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 Microsystoles,  le blog d'Emile Gillmo
microfictions, microfrictions, microfrissons

Chevillard est une médecine douce

Emile Gillmo #Littérature

 

 

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Comme on lui piquait ses revues dans la salle d'attente (sauf celles sur le foot!) le toubib a fini par ne plus en mettre. On lui a volé aussi le papier hygiénique et le savon dans les toilettes. Ici, au village, c'était du jamais vu! Aussi, désormais, quand je vais consulter, j'apporte ma lecture. Pour le reste, je prends mes précautions. Aujourd'hui c'était "Choir" d'Eric Chevillard (Les Editions de Minuit) et ça tombait bien parce que j'avais le moral dans les chaussettes. En attendant mon tour, j'ai pu lire les 64 premières pages et ça m'a requinqué. Me demandez pas trop pourquoi, mais c'est plein de phrases qui sont de petits bonheurs. Je vous en donne une "On ferait un bosquet peut-être en rapprochant les arbres, puis en les liant un fagot". Moi, cet agencement du monde par la phrase, ça me fait chaud au coeur. Du coup, quand le médecin m'a fait entrer dans son cabinet et m'a demandé comment ça allait, j'étais encore sur mon petit nuage et j'ai répondu trop vite, sans réfléchir:

- Mais très bien Docteur !



Boa

Emile Gillmo #Petites histoires

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Il nous raconta une histoire horrible, que l’homme avait été englouti pendant son sommeil par un boa et qu’ensuite, ses amis, pour le venger, avaient fait cuire le boa au court bouillon et l'avaient mangé.

 


Des mots si doux

Emile Gillmo #Petites histoires

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- Soyez sages les enfants, fermez les yeux et faites de longs et beaux rêves.  

Il sort, laissant entr'ouverte la porte de la chambre désormais silencieuse.


- A moi maintenant, il faut aussi que je prenne soin de moi. 

Il prend dans la cuisine  la cordelette et le tabouret puis va au salon, caresse la poutre avec la main.

 

- Quand elle rentrera, maman aura une jolie surprise!

 Il sourit. Tout est prêt.

 


 


Fashion victim

Emile Gillmo #Petites histoires

 

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« Dans un léger sifflement, elle glissa sur le tremplin, s’envola, resta
suspendue sur les airs, crucifiée. Et puis… »


Vladimir Nabokov « La Vénitienne et autres nouvelles » Gallimard (1990)

 

 

 

Ce sport n’était pas de son monde. Il détestait les foules braillardes et bigarrées massées sur le bas-côté des routes, parfois menaçantes jusqu’à l’étouffer. Il s’était même toujours retenu dans l’ascension des cols, où pourtant il excellait, par peur de porter l’affreux maillot blanc à pois rouges du meilleur grimpeur. Il avait su éviter le journaliste gnome de la télévision qui posait juste après l’arrivée des questions stupides aux coureurs ridicules dans leurs habits de clown. Mais aujourd’hui il faisait la course en tête. Il avait ignoré les conseils de son directeur sportif et découragé dans la montée, par ses accélérations successives, les petits colombiens et les maigres espagnols. Il était passé seul au sommet, s’était jeté dans la descente sans prendre la précaution de se protéger du froid avec une feuille de journal glissée entre  maillot et  poitrine. Il avait reconnu l’étape au début du printemps, il savait que là, au bout de cette ligne droite, il y avait un virage serré et qu’il lui fallait impérativement ralentir pour le passer. Il sourit, il ne porterait jamais l’horrible maillot. Il releva la tête, respira un grand coup.  On le vit voler un instant  dans les airs, le buste droit, les bras ouverts, comme s’il fêtait une victoire.


 


Rêve interdit

Emile Gillmo #Petites histoires

 

 

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- Cette nuit, j'ai rêvé d'Anna. 

J'ai tout de suite compris que je n'aurais jamais du dire ça. Ça a jeté un froid et j'ai bien vu qu'on me regardait de travers. Les jours suivants, les gens m'évitaient, personne ne me parlait. Et puis on est venu me chercher, un matin, pour m'interroger. On a fait mon procès. J'ai eu beau répéter que ce n'était qu'un rêve, les experts ont dit qu'il n'y avait pas de rêve sans réalité et les juges ont conclu qu'on ne pouvait pas parler impunément de ses rêves. J'ai donc été puni.



Je n'ai revu Anna que des années plus tard, après la prison et les soins psychiatriques. Longtemps elle avait cru que j'étais parti comme ça, à l'autre bout du monde, sur un coup de tête. C'est ce qu'on lui avait dit. Et elle n'avait appris ce qui s'était passé que tout récemment. Mais elle me pardonnait.

- Après tout, ce n'était qu'un rêve, m'a-t-elle dit, dans un joli sourire.

 

Pêcheur d'eau douce

Emile Gillmo #Chroniques

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Comme il va souvent à la pêche, et de bon matin, on croit qu’il aime pêcher. Mais il déteste attraper du poisson, surtout en tenir un serré dans la main quand il faut lui arracher l’hameçon de la gorge. Ce qu’il aime, c’est marcher le long de la rivière et rêver. Avec la canne et la musette, il a sa place dans le décor: personne ne lui demande ce qu’il fait là. Sans, il devient suspect.  Il a appris à bien connaître la rivière, les courants, les remous, les  petits gouffres, et les moments de la journée où la truite ne mord pas. Il peut donner le change à quelqu’un qui l’observerait. Il fait comme s’il pêchait: il lance sa ligne, mais  s’arrange pour placer le leurre  là où il est certain de ne rien prendre.

I have a dream

Emile Gillmo #Petites histoires

 

série noire 2

 

 

Elle attendait dans ma chambre  sur le lit, complètement offerte. Je l’ai prise brièvement. Nous n’avons pas échangé un mot.  Soudain la porte s’est ouverte et ils sont tous entrés. Une foule de journalistes et de paparazzi, avec des caméras et des micros. Ça flashait et ça hurlait de tous les cotés. J’étais terrifié,  et puis j’ai reconnu ma mère. Elle pleurait. Ma femme, et ma fille aussi.  Quelqu’un a crié, tu es la honte de la famille, et là, je me suis réveillé, tout en  sueur.


Le plafonnier était allumé, j’étais allongé sur le lit, à moitié déshabillé et j’avais très mal à la tête. Je me suis redressé péniblement. Sur le chevet, il y avait un verre cassé et une bouteille de scotch vide.  Mon tube de Valium  était ouvert.  Un des deux fauteuils près de la fenêtre était renversé.  Le poste de télé était allumé.  En clignant des yeux, dans l’incrustation sur l’image, en haut à droite, j’ai vu qu’il était  6 heures 57.  Je me suis traîné vers la salle de bain. Elle gisait là, nue, le visage tuméfié, les yeux exorbités, la ceinture blanche d’un peignoir autour du cou.  Je me suis vu dans le miroir. J’étais pâle et mon avant-bras droit était couvert de griffures rouges. Qu’avais-je fait ? Je me suis  pincé pour m’assurer que je n’étais pas dans un mauvais rêve !


La voix me parvint du présentateur du journal TV du matin qui  annonçait déjà la nouvelle, souvent la réalité dépasse la fiction. J’ai regagné la chambre,  j’ai éteint la télé, je me suis assis dans le fauteuil et j’ai attendu que la porte s’ouvre.

 


L'infini a ses limites

Emile Gillmo #Chroniques

 

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Il est sorti sur la terrasse. La nuit est calme, le ciel dégagé. Cela fait longtemps qu’il ne pense plus à regarder les étoiles. D’un doigt, il rajuste ses lunettes sur son nez et lève la tête. Le spectacle doit être magnifique, mais sa  myopie mal corrigée ne lui permet pas d'en profiter. A vue basse, l'infini manque de relief. Et puis tenir sa tête ainsi renversée est inconfortable. Il pourrait bien installer la chaise longue qui doit être rangée au grenier. Mais la chercher à cette heure tournerait à l'expédition. Le jeu n'en vaut pas la chandelle. 

Chasse interdite

Emile Gillmo #Petites histoires

série noire 2

 

 

Comme d’habitude Gus rentre de la chasse un peu éméché.

Il gare le break Peugeot dans la cour de la petite villa, libère le chien et ramasse son fusil puis laisse retomber le hayon. Sa femme est là, qui l’attend, les mains sur les hanches, l’air mauvais, méprisante :

- T’as vu l’heure ! Et je parie que t’as encore rien touché ! Mon pauvre Gus, t’es tellement maladroit ! Comme pour tout !

 Alors Gus s’arrête, arme son fusil, vise à peine. La femme tournoie  avant de s’écrouler.

Gus murmure :

- Si, cette fois, tu vois, je l'ai eu, le gros gibier.

 


Voyage organisé

Emile Gillmo #Chroniques

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Je suis parti en voyage. Une journée. C’était un voyage organisé. Il y avait  mon voisin de palier. Comme on est voisin, le voisin, dans le car, il s’est assis à la place d’à côté. Au repas de midi, il s’est assis en face. On a visité ensuite côte à côte le musée du chapeau. Tout le temps, il disait aux autres en me tapant sur l’épaule, - On est voisin.

Quand on s’est quitté le soir, sur le palier, le voisin  a dit, avant de refermer sa porte,  - Ça fait du bien de voyager, voisin, ça change les idées.

 


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