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 Microsystoles,  le blog d'Emile Gillmo
microfictions, microfrictions, microfrissons

L'escalier de Trouville

Emile Gillmo #Voyages

 

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Il pleuvine. Dans une ruelle, nous trouvons abri  à la terrasse d’une pâtisserie et partageons le thé avec une  inconnue, la quarantaine, assise à la table voisine, qui nous raconte  sa vie. Elle vient de perdre coup sur coup sa mère et une amie. Elle déprime.

Elle nous raconte aussi  le  charme  de Trouville l’hiver.   Quand on la quitte, elle montre de la main le bout de la rue, à l’église prenez à droite,  allez jusqu’aux Roches noires,  descendez l’escalier de l’écrivain,  (elle hésite sur le nom, je souffle, Marguerite Duras), oui, Marguerite Duras, puis revenez par la plage. C’est ce que j’aime faire. Nous faisons comme elle a dit, prenons une photo à la va-vite au bas de l’escalier pour ne pas regretter plus tard de ne pas l’avoir prise. Et là, miracle, dans le viseur, c’est Marguerite !

Les cheveux en quatre

Emile Gillmo #Chroniques

 

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C’est fini. La coiffeuse déplace lentement le miroir derrière ma nuque et me demande si ça va comme ça. Chaque fois, je réponds  en souriant: « Oui, ça va très bien, merci ». Comme je suis très myope et que, le temps de la coupe, j’ai posé mes lunettes sur la tablette devant moi, en vérité, je ne vois rien.  

Mais, remettre mes lunettes avant de répondre donnerait à mes paroles une solennité  d’autant plus  embarrassante  que je serais censé alors voir ce que tout le salon peut voir : ça ne va pas!  

 Il me faudrait donc, soit dire la vérité : « Non, ça ne va pas » et m’engager  dans une discussion périlleuse qui pourrait se conclure par un humiliant « Ce n’est pas ma façon de couper les cheveux  qui pose problème, Monsieur, mais la forme de votre tête ! », soit mentir, les lunettes sur le nez, et laisser croire que je manque totalement de lucidité quant à l’état de mon crâne, une fois ses cheveux coupés. 

Compte tenu de mon statut, maintenant bien établi au village, d’arbitre des élégances (je suis responsable au conseil municipal de la commission "embellissement"),  je préfère de beaucoup que les gens du salon expliquent ma réponse par ma forte myopie (le pauvre, heureusement, il n'avait pas remis ses lunettes!) plutôt  que par une défaillance grave de mon jugement esthétique. 

Comme dit un proverbe houbiste* « Le sage n’a pas besoin de lunettes pour ne pas voir ».

 

* Le houbisme est la doctrine philosophique du Marsupilami : « Houba ! » 


Famille

Emile Gillmo #Petites histoires

 

série noire 2

 

- On vient te violer !
- Entrez donc !
Je referme la porte et regarde ma montre.
- Mais c’est l’heure du laitier !
Maud m’embrasse comme d’habitude sur la bouche et Damien me tapote la joue.

Ensuite, nous poussons des AAhhh!, des OOhhh!, et faisons couiner le canapé, Coooin!, Coiiin!.
Après ça, comme il fait beau, nous déjeunons sur la terrasse. La conversation est plaisante. Fine mouche, Maud me demande comment vont mes fesses. Damien rit de bon cœur.
Je tiens à les raccompagner jusqu’à la gare. Du studio, ce n’est pas loin, on ira à pied. On s’arrêtera à la banque, je leur donnerai l’argent.

Au distributeur, Maud se prend en pleine tête une balle perdue. Damien s’enfuit. C’est comme s’il n’avait pas existé.
Je passe sur l’agitation qui suit. Indescriptible. Maud est morte.

Je rentre tard, épuisé de questions et d’attentes. Notre maison est isolée dans la campagne. La route m’a semblé interminable.
Damien se tient à l’entrée, inquiet. Comme d’habitude il me tapote la joue.
- Comment va Maman ?

 


Une vie de chien

Emile Gillmo #Chroniques

 

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Il souffre d’être seul.
- Que faudrait-il que je fasse pour avoir des amis ? Suffirait-il que je change de nom? Changer de vie? Dois-je aller même jusqu’à changer de moi?
Il se pose toutes ces questions en promenant (sans laisse et sans muselière) son énorme chien.
Quand on lui  dit que c'est son chien qui gêne sa vie sociale, il n’en revient pas.  Il explique qu’il est plus lui-même avec son chien que sans.
- La preuve, c’est que quand je sors sans mon chien, on ne me reconnaît pas.
Comme on insiste, il se met en colère et envoie son chien sur nous.


 


La tombe de l'écrivain connu

Emile Gillmo #Voyages

 

 

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J’ai toujours aimé lier mes déplacements à la littérature et à la bonne bouffe (ne soyez pas uniquement géographe, disait mon prof à la Fac, ce serait quand même trop bête !). Aussi, à Saint-Malo, après le déjeuner, en passant par la plage à marée basse, je me rends sur l’île du Grand Bé pour voir la tombe de Chateaubriand. C’est aussi un hommage rendu à Lagarde et Michard.

 

« Un caractère moral s’attache aux scènes de l’automne : ces feuilles qui tombent comme nos ans, ces fleurs qui se fanent comme nos heures, ces nuages qui fuient comme nos illusions, cette lumière qui s’affaiblit comme notre intelligence, ce soleil qui se refroidit comme nos amours, ces fleuves qui se glacent comme notre vie, ont des rapports secrets avec nos destinées. »

« Mémoires d’outre-tombe »  Chateaubriand

 

J’ignore si les jeunes gens assis  négligemment sur la balustrade qui entoure la tombe ont lu ces mots, mais ils discutent et rient sans se soucier de l’éternel repos de l’illustre écrivain. J’envie cette insouciance.

C’est vrai que nous ne sommes  qu’à la fin de l’été, nous respirons un air résolument marin et la vie sur la mort semble encore avoir tous les droits.

 

Port de Goury (Cap de la Hague)

Emile Gillmo #Voyages

 

 

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Grâce à ces usines atomiques, ce côté-ci du Cotentin est moins couru : on peut y passer des vacances tranquilles dans des villages sur subventionnés qui rutilent de  coquetteries.  

A Goury, on  se pointe  au resto le soir sans réserver. Les  poissons dans l’assiette sont magnifiques et pas fluo du tout. On a un peu mauvaise conscience d’avoir voté Europe Ecologie. Le nucléaire a du bon.


Un thé à Veules Les Roses

Emile Gillmo #Voyages

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A 17 heures, il s’installe à la terrasse d’un café intello et désuet recommandé par le guide du routard.  Comme toujours, la jeune serveuse est magnifique. Il prend le thé dit « du poète solitaire ». C’est juste de l’eau teintée, bouillie et un peu chère, mais il est ravi: il tient son rang.

 


Solidarité intergénérationnelle

Emile Gillmo #Petites histoires

 

série noire 2

 

Il n’y a plus de client dans la boutique.  Jules n’a pas le crâne rasé et ne vote pas FN. Jules n’est pas un adepte de l’autodéfense. Au contraire, il a  cette bonne tête du brave gars qui milite pour les droits de l’homme et pense à gauche. Tout  se passe donc comme prévu. Paniqué, il ne voit pas que je le braque avec ce jouet de pacotille, une mauvaise imitation faite en Chine achetée  au bazar du coin. Sans que je demande rien,  il met l’argent de sa caisse  dans ma sacoche  et s’allonge  derrière le comptoir,  mains sur la nuque, comme il a vu faire dans les séries télé. Après avoir enlevé ma cagoule et mes gants,  je peux sortir  aussi tranquillement que je suis entré. Deux rues plus loin, je  monte dans le bus. Il est bondé. Un  lycéen se lève immédiatement pour me laisser sa place.

- Tenez Monsieur!

- C’est bien, jeune homme d’avoir pitié de mon grand âge !

Il sourit timidement. Je me  dis  qu’on est vraiment  injuste avec la jeunesse.

Alors, calé sur mon siège, les bras croisés sur la sacoche, les yeux clos, je me laisse aller jusqu’au terminus dans un demi-sommeil. Une fois rentré à la maison, je compte mes sous… Mon complément retraite !  Puis les planque sous les lattes du parquet de la salle à manger, comme j’ai vu faire dans les séries télé.

Il finira par appeler. Au téléphone, mon petit Jules a sa voix blanche des mauvais jours :

- Grand-père, c’est terrible !  Je me suis encore fait braquer ! 

 


Le cirque d'Houlgate

Emile Gillmo #Air du temps

 

 

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Ils ont mis les caravanes du cirque d’une fille Fratellini à l’écart dans une prairie près du stade de motoball.   C’est un modeste campement. Il y a un chameau trop petit pour manger les feuilles de l’arbre qui l’abrite, un lama aux beaux yeux embués et une chèvre (est-elle savante ?) dont le licou est suffisamment long pour qu’elle puisse s’aventurer sur la route et se faire écraser.  Elle le sera. On ne la voit plus le jour suivant. Ou, peut-être, les gens du cirque l’ont-ils mangée, la recette du soir n’étant pas suffisante ?

Toutes ces bêtes ont l’air bien malheureuses. Comme on a entendu Sarkozy et Hortefeux la veille à la radio, on mélange tout.  Alors, on se dit,  qu’on en finisse, il faut reconduire tout ce petit monde en Roumanie.


Le golf d'Etretat

Emile Gillmo #Voyages

 

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A Etretat, on préfère regarder les joueurs qui se succèdent toutes les 10 minutes sur  le green du 4  plutôt que les fameuses falaises tant vues et photographiées. C’est que le golf est magnifiquement situé au-dessus de la Manche et les joueurs sont tous d’un excellent niveau.  Sans doute  une bonne  maîtrise du jeu est-elle exigée pour accéder au parcours? On voit même des randonneurs s’arrêter sur le sentier du littoral, qui borde  le golf, pour applaudir  en connaisseurs une belle approche, et des joueurs, un peu ironiques, lever leur casquette pour les saluer quand ils ont réussi leur putt.

Bien sûr, on sait qu’un jour cela finira mal : le golf d'Etretat desséchera faute d’eau, les riches golfeurs seront ruinés par  la crise économique puis pendus par les écologistes. Rongée par des vagues rancunières, la falaise s’écroulera emportant au fond de l’eau veaux, vaches,   cochons, randonneurs et  poulets, greens, fairways, bunkers, et drapeaux ...

La vie est un spectacle éphémère.

 

 http://www.golfetretat.com/

 


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