, on était obligé de l’agrandir  pour qu’il puisse accueillir davantage de public.

- Cela pourra toujours servir, disait  notre colonel redevenu arbitre.

 


 


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