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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 09:18

 

 

oeufs.jpg

 

 

 

La pointe arrondie et dure de la petite cuiller en métal argenté
tape la coquille, la fracasse.
J’écarte entre le pouce et l’index les fragments brûlants,

les dépose sur le bord de l’assiette.
Nu, l’oeuf apparaît tremblotant, mou, honteux, sorte de sexe ovale
qui débande.
J’avale l’ovale au débotté, comme ça.


Tard dans la nuit, je le restituerai avec ma bile.


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Published by Emile Gillmo - dans Chroniques
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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 07:40

 

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Elle me demande si, un jour, dans ma vie, j’ai connu l'aventure. Je souris.

-  Oui, oui. Un jour, c’est vrai, un type est venu chez moi. Il ressemblait  à Patrick Dewaere, dans Série Noire, un jeune gars plein d’énergie, écorché vif, qui bougeait beaucoup et parlait à toute vitesse. Il voulait me parler de tas de choses, des gens, de la vie,  du monde. Je l’ai tout de suite aimé. Le coup de foudre!  

 - Alors ?

  - Pouvais-je le laisser entrer et s’installer chez moi?  Non. J’ai refermé la porte. J’ai  mis le DVD dans le lecteur et je me suis assis dans mon fauteuil, devant la télé, au salon. Avec la télécommande, j’ai monté le son. Sur l’écran, j’avais le film en vrai.

 

http://www.youtube.com/watch?v=P7QbCk4IU38


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Published by Emile Gillmo - dans Voyages
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13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 09:15

 

 frontieres.jpg

 

 

Régis Debray fait l'éloge des frontières (Gallimard). Il a raison.    

Sans frontière, plus d'ailleurs, plus de fuite, plus de refuge, plus de salut, plus de terre promise, plus d'Eldorado. Se sentir partout chez soi, c'est être un peu nulle part, c'est le monde transformé en hall de gare, en salle des pas perdus. Vous allez où? Je vais chez moi. Et vous venez d'où? Je viens de chez moi. Et vous êtes où ici? Je suis chez moi. Triste, triste d'être partout en pays de connaissances! Sinistre, la mondialisation de l'home (!). Où pouvoir cultiver sagement désormais son petit lopin de terre si la terre entière est notre jardin? Où trouver son petit coin de paradis? Et puis l'intelligence a ses limites et la bêtise est sans frontières.

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Published by Emile Gillmo - dans Littérature
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3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 14:57

 

chat-1.jpg

 

 

Tout est arrivé en même temps: bébé, chat et plante verte. Le bébé, ce fut difficile. Le chat, on l’a choisi, et la plante, on nous l’a offerte. On l’a mise dans le jardin près du petit bassin. La plante était carnivore. Le chat  a disparu, puis le bébé. La plante a  grossi. Du coup on s’est retrouvés seuls, comme des cons, dans la maison. Alors on a gardé la plante. On la regarde, de loin. C’est tout ce qui nous reste des jours heureux.


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Published by Emile Gillmo - dans Petites histoires
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1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 14:59

 

 

série noire 2 

 


Calé dans son fauteuil, il pérore :

- Bien sûr Donald n’est jamais aussi amoureux que Daisy, Roméo que Juliette, Paul que Virginie, ou l’inverse, vous me comprenez ? L’amour, c’est compliqué… Ils n’ont pas d’ailleurs du mot amour la même définition… Pour l’un, c’est l’assouvissement d’une sorte de désir primaire quasi bestial… Mais sublimé… Oui, sublimé, rassurez-vous, on n’est pas tout à fait des bêtes, quand même !

Il a dit ça en rigolant. Maintenant il se pourlèche les babines et prend un air gourmand: 

 - C’est une  sorte d’appel du sexe, disons, pour être plus correct, d’appel des sens, tandis que pour l’autre, c’est… C’est plus subtil, plus délicat, à tel point qu’il aura même des difficultés à le définir, l’amour…  Donc, comprenez- moi bien, quand ils s’envoient des « je t’aime » à la figure, s’installent de terribles malentendus qui peuvent dégénérer en drame… En tragédie même...

Il s’interrompt un instant, plisse les yeux puis reprend :

- Il y a une énorme différence entre le « je t’aime - je veux te baiser » et le « je t’aime - je veux vivre avec toi jusqu’à la fin de la vie »...  C’est comme la fidélité… L'un, ne l’imagine que...  

Le  psy  est intarissable, il peut  nous en débiter des comme ça à la pelle. Moi je regarde en douce ma montre.   Ses propos m’horripilent.   Elle, elle semble boire ses paroles, les yeux exagérément ouverts, hochant la tête pour approuver.  C’est d’ailleurs ce qui m’agaçe surtout chez elle, cette fascination qu’elle a pour tous les charlatans et bonimenteurs du bulbe. En plus, ces séances répétées toutes les semaines pour soi-disant sauver notre couple  me coûtent  un max.

 

- C’est sur l’amour qu’on  dit toujours les plus grosses conneries! 

 Ç'est un coup de tonnerre. J’ai sorti la phrase d’un coup, sans réfléchir, et l’autre, d’un coup, s’est arrêté de bavasser et là, d’un coup, je me suis vraiment mis en colère et j’ai tout cassé, très vite,  dans le cabinet du psy. Comme il se tasse dans son fauteuil et me regarde les yeux exorbités, je lui  explose aussi  la tête, au psy, avec la statuette en bronze représentant deux corps entrelacés, qui traînent  sur son bureau.

Du coup, il y a  du sang partout et je vois que ma Daisy est aux anges.

- Enfin, me dit-elle, tu a compris ! C’est comme ça que je t’aime.

Alors, après un furtif baiser, nous sortons ficelle et rigolards, par la fenêtre, côté jardin.  C’est que, du côté porte, on entend déjà du bruit.

 

 



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Published by Emile Gillmo - dans Petites histoires
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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 16:18

 

 

chaos.jpg 

 

 

 


" Comment devenir les maîtres du monde? En centralisant l'ordre et la pouvoir autour d'une minorité et en semant le désordre dans le peuple, ramené au niveau de pantins paniqués. la méthode? L'ingénierie sociale: infiltration des esprits, analyse de nos moindres faits et gestes, contrôle des comportements à distance, marketing de l'intime et autres réjouissances qui font de nous de bons consommateurs."


C'est ce qu'on peut lire  sur la quatrième de couverture du bouquin "Gouverner par le chaos" (éditions Max Milo). Les auteurs (collectif anonyme) s'en prennent à la mondialisation et décrivent les différents moyens utilisés aujourd'hui pour aliéner les peuples.  Rapide (90 pages), mais stimulant.

Ce livre, je l'ai trouvé à la FNAC, placé bien en évidence, seul, sur un présentoir,  avec un petit billet élogieux d'une lectrice (une certaine Nathalie). Tout autour on vendait des ordinateurs Apple à des cadres dynamiques et des stations de jeux Sony  à des ados boutonneux.  Depuis, je m'interroge:  "Dans quelle stratégie de manipulation des foules,  dénoncée par le livre,  s'inscrivait cette promo? "

 


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16 août 2011 2 16 /08 /août /2011 16:03

 nocturnes.jpg

 

«  A la chûte du jour, Du-Hameauneuf et moi nous paffions de la rue Bailleul par l’hôtel d’Aligre, dans la rue Saint-honoré, quand nous aperçumes une jeune Paysanne, d’environ 16 ans brunie par le hâle : Elle marchait à-côté d’une Petite perfone en-blanc, affés coquettement vêtue, ét très provoquante ! Nous primes Celle-ci pour une Ouvrière en –modes. Les deux Filles nous regardèrent, ét rentrèrent auffitôt, en nous attendant un peu  au –bas de l’efcalier. Nous ne doutames plus de ce qu’elles étaient, et nous alames à elles. »

 Restif de la Bretonne,   Les nuits de Paris (La petite paysanne trompée).

 

Heureux Restif dans ses virées nocturnes à Paris! Les nuits d’insomnie, ici, au village? Il y a  si peu de rues à courir qu’y rencontrer un chat serait l’Aventure.

 

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15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 12:56

 

 

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Comme on lui piquait ses revues dans la salle d'attente (sauf celles sur le foot!) le toubib a fini par ne plus en mettre. On lui a volé aussi le papier hygiénique et le savon dans les toilettes. Ici, au village, c'était du jamais vu! Aussi, désormais, quand je vais consulter, j'apporte ma lecture. Pour le reste, je prends mes précautions. Aujourd'hui c'était "Choir" d'Eric Chevillard (Les Editions de Minuit) et ça tombait bien parce que j'avais le moral dans les chaussettes. En attendant mon tour, j'ai pu lire les 64 premières pages et ça m'a requinqué. Me demandez pas trop pourquoi, mais c'est plein de phrases qui sont de petits bonheurs. Je vous en donne une "On ferait un bosquet peut-être en rapprochant les arbres, puis en les liant un fagot". Moi, cet agencement du monde par la phrase, ça me fait chaud au coeur. Du coup, quand le médecin m'a fait entrer dans son cabinet et m'a demandé comment ça allait, j'étais encore sur mon petit nuage et j'ai répondu trop vite, sans réfléchir:

- Mais très bien Docteur !



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11 août 2011 4 11 /08 /août /2011 14:18

Boa

 boa.jpg

 

 

 

Il nous raconta une histoire horrible, que l’homme avait été englouti pendant son sommeil par un boa et qu’ensuite, ses amis, pour le venger, avaient fait cuire le boa au court bouillon et l'avaient mangé.

 


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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 11:29

fond

 

 

 

 

- Soyez sages les enfants, fermez les yeux et faites de longs et beaux rêves.  

Il sort, laissant entr'ouverte la porte de la chambre désormais silencieuse.


- A moi maintenant, il faut aussi que je prenne soin de moi. 

Il prend dans la cuisine  la cordelette et le tabouret puis va au salon, caresse la poutre avec la main.

 

- Quand elle rentrera, maman aura une jolie surprise!

 Il sourit. Tout est prêt.

 


 


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