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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 10:04

 

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« À dix ans j’étais déjà vieux. Beaucoup plus tard, ensuite, j’ai rajeuni. Mais il m’en est resté le désenchantement qu’apportent les expériences précoces. Il arrive encore que je m’emballe bien sûr. Mais c’est presque toujours comme dans ces rêves,  où l’on sait que tout a lieu trop tard. On me dit quelquefois : « Tiens, vous n’êtes donc jamais allé en Amérique ? » Je m’en excuse sur le manque de temps, d’argent, d’occasions. Comment, sans que l’on croie à une plaisanterie, ajouter que je connais ? Evidemment, je parle de la vraie Amérique, celle où en fait on ne peut aller, c’est à dire de cette palissade brune et de ce terrain vague violâtre, avec un fond de maisons en escalier. Le reste n’est qu’anecdote. J’ignore de quelle façon la vraie Amérique se dérobe à ceux qui paraît-il en sont revenus. Il serait difficile de les convaincre que leur Amérique immense et réelle n’a pas de rapport avec la vérité »

          Jacques Réda, L’herbe des talus, Gallimard

    

Il était né « has been ». Se définissait lui-même comme un « passe-temps ». Pouvait rester des journées entières à observer les grilles des aérateurs. Il prenait l’air. Respirait le temps.

Il utilisait l’imparfait, même du subjonctif, ne mettait ni photos ni musiques. Ses écrits sentaient le vieux à plein nez. Quand il tapait sur le clavier, il portait son tee shirt délavé, celui avec l’inscription « I love Bove ».

Pour la fête des pères, et même s’il n’avait pas d’enfant, il s’était fait offrir un moule à madeleines en silicone.

Ainsi équipé, avec son Mac et ses allergies aux pollutions chimiques, il avait tout pour devenir le Proust de la modernité.

 


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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 15:06

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Sorbet au dessert!

 

Ça  passe tout seul, argumente la maîtresse de maison  et les autres, faux-culs, d’ajouter, meilleur pour la santé,  facile à digérer, ce n’est que de l’eau sucrée en fait, toutes  raisons qui font que je hais le sorbet, depuis toujours. 


Irrépressible envie  d’une glace à la vanille, épaisse, onctueuse, à l’ancienne, au lait entier.  Alors soudain je boude, je refuse et  dis méchamment,  je n’aime pas l'eau  sucrée


Eux s’étonnent. A son âge! Se mettre dans cet état! Pour un dessert! Un vrai caprice! Comme s’il avait 5 ans!  De la confiture à la place ?


Oui, ça ira très bien. Régression absolue. Involution. Mais si vous me mettez, avec, deux carrés de chocolat noir et un quignon de pain et une banane...Non!  une seule!   Ça m’ira encore mieux! Tout, sauf leur affreux sorbet. 


 

Je me justifie, solennel, péremptoire,  le sorbet, c’est fait pour les couilles molles, les fenarés. Je pontifie,  j’y consens à la rigueur entre deux plats ou comme mise en bouche pour préparer les papilles, mais en fin de repas! Touche ultime!  Dernier souvenir! De l’eau sucrée ! Vous vous rendez compte! C’est pas possible !

 

Moi d'ordinaire si calme, si poli, si soumis, je pète les plombs, je jette le masque, c'est une première, j’affirme qui je suis,  rebelle,  indépendant,  Che Guevara des entremets glacés,  je m’affranchis. Le sorbet, c’est rabat-joie, bonnet de nuit, peine à jouir, un truc d’écolo intégriste fait pour emmerder les peuples,  et d’un coup comme on parle politique, le ton monte. Alors  je renverse les plats et je quitte la table. Leur sorbet, ce sera sans moi ! Libre. 

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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 17:09

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"Je suis empereur d'une berge, seigneur de mes chiots, roi des Cèdres du Nord, protecteur des mésanges, allié des lynx et frère des ours. je suis surtout un peu gris, parce que après deux heures d'abattage de bois, je viens de m'envoyer un fond de vodka."


"Dans les forêts de Sibérie"  Sylvain Tesson  (Gallimard)


 

Le problème de Sylvain Tesson, c’est son père Philippe, une des plus belles têtes à claques du PAF (paysage audiovisuel français) avec FOG (Franz-Olivier Giesbert). On comprend mieux  les besoins de  voyages longs et de solitude profonde du fils quand on connaît la logorrhée du père.

 

Lettres de Sibérie plutôt réussies quand Tesson  raconte les petites choses de  sa vie quotidienne d'ermite dans une cabane isolée sur les rives du lac Baïkal et parle de ses rencontres  avec ses voisins russes. Et puis, on ne peut être qu'admiratif d'un écrivain capable de couper du bois pendant deux heures ! 

 

Sibérie ou pas, la solitude conduit à faire de trois fois rien une aventure. Quand on est seul,  chaque instant est là pour tenir compagnie. Instinct de survie du solitaire?  Retour de l'écrivain aux origines de la littérature?  Les deux, sans doute, mon capitaine!

On lira le bouquin de Tesson comme un roman d'aventures ou/et comme la thérapie d'un individu qui s'est sorti du groupe (on comprend mieux les besoins de voyages longs et de solitude profonde du fils..etc. etc)

 

Le livre de Tesson requiert un lecteur "à point", comme on dit d'un steak. Pour l'apprécier à sa juste valeur, il faut le lire au bon moment et au bon endroit. Mais, il y a des Baïkal partout, surtout en Auvergne. Choisissez la bonne rive. 

 

 


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1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 16:54

 

 

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Elle est fan absolue de Georges Clooney. Elle regarde  en boucle le dernier  spot Nespresso en répétant, trop subtil ! trop subtil ! Je m’approche de l’ordinateur et regarde avec elle. Je concède, c’est pas mal !

Elle se retourne furieuse: - Tu es sûr d’avoir bien tout compris ! Cette interrogation en abyme sur l'identité? Et le doute existentiel exprimé dans le dernier regard ? Il y a plus d’intelligence et de profondeur ici , en quelques secondes, que dans bien des films qui se poussent du col à Cannes !

- Tu exagères, je lui dis, on ne peut comparer! Et je lui fais remarquer aussi qu’avec Clooney  le prix du kilo de café, par dosette interposée, monte à 70  euros !

- Ce n’est rien, il le mérite, répond-elle, les yeux brillants.  Et puis, elle ajoute,  définitive,   avec  Georges, pas de risque, lui, qu’il  parte en Belgique planquer son fric ! Même dans une pub, il sait tenir son rang !


 http://www.youtube.com/watch?v=RoZgGXd1-Z8


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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 16:37

 

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Pour  affronter l’hiver, j’ai fait installer au salon un convecteur dit « intelligent ». Le constat est cruel :  ce convecteur  est  plus intelligent que moi. Il commande, dit quand  ouvrir les fenêtres, quand les fermer, quand entrer ou sortir de la pièce,  quand éteindre la télé, quand aller se coucher, quand partir en vacances.  Bien dans l’air du temps, il m’a programmé en mode « économie ». Tout écart de ma part: c’est le grand froid! Et il émet un petit sifflement moqueur quand, dans mon fauteuil, après le repas de midi, je lis  le « Monde », de la veille, en buvant mon thé.   

Il y a trop de choses intelligentes autour de moi ! Trop de choses qui me dépassent ! J’ai essayé  de piloter le convecteur  "intelligent",  les volets roulants "intelligents", le vélux "intelligent" avec mon smartphone "intelligent". Mais ces intelligences se contrarient! Comme quand on réunit, dans un même gouvernement, un quarteron d’énarques.

Mon convecteur, j'aurais dû le choisir un peu con!

 


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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 17:51

 

efferv

 

Ils sont une dizaine de petits vieux du village (au village, il n’y a plus que des vieux) à attendre sur le trottoir, dans le vent et le froid. La consultation ne commence que dans une demi-heure et  la porte du cabinet est fermée. Le médecin arrive enfin, sort de sa voiture péniblement,  s’appuie sur une canne. Vieil homme aussi, cheveux blancs, dos courbé. 

Ses patients l’entourent inquiets,

- Comment ça va Docteur?

- Pas très fort, répond-il, pas très fort!

- Vous tiendrez quand même le coup, Docteur ?

- Oui, oui, rassurez vous, dit-il dans un souffle, nous partirons ensemble.


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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 11:02

 

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Il faut nommer les choses pour qu’elles existent.

Le Maire est un homme habile : au lieu de coûteux équipements, il a fait installer une bonne signalétique. Si on suit l'idée, avec une simple pancarte, chaque village  pourra avoir son Zénith.


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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 13:28

"C'est pourquoi aussi le monde n'est pas petit et monotone, mais vaste et inconnu..."

Clément Rosset, Le philosophe et les sortilèges, (les Editions de Minuit)

 

 

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Comme rien, ici, ne distingue le centre de ce qui ne l’est pas, on peut  indiquer de partout que le centre est ailleurs. Ils ont placé habilement de chaque côté de la traboule la même pancarte indiquant le centre du village.  Ainsi, que le promeneur aille dans un sens ou dans l’autre, il va toujours au centre, mais sans jamais l’atteindre. Quand il se croit arrivé au centre, il découvre que le centre est ailleurs. Le centre du village est toujours là où il n’est pas. S’il ne se lasse pas avant, le promeneur éprouve un vrai désir de centre puis touche, épuisé, l’infini. S’il se lasse, il pense, agacé, ici, on me promène! 

 

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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 06:55

 

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Il en rêvait …

Une petite maison, les panneaux solaires sur le toit, une petite éolienne aussi, car on ne sait jamais. Un jardin potager, quelques légumes, trois poules pour les œufs, une vache pour le lait, un cochon, tout y est bon, et bien sûr, un chien, un chien méchant pour garder le tout. Et il mettrait partout des pancartes avec écrit dessus, en gros, attention danger, propriété privée, défense d’entrer



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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 16:06

 

 

 

 série noire 2

 

 

 

Je me rappelle le soir où elle s’est présentée.
 

- Comment vous appelez-vous, déjà, Mademoiselle ?

- Aurore, Madame, Aurore.

 - C’est un joli prénom, Aurore,    

Et Aurore avait souri. Un beau sourire.

Aurore était baby sitter. Elle m’avait été recommandée par une amie. Le petit Tom s’était très vite habitué à elle.  Les  soirs où Aurore le gardait, elle logeait jusqu’au matin dans une  chambre aménagée à l’étage.  Elle ne partait qu'après le petit-déjeuner.

- Dis au revoir à Aurore, Tom. 

- Au revoir Aurore, disait Tom.

 - Au revoir Tom, au revoir Madame, disait Aurore.

 - Au revoir Aurore, je lui disais, en l'accompagnant jusqu'à la porte.

Je ne savais rien de la vie d’Aurore. Aurore parlait peu et je ne lui posais pas de questions. Elle s’entendait bien avec Tom.  C’était l’essentiel.

Et puis un soir, en rentrant, j’ai vu la carte de visite posée contre le pied de la lampe sur le petit guéridon du vestibule. Elle était tachée de sang. Et j'ai lu ces mots, adieu Tom, adieu Madame, je suis désolée.    Et j’ai vu le prénom, Horror.

 


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